Farrow & Ball, peintures et papiers peints so British

Des demeures victoriennes aux salons des instagrammeuses, le goût exquis de Farrow & Ball affole la planète déco saison après saison. Aux manettes, pas de directeur artistique star ou de cabinet de tendances pour ce fabricant né il y a soixante-dix ans dans le Dorset, mais une équipe jeune pétrie des valeurs maison. Visite.

Depuis la jetée de Bournemouth, prendre la route qui traverse la forêt puis tourner à gauche et se garer en contrebas, devant le dédale de petits entrepôts… Dans l’un de ces bâtiments anonymes, sont imprimés dans le plus grand secret trois papiers peints qui compteront parmi les best-sellers de la rentrée. Car voici quelques années que leur fabricant, Farrow & Ball, écrase le marché avec son style unique, élégant, bien dans son époque et pourtant intemporel.

Pour cette rentrée, la directrice artistique, Charlotte Cosby, s’est inspirée des années 40, décennie de naissance de l’éditeur, pour imaginer les trois nouveaux modèles de papier peint, Arcade, Gable et Enigma. Car Farrow & Ball a été fondée il y a 70 ans dans ce coin champêtre du Dorset, par John Farrow et Richard Ball. Si l’usine a déménagé de quelques kilomètres, sa production est toujours aussi artisanale et la formulation des enduits n’a pas beaucoup changé. En revanche, dans cet écosystème implanté dans la périphérie du village de Wimborne, le département recherche et développement, l’unité de fabrication du papier peint, l’usine de peinture et la direction artistique sont tous situés à quelques mètres les uns des autres et assurent un subtil équilibre entre tradition et innovation, graal des marques d’art de vivre. Ainsi, 132 couleurs composent le nuancier, un nombre définitif qui voit donc régulièrement entrer et sortir les teintes au gré des collections. En février, neuf nouveaux coloris viendront remplacer d’autres teintes jugées démodées. Des teintes définies sur place puisque rien n’est externalisé, ce qui permet de s’assurer de la performance de la tropicale Floride jusqu’à la rigoureuse Scandinavie.

« Peignoir », un gris-rose voilé qui s’inspire des combinaisons de soie portées au XXe siècle dans les boudoirs. Il résume parfaitement le caractère romantique de cette teinte et peut se marier avec un blanc poudré, comme « Shadow White ».
« Peignoir », un gris-rose voilé qui s’inspire des combinaisons de soie portées au XXe siècle dans les boudoirs. Il résume parfaitement le caractère romantique de cette teinte et peut se marier avec un blanc poudré, comme « Shadow White ». James Merrell

La législation et l’environnement sont aussi suivis de près par le fabricant. En 2009, la marque a basculé d’une peinture à base de solvants à une peinture à l’eau, révolution qui a nécessité cinq années de recherches, de collaborations avec des laboratoires spécialisés et 500 000 £ d’investissement. Le résultat est saisissant et marque les sens puisque quasiment aucune odeur n’est décelable lorsque l’on ouvre la porte de la manufacture. Une explosion de couleurs et des litres brassés, pigmentés dans des cuves pour ensuite être enflaconnés et expédiés. Face à l’unité de peinture, dont la superficie peine à laisser imaginer qu’elle arrose le monde entier de ses teintes, les ouvriers s’activent dans l’usine de papier peint devant laquelle sont déchargés des rouleaux de papier blanc, prêts à être peints. À l’intérieur des lignes de production, on s’active à imprimer les nouvelles collections. Sur la première, deux brosses imbibées de peinture bleue viennent couvrir le fond uni. Ensuite, le papier glisse dans un four basse température qui vient sécher ce fond, qui va ensuite passer sous des rouleaux en bois gorgés de peinture qui tamponnent les motifs vert et mauve du nouveau motif Arcade.

Farrow & Ball en chiffres

  • 56 showrooms dans 67 pays (et 1 500 magasins indépendants). Les derniers ont ouvert à Hambourg en Allemagne et à Pasadena aux États-Unis.
  • 1,6 M : le nombre de pots d’échantillons fabriqués chaque année.
  • 132 : le nombre définitif de couleurs du nuancier.
  • 18 : le nombre de personnes au département R&D.

The good concept store La sélection IDEAT