Brooklyn, toujours bohème

Face à l’île de Manhattan, la vaste Brooklyn s’est érigée en porte-voix d’un New York jeune et relax, davantage porté sur le bien-vivre et la création que sur le profit à tout prix. Un cliché ? Même si Brooklyn se révèle plus complexe et diverse qu’il n’y paraît, ses paysages de brique et d’industries lourdes renaissent en permanence et ne cessent d’inspirer le monde. Comme un laboratoire.

C’est quasiment un lieu commun. D’un jeune homme tatoué, barbu et friand de chemises vintage, on dira qu’il est looké « à la Brooklyn ». Un café aux murs de brique où l’on moud artisanalement l’arabica ? « Comme à Brooklyn », vous résumera son patron, même s’il officie à Blois. Jadis prolétaire, aujourd’hui branché par endroits, le plus grand arrondissement de New York est devenu un label qu’on appose sur tout phénomène supposé cool.

Bordant l’East River, les hangars et les usines de Brooklyn témoignent encore du passé industriel du district. Peu à peu, cependant, ils se reconvertissent en lofts et en bureaux, voire sont carrément rasés au profit de condominiums rutilants.
Bordant l’East River, les hangars et les usines de Brooklyn témoignent encore du passé industriel du district. Peu à peu, cependant, ils se reconvertissent en lofts et en bureaux, voire sont carrément rasés au profit de condominiums rutilants. Young-Ah Kim

Voilà qui doit faire rire, même jaune, un certain nombre des 2,6 millions d’habitants du borough. Rien de in chez les Ukrainiens de Brighton Beach (aussi appelé Little Odessa) chers aux films de James Gray, ou chez les juifs hassidiques de Borough Park. Ni à Flatbush, l’immense quartier caribéen. Ni encore sur les hauteurs de Brooklyn Heights, si tranquillement bourgeoises. La faune « modeuse », c’est à Williamsburg, dans le nord-ouest de Brooklyn, qu’elle trouve son point d’ancrage. Plus sympathique au demeurant que les mines hautaines qu’elle prend parfois à SoHo ou à NoLiTa, de l’autre côté de l’East River. Comme les locaux, gobelet de café de chez Sweatshop en main, on déambulera nonchalamment dans Wythe Avenue où les boutiques indépendantes (Kinfolk, Pilgrim Surf and Supply, Mociun…) ont la cote, tandis que le vibrionnant Wythe Hotel plastronne en lieu et place d’une ancienne manufacture.

Ancienne tonnellerie qu’on a coiffée d’une extension de verre, le Wythe Hotel symbolise le nouveau visage, aisé et surbranché, du quartier de Williamsburg. À ses pieds, des concept-stores, des bars, des clubs sélects, que fréquentent des trentenaires dans le vent.
Ancienne tonnellerie qu’on a coiffée d’une extension de verre, le Wythe Hotel symbolise le nouveau visage, aisé et surbranché, du quartier de Williamsburg. À ses pieds, des concept-stores, des bars, des clubs sélects, que fréquentent des trentenaires dans le vent. Young-Ah Kim

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