Longchamp explore le contrechamp artistique

Boostée par les héritiers, la maroquinerie familiale de 70 ans s’est transformée en médium artistique total, affichant son image culturelle, glamour et parisienne jusqu’au bout du monde.

Feutres et carnet Moleskine à portée de main, Sophie Delafontaine (@sophiedelafontaine) archive ses idées en notes et croquis. Certaines ont donné le la de la collection d’été, qui fait claquer un bleu Wedgwood période Queen Charlotte contre un Extrême-Orient rose corail. La directrice artistique, héritière de Longchamp (@longchamp), confesse volontiers : « Les couleurs me donnent toujours le sens d’une narration, jusqu’au délicat cerisier en fleur japonisant. J’adore ce pays complexe, qui sait comme nul autre allier héritage, patrimoine, culture et modernité débridée. »

Sophie Delafontaine, petite-fille du fondateur de Longchamp, Jean Cassegrain, est aujourd’hui directrice artistique de la marque.
Sophie Delafontaine, petite-fille du fondateur de Longchamp, Jean Cassegrain, est aujourd’hui directrice artistique de la marque. Stéphane de Bourgies

Naître Cassegrain et se vouer à Longchamp, telle est donc la mission de Sophie Delafontaine et de son frère Jean Cassegrain (@jean_cassegrain), directeur général. Plongée dès le berceau dans l’univers familial embaumant le cuir, la troisième génération conduit désormais l’ascension très internationale de la maroquinerie française. Le nom fut déposé en 1948 par Jean Cassegrain, leur grand-père buraliste. Un stock de pipes qu’il fit gainer de peausseries le mena à la petite maroquinerie de bureau en 1955. Aux sacs et aux bagages en cuir des années 70 viennent s’ajouter un vestiaire féminin en 2005 et des souliers en 2012. 50 % des produits sont fabriqués en France, dans six ateliers qui emploient 900 personnes (3 000 dans le monde). Cet écosystème comprend même une école. « Nous avons du mal à recruter, et nos apprentis y sont rémunérés tout en se formant durant trois à quatre ans à la “main” spécifique de Longchamp », explique encore la jeune femme.

Sac « Le Pliage », le best-seller de Longchamp revu par le fashion-designer Jeremy Scott dans le cadre de sa collaboration avec la marque.
Sac « Le Pliage », le best-seller de Longchamp revu par le fashion-designer Jeremy Scott dans le cadre de sa collaboration avec la marque. Olivier Mesnage

Diplôme d’Esmod en poche, Sophie Delafontaine résiste à l’attraction familiale en rejoignant d’abord Bonpoint et ses vêtements pour enfants-rois. « En 1995, en entrant ici, je tenais à apporter une dose d’émotion. Mon père, Philippe, a un œil rationnel. À 79 ans, il occupe son bureau présidentiel, où il dessine toujours. Il y a conçu le sac Le Pliage en 1993. » Ce grand voyageur cherchait un bagage souple et léger, costaud, élégant et facile à ranger. Revitalisé deux fois par an depuis dix ans par le fashion-designer Jeremy Scott, cet origami en nylon increvable a été vendu à plus de 32 millions d’exemplaires depuis sa création !

Jean Cassegrain, frère de Sophie Delafontaine, assure la direction générale de l’entreprise.
Jean Cassegrain, frère de Sophie Delafontaine, assure la direction générale de l’entreprise. Stéphane de Bourgies

Jean Cassegrain et Sophie Delafontaine multiplient aussi depuis un moment les connexions artistiques, avec une pensée pour le photographe Serge Mendjisky et le peintre expressionniste Eugène Paul – dit « Gen Paul » –, des amis de la famille. « En 1971, Serge Mendjisky a réalisé un sac en patchwork de cuir, ce qui n’était pas courant pour une marque », précise la menue Sophie, qui s’avoue par ailleurs peu collectionneuse. En fait, cette maison indépendante réserve sa moisson de talents ­exclusivement à Longchamp. « La maroquinerie a besoin d’un œil qui sache révéler son esthétique en dépassant l’aspect utilitaire de l’objet, souligne la directrice artistique. Égoïstement, rencontrer des artistes me permet d’entrer dans des univers fascinants. Ils ont un regard vierge de toute contrainte sur des produits que je connais par cœur. Leur contribution est source de renouvellement pour la maison car ils ne se limitent jamais. »

Habillage de chantier imaginé l’an dernier par Ryan McGinness pour la boutique parisienne de la rue Saint-Honoré.
Habillage de chantier imaginé l’an dernier par Ryan McGinness pour la boutique parisienne de la rue Saint-Honoré. DR

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