Ingo Maurer, l’enchanteur

Ses appliques prêtes à s’envoler à tire-d’aile, ses suspensions constellées de petits papiers et ses mystérieuses feuilles de lumière ont inscrit Ingo Maurer au panthéon des grands designers. Cet inventeur allemand qui a réussi à concilier poésie et technologie a toujours choisi la liberté, à commencer par celle de l’autoédition. En insatiable curieux, il s’obstine, à 83 ans, à parcourir le monde pour enchanter la lumière.

Le designer allemand Ingo Maurer derrière le prototype de la lampe « What We Do Counts ».
Le designer allemand Ingo Maurer derrière le prototype de la lampe « What We Do Counts ». Jean-Claude Figenwaldd

Ingo Maurer, d’où vient votre amour de la lumière ?
Je suis né sur Reichenau, une petite île du lac de Constance, d’un père inventeur qui, pour survivre, était devenu pêcheur. Il m’emmenait parfois naviguer et je pense que la manière dont la lumière se reflétait sur le lac a eu beaucoup d’influence sur mon travail. Depuis, je n’ai cessé d’essayer de reproduire  cette réflexion des feuilles sur l’eau…

Quelle fut votre première émotion visuelle ?
Après-guerre, l’occupation française avait chassé toute la population de l’île, mais lorsque les occupants ont appris que mon père parlait parfaitement français, ils lui ont ordonné de revenir pour les assister. Lorsque nous avons débarqué, tout était peint en bleu-blanc-rouge. Certains s’étaient même amusés à barbouiller les vaches en tricolore ! J’ai trouvé le geste d’une folle élégance ; ce fut pour l’ado que j’étais un choc créatif et libératoire. Pour fêter mes 80 ans, j’ai organisé un séjour là-bas avec mes collaborateurs et ils ont eu la délicatesse de peindre les vaches avant mon arrivée !

La bulle du luminaire pourvu de LEDs « What We Do Counts » pivote sur 360°.
La bulle du luminaire pourvu de LEDs « What We Do Counts » pivote sur 360°. DR

Pourquoi être parti aux États-Unis après vos études de graphisme ?
L’Europe de l’après-guerre avait une mentalité assez étriquée ; on y baignait dans le préjugé… Aux États-Unis, on pouvait créer librement. Ce séjour fut sans doute décisif, il m’a poussé à créer ma marque. Aujourd’hui encore, on vous dit là-bas : « Vous avez une idée ? Eh bien, essayez ! »

En 1966, trois ans à peine après votre retour en Allemagne, vous imaginez la lampe Bulb, votre premier succès. Pourquoi vous être dirigé vers l’autoproduction ?
Je manquais tout simplement de confiance en moi. Je travaillais alors comme illustrateur et, lorsque j’ai commencé à dessiner des luminaires, je n’ai pas eu le cran de montrer mes créations à des éditeurs.

Vous ? Manquer d’assurance ?
Je vous assure ! (sic) J’avais des idées mais tellement peur que ça ne marche pas. Alors j’ai commencé tout seul, montant un atelier avec six ouvrières qui fabriquaient des abat-jour pour financer mes expériences. J’ai eu un contact avec Artemide, mais je ne suis pas allé plus loin… Déjà, je n’avais pas envie de me plier aux lourdeurs d’une grande marque, ni de faire de compromis.

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