B&B Italia, insubmersible éditeur du design italien

La marque aux innombrables best-sellers, qui fête ses 50 ans cette année, n’a rien perdu de sa capacité à étonner. Si elle est moins impertinente qu’à ses débuts, elle conserve néanmoins la même recette de fabrication de ses assises haute couture. Nous sommes allés le constater sur place.

Quel est donc le secret de longévité de cette marque emblématique du design italien ? Entendons-nous bien : nous n’évoquons pas seulement, ici, les 50 ans que fête cette année B&B Italia. Ni les créations au design tantôt très marqué, tantôt plus subtil, qui sont devenues des classiques. Se pencher sur la durée, c’est évoquer celle des produits eux-mêmes. Il ne serait pas faux de dire qu’un canapé ou un fauteuil B&B Italia est inusable. Pour en comprendre la raison, il faut tomber la housse et plonger dans l’âme du produit, au sens propre comme au figuré. Pour cela, remontons aux années 60, à l’époque où Piero Ambrogio Busnelli, fabricant de chaises, passionné de matériaux et sorte de génie visionnaire, croise, lors d’un salon à Londres, des… canards en plastique. Inspiré par leur rondeur, mais surtout par le matériau qui les constitue – de la mousse de polyuréthane –, cet homme à la fougue et à l’énergie légendaires en extrapole la fabrication de fauteuils et de canapés aux formes originales. En associant ce matériau moulé à froid à une armature métallique, il devient possible d’obtenir une assise à la fois confortable et résistante, et de se passer de la traditionnelle structure en bois. Du coup, les formes, données par un moule en métal, se libèrent et peuvent adopter toutes les fantaisies en termes de dimensions et de design.

Au showroom du siège, le nouveau canapé « Edouard » d’Antonio Citterio est exposé sous une signalétique rappelant que la marque a fêté ses 50 ans.
Au showroom du siège, le nouveau canapé « Edouard » d’Antonio Citterio est exposé sous une signalétique rappelant que la marque a fêté ses 50 ans. Adeline Bommart

En 1966 naît C&B, en association avec Cesare Cassina, une marque qui lance simultanément son centre de recherche et développement. Deux ans plus tard, son usine, conçue par Afra et Tobia Scarpa, est inaugurée à Novedrate (province de Côme). En 1973, l’entreprise devient B&B, à la suite du rachat par la famille Busnelli des parts de Cesare Cassina, avec l’appui des banques. La même année, un nouveau bâtiment est achevé par Renzo Piano et Richard Rogers, qui abrite le siège de l’entreprise. Ce projet innovant préfigure ce qui deviendra, à Paris, le Centre Pompidou et, déjà, lui aussi étonne, et parfois même agace, par sa structure tubulaire. Il s’affirme néanmoins comme un véritable emblème de la liberté de ton et de l’esprit avant-gardiste de l’entreprise.
En 1975, B&B Italia fonde la marque Maxalto qui s’attèle notamment à la réinterprétation de formes classiques du design. La direction artistique de Maxalto est d’abord confiée à Afra et Tobia Scarpa, puis à Antonio Citterio, en 1993. C’est à ce dernier que revient, en 2002, la réalisation d’un troisième bâtiment qui regroupe le centre de recherche et développement, la réserve des moules en sous-sol – véritable salle aux trésors – et un showroom professionnel.

B&B Italia en chiffres

  • Année de création : 1966
  • Usine : 28 000 m2
  • Effectif : 500 personnes (groupe), dont 250 dans les 3 usines
  • Présence : dans 80 pays
  • Flagship-stores : 8
  • Boutiques monomarques : 40
  • Revendeurs : environ 800
  • Chiffre d’affaires : 170 M€ (dont 78 % à l’export)

À l’usine, la production se divise en deux lignes : l’une pour les canapés, l’autre pour les fauteuils et les poufs. Un carrousel accueille les moules, qui effectuent une rotation d’une vingtaine de minutes, le temps pour la mousse de polyuréthane d’être injectée à froid, de gonfler jusqu’à occuper 40 fois son volume initial et de se solidifier. Il suffit alors aux ouvriers de littéralement démouler le canapé ou le fauteuil et d’en enlever les résidus. Le département de la confection prend ensuite le relais, en préparant les cuirs et les tissus préalablement vérifiés un à un puis assemblés. La dernière étape consiste à recouvrir la mousse d’une protection en Dacron, un textile synthétique, qui lui donne plus de souplesse, avant l’habillage final.
B&B Italia peut ainsi imaginer des produits à la carte, aussi bien pour les particuliers que pour le contract. « Pour cette activité, créée en 1978 et forte d’une trentaine de personnes, B&B Italia utilise les produits de la collection, mais peut en modifier la taille ou les finitions, explique Paul Statham, directeur des ventes de la division contract. Nous pouvons également créer des produits sur mesure avec les architectes, voire piloter l’ensemble d’un projet, pour un hôtel par exemple. »

Diaporama : Dans les coulisses de B&B Italia

Récompensée par quatre Compasso d’Oro, dont un remis en 1989 à l’entreprise elle-même (une première), B&B Italia peut se targuer d’avoir gagné une place à part dans l’industrie du meuble, soutenue par des collaborations prestigieuses. Piero Ambrogio Busnelli, surnommé il Leone (le lion), disparu en 2014 et auquel Giorgio, l’un de ses fils, a succédé, n’a pas laissé qu’une trace dans le cœur de ses équipes. Son esprit visionnaire semble toujours planer dans les couloirs, pour emmener l’entreprise vers d’autres territoires. Gageons que B&B Italia a des projets pour les cinquante prochaines années.

Giorgio Busnelli

Président de B&B Italia

« Le terme qui résume le mieux B&B Italia est “qualité”. Dès sa création, notre centre de recherche nous a permis de devenir une entreprise industrielle au service du design. Nous lui consacrons 3 % de notre chiffre d’affaires. Résultat : plus de 1 000 projets et le souci permanent d’innover, et ce dès le début de notre collaboration avec Bayer, en utilisant la mousse de polyuréthane. B&B Italia est une marque mondialement connue parce qu’elle a très tôt exporté ses produits. Notre politique d’ouvertures de flagship-stores, initiée en 2001 en France, a eu un impact sur notre notoriété. L’entreprise B&B Italia a toujours été menée par mon père, qui était très intuitif et visionnaire. Quand il est tombé malade, nous avons pris la décision de faire entrer des investisseurs. Si, en 2002, nous avons fait un mauvais choix et avons fini, en 2011, par racheter les parts vendues, Investindustrial, qui est à nos côtés depuis 2015, nous donne une vision pour l’avenir et nous invite à développer notre communication, et notamment le numérique… »

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