Jan Kath, prince de Katmandou

Katmandou est devenue la seconde patrie de Jan Kath, en même temps que le siège de son empire. Ses collections « Lost Weave » et « Erased Classic » sont aujourd’hui connues dans le monde entier. Malgré le récent tremblement de terre, la capitale népalaise reste le principal lieu de fabrication des tapis de cet Allemand d’origine. Du design contemporain qui n’oublie pas pour autant le commerce équitable. Très jolie marque !

Jan Kath se sent comme chez lui au milieu des ruelles étroites, des milliers de Népalais, des temples et des cuisines ambulantes. Il conduit comme un local dans les rues chaotiques de Katmandou. Dans les années 70, son père vendait des tapis d’Orient à Bochum (Allemagne) ; le fils était donc destiné à reprendre l’affaire familiale. Mais l’appel du lointain a été le plus fort. Jan Kath est parti avec son sac à dos et a voyagé en Inde, au Tibet, en Thaïlande et au Népal. Lorsqu’il est arrivé dans la capitale népalaise, il n’avait plus d’argent. Un fournisseur de son père l’a alors engagé comme contrôleur qualité… et Jan est resté. Aujourd’hui, il est l’un des créateurs de tapis les plus influents. Il a su capter les tendances, en particulier ce style « usé » qui séduit tant. Ses modèles uniques où se mêlent fantaisie et mystère sont vendus dans le monde entier.

Les tapis de la collection « Lost Weave » déclinent laine, soie et crin.
Les tapis de la collection « Lost Weave » déclinent laine, soie et crin. Patricia Parinejad

En réalité, l’industrie népalaise du tapis est née au Tibet. Après l’intervention chinoise en 1950, une grande partie de l’intelligentsia tibétaine a quitté le pays et a trouvé refuge à Katmandou et Dharamsala (Inde). Des organisations helvétiques d’aide au développement ont ensuite permis l’établis­se­ment d’une industrie du tapis à Katmandou. Le grand-père de Jan a visi­té le Népal dans les années 60 et il a acheté ses premiers tapis dans des camps de réfugiés. Trois ans après son arrivée, Jan Kath reprit une usine dont l’acheteur était parti à la retraite. Aujourd’hui, son entreprise comprend trois ateliers et emploie plus de 2 000 salariés, dont des centaines de noueuses et noueurs. Elle compte aussi une école maternelle, une infirmerie et des logements pour les travailleurs. Sans oublier une blanchisserie-teinturerie pour le lavage et la coloration des tapis. Cette entreprise est l’une des rares à travailler de manière centralisée, ce qui permet d’améliorer les conditions de travail. « Le nouage demande un certain effort physique. Il faut être assis le dos bien droit et rester concentré », explique Jan Kath.

Vue d’un des trois ateliers de Jan Kath où s’activent 2 000 salariés.
Vue d’un des trois ateliers de Jan Kath où s’activent 2 000 salariés. Patricia Parinejad
Le noué main est au cœur de l’esprit de la manufacture.
Le noué main est au cœur de l’esprit de la manufacture. Patricia Parinejad
Des noueurs d’un atelier de Katmandou travaillent sur un modèle de la « Lost Weave Collection ». Un dessin suspendu guide leur travail.
Des noueurs d’un atelier de Katmandou travaillent sur un modèle de la « Lost Weave Collection ». Un dessin suspendu guide leur travail. Patricia Parinejad

Des temples pour garder les pieds sur terre
Son entreprise possède le plus grand nombre de métiers à nouer d’Asie du Sud-Est. On peut y produire des pièces de 25 mètres de long et 22 de large. La plupart des collections sont confectionnées à Katmandou, y compris les modèles créés au Maroc ou d’inspiration russe. Dans le même temps, le Népal a connu une évolution rapide. L’un des endroits favoris de Jan Kath est un temple bouddhiste doté d’une tour de 36 mètres. Il se dresse près des trois ateliers de nouage de l’entreprise. Jan y retrouve l’ensemble de la communauté tibétaine deux fois par jour et en fait trois fois le tour. Les Tibétains et les Bouddhistes ont une pensée pratique et font plusieurs choses en même temps. On se réunit, on discute un peu, on fait ses trois tours et on rentre. « De tels lieux, loin des ordinateurs et des bureaux impeccables, sont une véritable source d’inspiration pour moi et m’aident à garder les pieds sur terre, conclut Jan Kath. Et si un jour, je devais changer de métier, je deviendrais chauffeur de taxi ou guide. À Katmandou, bien sûr ! »

 

 

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