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Photo : Le retour en grâce de Louis Jammes

La galerie Rabouan-Moussion défend la photographie sans concession de l’artiste français, une œuvre entre le poids documentaire du photo-reportage et la plastique de la figuration libre.

Avec l’exposition que lui consacre la galerie Rabouan Moussion jusqu’au 12 novembre, Louis Jammes va enfin pouvoir montrer à Paris ce que la ville de Narbonne lui a refusé l’an dernier : ses photographies de migrants passant la frontière serbo-hongroise. Les clichés s’étaient en effet retrouvés au cœur d’un imbroglio en marge d’une polémique entourant la réception tardive de 25 œuvres de l’artiste pour l’ouverture de sa rétrospective au centre d’art L’Aspirateur, événement ensuite annulé précocement par la mairie.

Le chemin de l’exode, Sid, frontière serbo-croate, Serbie de Louis Jammes (2015).
Le chemin de l’exode, Sid, frontière serbo-croate, Serbie de Louis Jammes (2015). louis-jammes / galerie rabouan moussion

L’artiste s’était estimé censuré, ce que niaient les organisateurs évoquant un coup du pub à peu de frais. Il reste de ces affiches maudites des versions transcendées par l’artiste où une partie des paysages capturés dans les Balkans est recouverte d’une couverture de survie. Pour Jacqueline Rabouan, codirectrice de la galerie Rabouan-Moussion et anciennement collectionneuse du photographe français auprès de l’ex-galeriste Yvon Lambert, « Jammes est quelqu’un qui se met toujours personnellement dans les limites les plus extrêmes pour montrer des parties du monde que personne ne souhaite voir, dans un élan à la fois profondément romantique et respectueux de ceux qui l’entourent. » Aujourd’hui, sa galerie présente donc les dernières œuvres du photographe.

« Psaume » de Louis Jammes, Paris (1988), collaboration avec Jean-Michel Basquiat.
« Psaume » de Louis Jammes, Paris (1988), collaboration avec Jean-Michel Basquiat. Louis Jammes

Connu du public pour sa percée au cœur du désastre de Sarajevo, en 1993, Jammes s’est ensuite plongé dans les sites de Tchernobyl et de Fukushima. Avant d’aller visiter Cuba, il est passé par l’Ouganda. Ce qu’il y a immortalisé fait suite à ses images, entre photographie et peinture, de la fin des années 80 dans le New York post-Beat Generation et jusque sur les boulevards parisiens, parmi les anonymes de Barbès… Les œuvres – des tirages grattés et recouverts de liquide photosensible – de cette série ougandaise produite au milieu des années 90 sont des portraits à chaud de jeunes Pygmées chassés de la forêt primaire où une mission de sauvegarde des grands singes était lancée. Elles relatent l’impossibilité pour l’homme de se fier à son territoire. Pour tirer les portraits de figures telles que Jean-Michel Basquiat, Jammes ne plantait-il pas un décor éphémère : des bâches qu’il déployait dans la rue, à la sauvette, à la manière d’un street artist ? Un territoire provisoire.

« Louis Jammes ». Jusqu’au 12 novembre à la galerie Rabouan-Moussion (11, rue Pastourelle, 75003 Paris). www.rabouanmoussion.com

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