Au Louvre, la boutique cadeau de RDAI architecture

La boutique du Louvre, ce sont des moulages, des gravures et des livres. Sa librairie d'art est carrément la plus grande du monde. Dans le cadre de Pyramide, projet de rénovation du projet de Ieoh Ming Pei, la Réunion des Musées Nationaux a fait appel à Denis Montel et Nicolas Karmochkine de RDAI Architecture. La visite des lieux rappelle comment ils ont dû composer des enjeux complexes.

Avec ou sans Belphégor (personnage ayant hanté le Louvre dans une série télé des sixties), un roman sur la construction de la boutique du Louvre ferait sourire. Aménager 1 278 m2 de boutique, c’est en effet interférer au cœur du classicisme architectural très protégé qu’incarne le projet de Ieoh Ming Pei. L’architecte, 99 ans le 28 avril prochain, a vu son projet, diversement apprécié au départ, devenir un monument historique à part entière. Désormais, à l’étage de la librairie, c’est simple : on lève les yeux au ciel parce que le plafond à caissons modernisé est sublime.

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A la réalisation du projet, les architectes Denis Montel et Nicolas Karmochkine de l’agence RDAI (agence fondée par Rena Dumas) sont une fois de plus les rois du beige. L’usage du bois clair leur est familier. Au Louvre, il fait écho à la clarté de la pierre de Bourgogne. C’est en français, avec Chung Chien Pei, le fils de l’architecte, que RDAI Architecture a travaillé pour veiller à l’intégration maximale de la boutique à l’ensemble du site. Chien Chung Pei, surnommé Didi, était le chef du projet du nouveau Louvre du milieu des eighties.

Le reportage d'Antenne 2 sur l'inauguration du Louvre de Ieoh Ming Pei

Ici, les détails n’en sont pas. Ils sautent aux yeux malgré l’indifférence du projet aux effets de manche. L’intérieur a été aménagé entre autres avec l’agence Gare du Nord Architecture. Ses associés Nissim Haguenauer et Sacha Discors ont développé un mobilier sur mesure en écoutant au maximum les futurs usagers de la boutique. Ils ne parlent pas que des clients mais de toutes les personnes qui y travaillent. Tables, lutrins, présentoirs, formes et formats dégoulinent d’intelligence concise avec une élégance du type bibliothèque d’université cosy au moins centenaire mais modernisée.

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Chercher un livre au milieu de 14 000 titres disponibles devient, sinon un plaisir, du moins plus simple. Pour Denis Montel, le côté ordonnancement symétrique du projet de Pei résonne jusque dans la boutique. Parfois même sous forme de reflets dans les baies vitrées donnant sur l’allée bientôt couronnée d’une canopée lumineuse. Le projet filant sur une soixantaine de mètres, on a rationalisé au maximum. « Si le maître d’ouvrage est la RMNGP, on travaille vraiment avec le Louvre qui a validé nos décisions, esthétiques comme techniques » plaide l’architecte Nicolas Karmochkine. Il n’a apparemment pas souffert de normes réglementaires contraignantes.

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Son projet a été présenté aux architectes des bâtiments de France, gardiens du temple des monuments historiques. Une sorte de saut d’obstacles administratif. « Du désenfumage aux alertes incendie, on est totalement raccord avec le schéma global du bâtiment. De fait, les gens du Louvre protègent le Louvre, celui de Ieoh Ming Pei pour qui ils ont le plus grand respect. »

A l’étage des séries produites par l’atelier de moulages du Louvre d’après les 5 000 pièces qu’il abrite, les problèmes s’annulent. Plâtre, résine, bronze voire terre cuite : la boutique expédie dans le monde entier. Sur deux écrans qui jalonnent les espaces, la vie de l’atelier de moulage se dévoile en français, anglais, espagnol et chinois. Ce n’est pas seulement vous et moi que la boutique du Louvre attend, c’est le monde entier…

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