Moodboard 2017 : Le festival de la canne

Technique héritée de la Régence, au début du XVIIIe siècle, le cannage a traversé les siècles en se renouvelant à chaque époque. Autrefois plébiscitée pour sa solidité et sa mise en œuvre assez simple, elle est aujourd’hui détournée par les designers qui s’en emparent pour ses qualités décoratives.

Chaque jour qui passe permet de mesurer l’étendue de la révolution vintage dans les intérieurs contemporains : exhumation de modèles d’époque, rééditions, redécouvertes d’une écriture, mais aussi de techniques et de matériaux. « L’empreinte de l’Art déco et des années 50 sur la décoration contemporaine est d’autant plus forte que c’est une tendance qui dure, ce qui permet d’en découvrir toutes les facettes. C’est ainsi que la canne a été remise au goût du jour par les designers, éditeurs et autres acteurs du design », note Marina Million-Brodaz, acheteuse au Bon Marché.

Chaise « Single Curve Stool » de Nendo et bureau « Allegory » de GamFratesi. A l’arrière-plan, fauteuil « BodyStuhl » de Nigel Coates (le tout, Wiener GTV Design).
Chaise « Single Curve Stool » de Nendo et bureau « Allegory » de GamFratesi. A l’arrière-plan, fauteuil « BodyStuhl » de Nigel Coates (le tout, Wiener GTV Design). GTV

D’autant que « de la Scandinavie à l’Italie en passant par l’Allemagne, chaque patrie européenne s’est servie de cette technique pour écrire ses classiques », poursuit Éva Praquin, responsable du style chez Madeindesign.com. Témoins de ce siècle propice au cannage, l’assise Cesca de Marcel Breuer (1928, Knoll) et la table basse Rio de Charlotte Perriand (1962, Cassina) résument l’élégance, l’efficacité, l’authenticité et le confort de la canne de rotin tissée. Mais aussi une certaine intemporalité rassurante.

Table « Rio », de Charlotte Perriand (1962, Cassina).
Table « Rio », de Charlotte Perriand (1962, Cassina). DR

Cette technique, redécouverte à la faveur du style vintage, les designers actuels se la réapproprient pour l’employer dans des usages plus décoratifs, à l’image de Thomas Trad et son paravent graphique déstructuré, développé avec la galerie Joy Mardini de Beyrouth. Dans cette même veine : l’armoire Air de Mathieu Gustafsson (Design House Stockholm) et le buffet Straw, imaginé par Isabelle Gilles et Yann Poncelet (Colonel), avec ses façades entièrement cannées.

Paravent de Thomas Trad (Galerie Joy Mardini, Beyrouth).
Paravent de Thomas Trad (Galerie Joy Mardini, Beyrouth). DR
Buffet « Air » de Mathieu Gustafsson (Design House Stockholm).
Buffet « Air » de Mathieu Gustafsson (Design House Stockholm). Jonas Lindström

Des créateurs qui s’écartent de la chaise et font migrer ce matériau dans toutes les typologies, jusqu’aux lampes (suspension Emperor de Neri & Hu, Moooi). L’éditeur historique Wiener GTV Design le revisite aussi dans cette optique : « Aujourd’hui, le cannage peut être simplement décoratif (fauteuil Hideout Lounge Chair du duo Front). Si la canne est un matériau traditionnel et qu’il est compliqué de le faire oublier, l’addition de nouvelles couleurs et de nouveaux tissages, comme le propose Nigel Coates avec le large fauteuil Lehrstuhl, lui confère un caractère renouvelé. Dans le canapé Targa de GamFratesi, là aussi, le cannage vient aérer le meuble, lui apporter de la légèreté et de l’originalité », explique Riccardo Pigati à la tête de Wiener GTV Design.

Le canapé « Targa » de GamFratesi (Wiener GTV Design).
Le canapé « Targa » de GamFratesi (Wiener GTV Design). DR

Un jeu d’époques, d’équilibre et de légèreté avec lequel jouent designers et éditeurs, de Patricia Urquiola (fauteuil Klara, Moroso) à Lisa Hilland (siège à bascule Grönadal, Ikea), ancrant définitivement cette technique dans le XXIe siècle.

Fauteuil « Klara » de Patricia Urquiola (Moroso).
Fauteuil « Klara » de Patricia Urquiola (Moroso). DR
Fauteuil Grönadal (Ikea).
Fauteuil Grönadal (Ikea). Ikea
Canapé Cannage (Red Edition).
Canapé Cannage (Red Edition). Red Edition

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