Longchamp explore le contrechamp artistique

Boostée par les héritiers, la maroquinerie familiale de 70 ans s’est transformée en médium artistique total, affichant son image culturelle, glamour et parisienne jusqu’au bout du monde.

Exigeante, originale, la maroquinerie Longchamp fait provision de signatures internationales dans des domaines inattendus : logo réalisé par Turenne Chevallereau vers 1950, mais revu par Robert Combas plus récemment ; cartes de vœux signées Vladimir Vélickovic ; palissade du chantier parisien confiée l’an passé à Ryan McGinness, celle de Shanghai à Franz Ackermann, tandis que la spectaculaire fresque en cours sur la 5e Avenue, à New York, revient à Guillaume Alby, alias Remed.

Le mobile « Homograph », conçu par le collectif Troika, dans la boutique londonienne de Regent Street.
Le mobile « Homograph », conçu par le collectif Troika, dans la boutique londonienne de Regent Street. Alex Delfanne

À la direction générale, le bureau de Jean Cassegrain déborde de projets. « Ils reposent tous sur des rencontres, explique le dandy à barbichette et binocles rondes, comme avec le maître de l’art cinétique Carlos Cruz-Diez. En 2010, à 87 ans, il a accepté de livrer une œuvre pour la boutique de Madison, à New York. J’aime l’art cinétique pour son économie de moyens et le fait que cet artiste intègre ses installations dans des architectures, à l’instar de celle du palais d’Iéna, à Paris (Un Être flottant, en octobre dernier, NDLR). Bien sûr, l’art motive nos clients car il touche leur inconscient. Sur nos 300 boutiques, 10 intègrent des œuvres. Parmi mes préférées, à Londres : la fresque de Maya Hayuk et le mobile à forme changeante de Troika, collectif ­d’ingénieurs et de matheux. »

Œuvre murale de Maya Hayuk dans la boutique de New Bond Street, à Londres.
Œuvre murale de Maya Hayuk dans la boutique de New Bond Street, à Londres. Melvyn Vincent

Le blog de Longchamp lui-même accueille la « patte » de Fabienne Legrand et son personnage de Parisienne ! Le design, lui, entre dans les boutiques par le biais, notamment, de fauteuils dessinés par Thomas Heatherwick – à Ginza (Tokyo) –, qui a aussi fait un sac tout rond zippé en colimaçon. Et l’architecte américain Eric Carlson collabore régulièrement à divers projets. Enfin, quand Kate Moss joue les égéries pour la marque, derrière le viseur se tiennent Mario Testino, Peter Lindbergh ou, cette saison, Mikael Jansson ! Le festin se prolonge en éditions limitées revisitées par la sulfureuse artiste britannique Tracey Emin, qui transforme sa vie en œuvres – à l’instar de Sophie Calle –, ou par la vidéaste et peintre américaine Sarah Morris. « Dans le cas de Tracey Emin, j’ai dû me plonger dans le sens caché de son travail, se souvient Sophie Delafontaine. Elle voulait faire une valise et deux sacs Le Pliage dans sa couverture rose de petite fille. On a réalisé trente types de tissu pour trouver le bon, en y reproduisant fidèlement les marguerites qu’elle avait brodées. Je me suis arraché les cheveux ! »

Lors du 60e anniversaire de Longchamp, en 2008, le frère et la sœur repèrent à la Fiac l’artiste belge Jean-Luc Moerman. « Ses tatouages sur la peau de personnages de toiles célèbres (comme L’Origine du monde, de Courbet) ou sur une photographie (Kate Moss transfigurée) nous ont séduits. Mon frère Jean et moi voulions le voir à l’œuvre sur du cuir. » Résultat : 60 sacs uniques, tatoués par Moerman en personne. En serrant ce trésor franco-belge sur notre cœur, une fois dans notre salon, reste à se poser cette question fondamentale : « Ce sofa est-il suffisamment arty pour y poser mon sac Longchamp ? »

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