A la Villa Noailles, la boîte de nuit comme laboratoire architectural

Alors qu’en France, les boîtes de nuit ferment les unes après les autres, la discothèque devient un objet de culte… Et notamment à la Villa Noailles (Hyères) qui proposera avec l'exposition « La boîte de nuit » de saisir les outils architecturaux utilisés dans la conception de ces lieux d’émancipation à travers des projets des années de 1960 à nos jours.

« Un dispositif de sensations destiné à rendre les gens heureux le temps d’une nuit », disait d’elle Roland Barthes dans Vogue Homme en 1978. En matière de discothèque, les architectes s’attellent depuis cinquante ans à mettre en œuvre les dispositifs les plus ingénieux mais aussi les plus invisibles : les danseurs doivent oublier le cadre et se projeter dans le rêve…

Area club (New York, 1979). Photo de Bill Bernstein.
Area club (New York, 1979). Photo de Bill Bernstein. Courtesy Bill Bernstein

A La villa Noailles de Hyères, les trois jeunes commissaires de l’exposition « La Boîte de nuit » ont décortiqué cette « manière paradoxale de faire disparaître l’architecture pour échapper au monde.

Audrey Teichmann, Benjamin Lafore et Sebastien Martinez-Barat, les 3 commissaires de l’exposition.
Audrey Teichmann, Benjamin Lafore et Sebastien Martinez-Barat, les 3 commissaires de l’exposition.

D’où leur volonté de montrer des exemples comme le Voom Voom, livré par Nicolas Schöffer en 1966 à Juan-les-Pins dont les trois miroirs associés à un mur de lumières faisaient perdre aux danseurs toute notion d’espace. Ou de l’Altro Mondo, en Italie, tapissé du sol au plafond de métal laqué bleu.

Plan du Voom Voom à Juan-les-Pins (1968). Architecte : Nicolas Schöffer.
Plan du Voom Voom à Juan-les-Pins (1968). Architecte : Nicolas Schöffer. Courtesy Fonds Nicolas Schöffer

Au fil de la déambulation entre photos, croquis et maquettes, on découvre aussi des lieux mythiques comme Le Palace (l’une des premières commandes de Patrick Berger, l’auteur de la Canopée des Halles) dont la boule à facettes transformait elle aussi l’espace physique. Cet espace physique avec lequel les architectes vont jouer sur le dancefloor saute au visage dans les clichés du photographe François Prost, qui recense depuis six ans dans « After Party » les extérieurs des boîtes de nuit françaises.

« Le Diamant – 53150 Neau (Mayenne) ». Photo de François Prost. Série After Party (2011-2017).
« Le Diamant – 53150 Neau (Mayenne) ». Photo de François Prost. Série After Party (2011-2017). Courtesy François Prost

Mais ce qui frappe dans l’exposition qui a investi tous les espaces de la Villa Noailles, c’est la part belle faite à l’Italie. Le co-commissaire Benjamin Lafore rappelle à ce sujet que « les seuls projets construits par les protagonistes des avant-gardes ont été des boîtes de nuit ». Et d’illustrer son propos avec « le Roi Dancing » de Carlo Mollino.

L’Altro Mondo à Rimini (Italie, 1967). Architectes : Giorgio Ceretti, Pietro Derossi et Riccardo Rosso.
L’Altro Mondo à Rimini (Italie, 1967). Architectes : Giorgio Ceretti, Pietro Derossi et Riccardo Rosso. courtesy Pietro Derossi

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