jennifer-calais-smith Courtesy of Wright

A New York, dispersion d’un lieu iconique du modernisme

Joyau du Style International serti depuis 1959 au premier étage du Seagram Building, le restaurant Four Seasons – rien à voir avec l’hôtel – déménage. Avant de tourner une page de soixante-sept ans, cette institution signée Mies van der Rohe assisté de Philip Johnson met aux enchères 500 lots, de son mobilier à sa vaisselle. A New York, c’est la vente de l’été !

Le mardi 26 juillet à 10 heures du matin, design addicts et marchands avisés ont rendez-vous avec le marteau du commissaire-priseur de la maison d’enchères Wright. Des banquettes Barcelona de Mies van der Rohe, des canapés de l’architecte Philip Johnson et de la vaisselle signée Garth et Ada Huxtable – légendes du design U.S. bien que méconnues en Europe : la patine de ces trésors de design vintage raconte l’histoire du restaurant le plus emblématique du modernisme architectural américain.

En 1959, Phyllis Lambert, héritière du groupe Seagram et architecte de formation, convainc son père de solliciter Ludwig Mies Van der Rohe pour la construction de son nouveau QG, qui doit quitter le Canada pour New York. Pour ce projet en plein Manhattan chic, le maître allemand va collaborer avec l’architecte le plus pointu de New York, Philip Johnson. « Mies », Philip et Phyllis donnent naissance au plus sobrement chic des buildings de la ville. Au premier étage, les deux architectes créent un restaurant manifeste. Rien d’ostentatoire, que de l’élégance : les mots d’ordre sont espace, fluidité de circulation, lumière et œuvres d’art. Phyllis a donné son Tricorne, un rideau de scène de Picasso peint en 1919 pour les ballets russes de Serge de Diaghilev. Il trônera des décennies à l’entrée du restaurant dans un hall écrin en travertin gris pâle.

Lui aussi sollicité, le peintre Rothko finira par garder ses toiles pour lui, peu désireux de partager son œuvre avec l’élite de Park Avenue. Néanmoins, il faut croire que le thème du restaurant l’a inspiré, puisque ses quatre saisons en autant de toiles finiront dans les plus grands musées du monde. De fait, le Four Seasons est un projet total : Johnson et Mies Van Der Rohe y ont tout choisi ou signé. Du jamais-vu à l’époque, surtout vu la facture. Dans les fifties, on ne dépensait pas autant pour meubler un restaurant…

Le lieu est devenu culte pour son esthétique mais aussi pour son ambiance et sa clientèle. De nombreuses personnalités du business, de la politique, de l’art, du cinéma, de l’entertainment, de la littérature, de la mode… sont venues ici un jour. En 1979, le magazine de mode Esquire invente à propos du Four Seasons le terme de « power lunch » pour désigner ces déjeuners typiques des élites new-yorkaises, entre gens de pouvoir. On aurait pu y tourner une scène de Breakfast at Tiffany’s de Blake Edwards (1961), ode à la ville avec Audrey Hepburn.

En 2013, c’est au Four Seasons que le réalisateur Martin Scorsese a filmé Leonardo Di Caprio en Loup de Wall Street. Alex Von Bidder et Julian Niccolini, les deux patrons du lieu, présents tous les jours depuis qu’ils l’ont racheté en 1994, évoluaient jusqu’à récemment dans lieu classé. Pour eux, inutile de pleurer un passé qu’ils révèrent. Le nouveau Four Seasons, sis au 280, Park Avenue, pas très loin, a été confié à l’architecte brésilien Isay Weinfeld, au style toujours spectaculaire. Il ouvrira ses portes en 2017. The show must go on !

Diaporama : L’extraordinaire intérieur du restaurant Four Seasons de New York

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