Gufram, le design façon Pop art

C’est dans la région de Turin que la maison Gufram est revenue s’installer, en 2012, après son rachat au groupe Poltrona Frau par Sandra Vezza, une fan de la première heure, qui a confié l’entreprise à son fils Charley. Rencontre avec une marque aussi iconique et inclassable que ses produits, et qui fête cette année ses 60 ans.

Soixante ans après sa création, l’impertinente maison n’a pas pris une ride. Gufram semble aussi protégée des assauts du temps que le sont ses produits par le Guflac, son revêtement exclusif. Pour tenter de percer son secret, une visite s’impose dans l’usine située à Barolo, région viticole du sud de Turin. Avec en tête la longue liste des créations qui ont fait la renommée internationale de la marque, comme le célèbre canapé Bocca, dessiné par le Studio 65 (1972), le portemanteau Cactus, de Guido Drocco et Franco Mello (1972), ou le sofa Pratone, de Giorgio Ceretti, Piero Derossi et Ricardo Rosso (1971).

Autant d’icônes qui suggèrent un lieu baigné par le pop art et l’univers psychédélique des années 70. Un endroit à mi-chemin entre la caverne d’Ali Baba et ses trésors, et une délirante fabrique issue de Charlie et la chocolaterie. On n’en est pas si loin, quand on sait que le maître des lieux ne se prénomme pas Charlie, mais Charley. Et que sa jeunesse – il a 28 ans – et son allure nonchalante – derrière laquelle il cache un esprit vif –, ne sont pas sans évoquer un Willy Wonka… haut de forme et veste pourpre en moins. Sandra Vezza, une chef d’entreprise amoureuse de la marque, rachète Gufram en 2012, qui est alors aux mains du groupe Poltrona Frau. Elle en confie les rênes à son fils unique, Charley. « Ma mère est une grande collectionneuse et a toujours aimé Gufram, à tel point que nous avions six Cactus à la maison… J’ai grandi entouré de produits Gufram », se rappelle le jeune dirigeant. Parfaitement à l’aise dans cet univers, Charley Vezza est secondé par Axel Iberti, chargé de la production, et par Giacomino, l’homme clé de l’usine qui réalise et supervise la fabrication de tous les produits. « Lorsque nous avons repris la marque, nous avons demandé à Giacomino de revenir travailler pour nous. Il a toujours été là et connaît tous les secrets de fabrication. Il est la mémoire vivante de l’entreprise », souligne Charley Vezza. Il a même été la vedette de l’exposition « La Storia di Giacomino », en avril 2015, à Milan, réalisée avec le magazine Wallpaper.

Car produire des pièces iconiques dans le respect de la tradition demande expérience et expertise… et quelques secrets maison. Comme la recette du Guflac, le revêtement d’aspect élastique et ultrarésistant qui recouvre la plupart des pièces du catalogue. Aussi jalousement gardée que la recette du Coca-Cola, sa formule, créée en 1966 par Piero Gilardi, est issue d’une base naturelle à laquelle on ajoute la teinte désirée. Toute la production est restée à l’identique, jusqu’aux moules originels du Cactus, encore utilisés aujourd’hui. Elle est assurée par cinq personnes, à peine la moitié du personnel du nouveau Gufram. S’appuyant sur un catalogue riche de collaborateurs aussi prestigieux que leurs créations, l’actuelle direction de Gufram n’entend pas dévoyer sa pépite. « Ce qui fait l’âme de Gufram, c’est son esprit à contre-courant, un côté antidesign affirmé, explique Charley Vezza. En la reprenant, nous avons compris ce que la marque représentait pour les collectionneurs, les journalistes et les acheteurs. Nous ne pouvons pas recréer la vague du pop art, mais nous pouvons conserver l’esprit et l’ironie qui sont dans ses gènes. C’est ce que nous prolongeons avec de nouvelles collaborations. »

Nouvelles signatures, même brio
Avec un esprit de laboratoire de création identique à celui d’origine, Charley Vezza et son équipe s’attachent aujourd’hui à poursuivre l’histoire avec les designers Fabio Novembre, Ross Lovegrove, Karim Rashid, Marcel Wanders, ou Studio Job. Le symbole de ce renouveau est sans conteste The End, le tabouret en forme de pierre tombale imaginé par Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari, du magazine ToiletPaper. « Charley a une vision à la fois multiple et simple de Gufram, identique à l’esprit d’origine, explique Axel Iberti. Comme les premiers dirigeants, il sait parler aux designers, leur proposer un terrain d’expérimentation. Ils se comprennent. » Le catalogue Gufram se divise désormais entre « Limited Edition », somme des pièces iconiques créées avant 1996 auxquelles s’ajoutent des références récentes fabriquées en petites séries, et « Functional Pop », des produits plus abordables et à l’esprit coloré. En 2016, pour ses 60 ans, la marque s’offre quelques éditions limitées, comme une version or de la Bocca en 50 exemplaires, une exposition itinérante intitulée « Pop art design » qui, après Turin et Miami, visite actuellement Chicago, et nous réserve sans doute d’autres surprises. Ce qu’on attend d’elle, en somme. Une suggestion que nous avons faite : écouter Les Cactus, de Jacques Dutronc… un hit qui fête lui aussi ses 60 ans !

 

Gufram en chiffres

> Année de création : 1966
> Effectif : 12 personnes
> Superficie de l’usine : 1 500 m2
> Principaux marchés : Europe (Italie à 30 %, France), États-Unis
> Prix du Cactus : 3 980 €

Gufram, made in pop art

The good concept store La sélection IDEAT