Flaine, station d’art et d’architecture en altitude

Flaine interpelle. Dans cette station de ski, pas de chalets traditionnels en pin, mais un ensemble de bâtiments rectilignes en béton brut signés Marcel Breuer (1902-1981). Un geste architectural radical qui suscita la polémique lors de l’inauguration de la station en 1968 mais qui lui vaut aujourd’hui de porter le label « Patrimoine du XXe siècle ».

Tout commence lors d’une balade en skis de randonnée dans les années 1950. En découvrant un cirque naturel vierge car inaccessible par la route, l’architecte suisse Gérard Chervaz imagine d’emblée une station de ski. En quête de mécènes, il s’adresse aux Boissonnas. Eric, géophysicien passionné de montagne et sa femme Sylvie, héritière du groupe Schlumberger et férue d’art, vivent alors à New York. En 1960, emballé par le projet, le couple fait appel à l’architecte Marcel Breuer pour échafauder ce qui deviendra Flaine. Adepte du Bauhaus, l’Américain d’origine hongroise a déjà signé la Maison de l’Unesco à Paris et s’apprête alors à réaliser le Whitney Museum de New York.

Sylvie et Eric Boissonnas au début des années 1970.
Sylvie et Eric Boissonnas au début des années 1970. Centre culturel de Flaine

Marcel Breuer a carte blanche pour réaliser ce projet d’envergure. Des bâtiments aux lampadaires, des pylônes à la gare du téléphérique, il dessine Flaine de A à Z. Son idée : créer une ville où tout est à portée de main dans cette station perchée à 1600 mètres d’altitude. Le Forum, son cœur historique, a conservé intacte l’empreinte de Breuer. Aujourd’hui classé à l’inventaire des monuments historiques, l’ex-hôtel Le Flaine – premier immeuble construit – surplombe la falaise avec son solarium qui s’avance en surplomb dans le vide. Ses lignes droites, ses balcons suspendus et son aspect fonctionnel inscrivent le bâtiment dans la lignée du Bauhaus.

L’ex-hôtel Le Flaine et son balcon en surplomb.
L’ex-hôtel Le Flaine et son balcon en surplomb. OT-Flaine-Photozzom

S’ils contrastent avec les reliefs naturels, les immeubles se fondent étonnamment bien dans le paysage. Du haut des pistes, Flaine s’intègre à la perfection dans la montagne. Les tons gris teintés de jaune du béton évoquent les parois calcaires avoisinantes, tandis que les menuiseries en bois foncé rappellent la couleur des épicéas. Pas de câbles disgracieux qui détournent le regard ; ici, tout est enterré dans des galeries techniques. Optant pour du béton brut, Breuer a conçu des façades, toutes orientées au sud, en pointe de diamant afin que le soleil les habille de jeux d’ombres et de lumière au fil de la journée.

Flaine démontre que le béton et ses nuances peuvent s’intégrer dans un paysage montagnard.
Flaine démontre que le béton et ses nuances peuvent s’intégrer dans un paysage montagnard. Yves Havis

Hôtel Terminal Neige Totem

Seul véritable hôtel de Flaine, le Terminal Neige a rouvert ses portes en décembre 2015 dans un bâtiment en béton brut signé Breuer. Ses vastes espaces ouverts façon loft et la déco vintage-bohème mêlant meubles chinés (avec nombre de fauteuils dessinés par l’architecte) et touches colorées donnent le ton. Dans chaque chambre, une fresque noir et blanc d’un street artist local rappelle le Boqueteau de Dubuffet. Jamais l’œuvre de Marcel Breuer n’a paru aussi contemporaine…

Ouvert de mi-décembre à mi-avril. A partir de 180 € la double.
http://totem.terminal-neige.com/fr

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