Rencontre avec Martine Assouline, l’éditrice de beaux livres

Martine Assouline a fondé il y a vingt-deux ans, avec son mari, Prosper, la maison d’édition qui porte leur nom. Consacrée à la mode, à la culture, à l’art de vivre et au voyage, cette collection de beaux livres est née à New York, où le couple, qui produit la plupart de ses ouvrages en anglais, s’est installé. Derniers parus, The Italian Dream et L’Impossible Collection des vins, sont d’une élégance rare. L’invitation au voyage démarre dès la visite de la boutique parisienne, entre cabinet de curiosités et bibliothèque du bon goût du moment.

Votre mode de transport favori ?
Le train, le moyen de transport le plus humain, le moins stressant. Je le prends dès que je peux. Entre Londres et Paris, un trajet que je trouve toujours trop court, ou entre Milan et Nice, où je me suis fait voler mes ­affaires. Mais, voyez, je ne suis pas rancunière !

Une histoire qui vous est arrivée dans un train ?
Lorsque j’étais jeune, je partais tous les week-ends à Saint-Tropez avec une copine. Nous prenions le train de nuit à Paris pour ensuite changer à Cannes. Un matin, alors que nous y arrivions à 6 heures, j’ai oublié mon sac dans le train. J’ai tenté de le poursuivre sans succès, je hurlais, j’interpellais les voyageurs, mais il est parti avec mes bijoux, mes vêtements… J’ai alors pris le suivant sans réfléchir et, en gare de Nice, mon train précédent y était toujours stationné… et mon sac était encore à sa place !

La compagnie aérienne que vous préférez ?
Virgin Atlantic, et de très loin ! C’est une compagnie cool, intelligente, sympathique. Leurs salons sont en phase avec notre époque, ils sont ­spacieux et proposent un bon choix de magazines.

Quelles sont vos habitudes de voyage ?
J’embarque toujours avec moi un plaid et un casque Master & Dynamic. Une fois dans l’avion, je m’offre deux verres de bordeaux rouge et je m’endors.

Comment imaginez-vous l’avenir des transports ?
Je me pose beaucoup de questions sur la pollution engendrée par les transports, donc je pense que nous devons être plus « locaux » et moins voyager. Mais je ne sais comment atteindre ce but car je m’en sens ­incapable. En tout cas, c’est une vraie préoccupation pour moi.

Comment investissez-vous vos chambres d’hôtel ?
J’essaie de comprendre le réglage de l’air conditionné, je recharge tous mes appareils électroniques, je contrôle la lumière de ma chambre et je prépare ma table de chevet. J’ai horreur des hôtels qui n’ont pas de système de prises international ou de prises USB. Beaucoup n’ont pas ­compris que ces ­facilités sont désormais indispensables.

Que voudriez-vous changer dans l’hôtellerie ?
Imposer l’éducation du goût et de la culture générale dans la formation des directeurs d’hôtel. Le fait qu’ils soient placés, déplacés et replacés dans des établissements standardisés du monde entier appartenant à des groupes est devenu un vrai problème.

À quel défi devra répondre l’hôtellerie du futur ?
Fidéliser leurs employés sera la première tâche des hôtels de demain. Arriver dans un établissement et retrouver un personnel que l’on connaît déjà fait vraiment la différence, quelle que soit sa catégorie.

Un pays cher à votre cœur ?
Le Pérou. J’y ai vécu durant mon adolescence des années merveilleuses. C’est un pays très fort qui m’a fait découvrir et aimer le désert, et ­comprendre la puissance de l’Océan. Rien n’est plus somptueux que ces falaises qui s’enfoncent dans la mer. J’y retourne souvent car j’y ai beaucoup d’amis, et chaque fois je replonge dans son ambiance unique.

Le pays que vous rêvez de faire connaître à vos proches ?
Le Pérou, encore. Mais je n’y emmènerais pas n’importe qui car c’est un pays compliqué. J’ai mis dix ans à convaincre Prosper de s’y rendre. Je lui ai concocté un voyage sur mesure : hôtel des années 60 à Lima, puis Orient-Express jusqu’au Machu Picchu et, enfin, atterrissage en hélico sur « l’Île aux phoques », où nous avons vécu entourés de centaines de milliers d’oiseaux et de phoques. Un moment assez incroyable !

Le héros qui incarne le mieux le voyage ?
Corto Maltese, pour toutes les destinations qui font rêver dans les BD d’Hugo Pratt, comme Samarcande ou Venise.

Ce qui vous gêne dans le voyage contemporain ?
Le stress qui accompagne invariablement les déplacements en avion. Ce contact avec le pire de l’administratif est insupportable. De plus en plus de voyageurs empruntent des avions particuliers pour s’éviter le stress, et je ferais partie de ces heureux élus si j’en avais les moyens.

Une ville dont vous ne vous lasserez jamais ?
L’appel de Venise est chaque année aussi fort. J’y ai de très beaux souvenirs. C’est Laurence Scherrer, qui possédait un palazzo sur l’île de la Giudecca, qui m’a fait connaître la Sérénissime. Y aller, c’est marcher dans les pas de ce passé que j’aime car je suis une littéraire, mais c’est aussi être baigné par la beauté omniprésente.

Le voyage que vous rêvez de faire ?
Partir à la découverte des aurores boréales. Même si je ne suis pas une fanatique du froid, un tel voyage m’attire énormément car j’aime les émotions fortes que procure l’ailleurs.

L’explorateur qui vous impressionne le plus ?
Marco Polo, c’est le rêve total, il aurait pu être un héros de fiction. J’ai lu plein de livres sur ses voyages et, lorsqu’on aime Venise comme moi, ­l’histoire de ce Vénitien a forcément quelque chose de mythique.

Vous sentez-vous nomade dans l’âme ?
Oui, depuis toujours, et c’est pour cela que j’aime New York.

Où sont vos racines ?
Dans les nombreux endroits où j’ai vécu, et dans ceux où mes parents et grands-parents ont vécu, que j’ai en moi mais où je ne suis jamais allée.

Quels souvenirs gardez-vous de vos vacances d’enfance ?
La montagne, en France, où nous retrouvions nos cousins chaque été. Les grands espaces, les tartes à la myrtille, les torrents, l’odeur des fermes. Chaque été à Saint-Martin-Vésubie (06) était un moment idyllique !

Votre hôtel préféré au bout du monde ?
La Colombe d’or, à Saint-Paul-de-Vence, est un peu ma seconde maison. C’est un lieu qui a une âme, où toutes les chambres sont différentes et qui réussit à mélanger la simplicité de la Provence et l’histoire de l’art.

Et au cœur du monde ?
Le Connaught, à Londres. J’aime plonger dans cette atmosphère typiquement anglaise qu’offre cet établissement mythique. Et le service y est magnifique !

Où partez-vous vous ressourcer ?
À l’Amangiri, dans le désert de l’Utah. C’est un lieu très proche du ciel et qui se fond dans la nature. On a l’impression de se retrouver seul face au désert et aux canyons. Avec un bon plaid, on peut passer la nuit à observer les étoiles de sa terrasse. Les massages y sont extraordinaires et les visites des canyons à cheval inoubliables.

Votre plage fétiche ?
Elle est très loin de la carte postale « mer turquoise et petits poissons ». Je préfère les mers froides, les vagues et les grandes plages que j’ai appris à aimer durant ma jeunesse péruvienne.

Quelle destination vous a le plus déçue ?
L’île Moustique (dans les Caraïbes, NDLR). Il faut y aller si l’on possède une maison ou que l’on est invité par des connaisseurs. Ce qui n’était pas notre cas. Nous nous y sommes rendus avec des amis et avons loué une très jolie villa, mais nous n’avons mangé que du riz toute la semaine. L’épicerie de l’île ouvre une heure par jour et ses stocks sont très limités. Nous avons croisé par hasard une amie habituée qui nous a reçus avec un festin alors que nous mourrions de faim. Elle nous a appris que le personnel partait s’approvisionner sur les autres îles car, à Moustique, il n’y avait ­aucun vivre disponible.

Votre dernière émotion artistique ?
Une exposition de Lauretta Vinciarelli à la galerie new-yorkaise Totah. Des monochromes sublimes que le MoMA a raflés dès le début de l’événement. J’aime ces jeunes galeries qui font découvrir des choses. Mais la véritable claque c’était l’expo Alexander McQueen au Victoria and ­Albert Museum de Londres l’an dernier. La mise en scène, la musique, les ­costumes… Un pur émerveillement.

La ville la plus passionnante du moment ?
New York, et c’est pourquoi nous nous y sommes installés. J’ai longtemps espéré cela d’Istanbul, mais la ville a oublié cette énergie positive qui commençait à y émerger. New York m’a ressuscitée. On a longtemps hésité avant de décider où s’installer et, finalement, nous ne regrettons pas notre choix une seule minute.

Où se cache la ville du futur ?
La ville de demain sera une ville de l’espace ; en tout cas, c’est ainsi que je l’imagine. Il y a des années, je fréquentais beaucoup de scientifiques et eux envisageaient cette solution très sérieusement. Je suis persuadée que l’on y arrivera un jour.

Vos dernières vacances ?
À Capri en juin, à l’hôtel Punta Tragara situé au bout de l’île, loin des ­sentiers touristiques. Un endroit merveilleux d’où on accède à la plage de rochers de la Fontelina.

Comment améliorez-vous votre quotidien ?
En rompant avec mes habitudes. Les jours passeraient si vite si on les vivait tous de la même manière. Mais il faut se forcer à rompre avec cette monotonie dans laquelle on peut facilement glisser.

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