Milan 2017 : Rencontre avec Carlotta De Bevilacqua (Artemide et Danese)

Diplômée en architecture du Politecnico de Milan, Carlotta De Bevilacqua préside à la destinée de l'éditeur de luminaires Artemide aux côtés de son mari et président, Ernesto Gismondi. Elle dirige aussi la marque Danese, spécialisée dans les petits objets de grands designers. Deux marques qui vont faire l'événement durant le prochain Salon de Milan…

Le célèbre luminaire Tolomeo fête ses 30 ans cette année. Quelle célébration prévoyez-vous ?
Carlotta De Bevilacqua : Ernesto Gismondi et Michele De Lucchi détestent l’idée d’un anniversaire ! Tolomeo s’est vendue à des centaines de milliers d’exemplaires et elle symbolise Artemide : des produits faits pour durer, techniquement puissants et qui ne bougent pas dans le temps. Tolomeo est un projet tellement fort qu’il est prêt à tout. C’est pourquoi, au lieu d’un anniversaire, nous avons décidé d’en proposer une version dorée et de confier au photographe de mode Pierpaolo Ferrari la réalisation des visuels pour la communication.

La famille « Tolomeo » de Michele De Lucchi et Giancarlo Fassina (Artemide).
La famille « Tolomeo » de Michele De Lucchi et Giancarlo Fassina (Artemide). Germana Lavagna

Comment définiriez-vous l’ADN d’Artemide ?
Artemide, c’est la recherche et l’innovation. En 2016, nous avons déposé dix brevets pour nos créations comme Alphabet of Light de BIG, Vector ou Silent Field que j’ai conçues. Nous sommes très attentifs à l’usage des matériaux, à la production elle-même. Il est important pour nous de produire en Europe, dans de bonnes conditions. Ernesto a développé la société avec l’idée d’offrir de la qualité à l’humanité, donc des produits à la fois durables, qui améliorent la vie quotidienne, respectueux de l’environnement. Mais pour cela, il faut une vision innovante, une parfaite compréhension de ce qu’est la lumière, de ce qu’elle apporte…

Cela fait écho à « The Human Light », la philosophie d’Artemide que vous avez personnellement développée dans les années 90…
Pour vivre, nous avons besoin d’air, d’eau, mais aussi de lumière. Sans elle, rien ne peut exister. Elle est importante, mais ce qui l’est également, c’est de prendre en compte les besoins des personnes dans divers environnements, pour mieux y répondre. Notre but est que la lumière améliore la qualité de vie.

Vous dites justement : « Le siècle passé était le siècle de l’électronique, ce siècle sera celui de la photonique. » Qu’est-ce que cela ?
La lumière a deux connotations : d’un côté, elle peut être envisagée comme une longueur d’ondes, un spectre perçu par l’œil humain et qui influe sur notre bien-être psychologique et physiologique. C’est par exemple ce que j’ai exprimé avec la lampe Yang (2000), qui permettait une interaction physique avec la lumière. D’autre part, la lumière est composée de quanta, de minuscules particules d’énergie ou photons. La photonique, une branche de l’optique, s’intéresse au contrôle de l’énergie lumineuse et va révolutionner nos vies et nos habitudes. Ses applications sont très diverses : pour l’éclairage bien sûr, mais aussi pour la médecine, pour le contrôle des flux d’informations et de données…

Lampe à poser de Carlotta de Bevilacqua (2000, Artemide).
Lampe à poser de Carlotta de Bevilacqua (2000, Artemide). Artemide

Mais qu’en est-il concrètement pour l’éclairage ?
La LED a déjà montré la voie en révolutionnant l’éclairage et en améliorant la qualité de la lumière. Mais on peut évoquer la fibre optique, ou le Li-Fi (Light Fidelity). Grâce à cette technologie, la lumière peut transporter des données sans fil, mais de manière plus sécurisée et trente fois plus rapidement que le Wi-Fi ! L’Internet des objets va aussi bouleverser les choses, puisque ceux-ci deviennent intelligents. Ils ne se contentent plus de recevoir des ordres, ils sont capables de fournir des informations, de s’adapter véritablement aux besoins.

Le projet Light over Time (LoT) de Tapio Rosenius ne va-t-il pas dans ce sens ?
Je trouve formidable le projet de Tapio Rosenius, que je considère davantage comme un inventeur que comme un designer. Que ce soit à la maison ou au bureau, son luminaire est capable de suivre notre rythme de vie en créant de multiples effets : couleur, largeur de faisceau, intensité, grâce à un simple logiciel. C’est une tendance forte dans nos créations.

C’est aussi le cas avec Ameluna, développé avec Mercedes-Benz Style ?
Mercedes-Benz et Artemide sont deux entreprises qui partagent des valeurs communes d’innovation, d’éthique et de durabilité… Ils sont venus nous voir avec cette volonté de créer un beau produit durable. Ameluna est née en à peine un an. Plus qu’un luminaire, c’est un objet qui dématérialise presque la lumière, avec son dôme en PMMA (polymétachrylate de méthyle ou verre acrylique, NDLR). Nous avons également développé une application pour le contrôler. Ameluna est un objet interactif, qui crée de l’expérience, de l’émotion et de l’empathie. Des notions humanistes qui sont importantes et à la base de notre travail.

Suspension Ameluna (Artemide avec Mercedes-Benz).
Suspension Ameluna (Artemide avec Mercedes-Benz). Artemide

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