Rencontre avec les archidesigners Jouin & Manku

Le designer français Patrick Jouin et l’architecte canadien Sanjit Manku se connaissent depuis la fin du siècle dernier. Mais cela ne fait que dix ans qu’ils ont fondé l’agence Jouin-Manku à la double entité, design et architecture. Hôtels et restaurants étoilés, boutiques féeriques de joaillier, le tout serti de mobilier sur mesure, cela tient du songe en 3D. Le duo planche également sur la ville, verrière à Montparnasse ou banc public en banlieue. Que des bonnes nouvelles !

Comment vous voyez-vous dix ans après la fondation de Jouin-Manku ?
Patrick Jouin : On ne nous avait jamais posé la question. Bravo ! On a fait plein de choses avec l’ambition de faire de beaux projets. En même temps, même si on exécute très sérieusement notre travail, c’est dans une certaine légèreté.
Sanjit Manku : C’est bizarre, j’ai l’impression que le début était hier, alors que nous ne sommes plus des débutants. Ce que nous faisons depuis, c’est agir là, maintenant, en restant vrai. Nous saisissons des opportunités. Nous ne démarchons pas – je touche du bois ! – pour vendre nos services. Ce sont les gens qui nous appellent. Nous tenons à faire ce que nous n’avons encore jamais fait. Avec le temps, le rapport avec les clients et la réussite des projets nous ont donné plus de confiance que n’importe quel ego.

Le monde des éditeurs de design a-t-il beaucoup changé ?
P.J. : En Italie, il a changé de manière assez radicale. Les dirigeants des entreprises ne sont plus ceux qui les ont fondées. La plupart sont nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, au carrefour d’une histoire et d’une pensée politique précise, à savoir celle de l’avènement de la gauche et du communisme. L’idée du progrès coïncidait avec la volonté de faire table rase du passé. Après, ce sont les enfants des fondateurs qui ont repris les rênes. Certains ont ensuite vendu à des fonds de pension.

Conséquence ?
P.J. : Le rapport entre un designer et un éditeur n’est fort que si c’est un rapport humain. Dès que ça ne l’est plus, ce n’est pas intéressant. L’univers du meuble, c’est l’univers de la vie, dans la maison. C’est particulier. Il faut pouvoir discuter de la vie. Aujourd’hui, de nouvelles entreprises naissent dans un monde en train de se terminer. Ce n’est pas du tout le monde que j’avais imaginé. J’étais dans une autre manière de vivre, que j’ai pu apprendre en travaillant à mes débuts avec Philippe Starck. C’est en fin de compte très excitant.

Dans ce monde qui change, quelle stratégie pour votre agence ?
P.J. : On évolue plutôt au fil des projets. Les technologies évoluent, mais pas non plus à pas de géant.
S.M. : Surtout que nous, nous travaillons beaucoup la pierre, le plâtre, etc.

Le duo dans son agence parisienne.
Le duo dans son agence parisienne. Young-Ah Kim

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