Aux enchères, les maîtres du design battent des records !

Une récente étude de Barnebys chiffre la croissance remarquable du design au sein des maisons de vente depuis 2009. Elle révèle les clés de ce marché florissant, ses effets de mode et ses designers indétrônables. Décryptage.

Ce n’est pas un hasard si Barnebys, surnommé le « Google des ventes aux enchères », a choisi de consacrer son dernier rapport au design. Cette étude révèle en effet une croissance du chiffre d’affaires des ventes de mobilier design de 330 % entre 2009 et 2016 ! Pour établir ces chiffres, le Barnebys Online Auction Report se base sur l’évolution de la cote de quinze grands designers des années 1940-1960. A partir des profils les plus recherchés sur le site, Barnebys a sélectionné trois noms pour chacun des cinq principaux marchés : le Danemark, la Suède, la Finlande, la France et les États-Unis. Pour la France par exemple, le trio gagnant est composé de Jean Royère, Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret.

Ce fauteuil Ours Polaire de Jean Royère (années 1950) a été vendu pour 233 000 $ chez Phillips à New York en 2014.
Ce fauteuil Ours Polaire de Jean Royère (années 1950) a été vendu pour 233 000 $ chez Phillips à New York en 2014. Barnebys

Les secrets de cette croissance impressionnante ? La révolution numérique d’abord, à laquelle Barnebys a contribué et qui a bouleversé le marché de l’art dans son ensemble. La mise en ligne des ventes aux enchères a permis la démocratisation du marché du design, un domaine auparavant opaque et qui explose dans les maisons de vente aujourd’hui. Mais le design doit surtout son succès à sa reconnaissance dans le champ ces dernières années. La multiplication d’expositions qui lui sont dédiées dans les musées le montrent, de la réouverture du Musée des Arts Décoratifs en 2006 aux nombreuses rétrospectives du Centre Pompidou. Mariant la culture et l’industrie, le design et ses icônes vintage ont pleinement intégré le marché de l’art.

Le Mahogany Cabinet de Josef Frank (c. 1937), adjugé pour 343 000 couronnes (35 000 €) à Stockholm en 2012 chez la maison de vente scandinave Bukowskis.
Le Mahogany Cabinet de Josef Frank (c. 1937), adjugé pour 343 000 couronnes (35 000 €) à Stockholm en 2012 chez la maison de vente scandinave Bukowskis. Barnebys

Le design apparaît aujourd’hui comme un meilleur investissement que les Beaux-Arts, domaine qui suscite plus de frilosité, réservé à quelques initiés, moins à la mode également… Pourtant, on trouve certaines correspondances entre les deux domaines. Comme pour le marché de l’art, la sphère design a ses créateurs stars, ses engouements et ses tendances. L’étude Barnebys prouve que les internautes recherchent avant tout une signature, un style spécifique, un nom. Les quinze designers sélectionnés pour le rapport ont totalisé à eux seuls 38,3 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2016 et concentré 12 % de la totalité du marché du design. Qui dit tendances dit aussi marché en mouvement. Le fondateur de Barnebys, Pontus Silfverstolpe, insiste sur l’importance de la nouveauté : « Il est clair que si les prix et l’effet de nouveauté d’un designer déclinent, le marché passe à autre chose. Il est donc essentiel pour les maisons de vente et les marchands de découvrir et de rechercher des designers émergents. »

Un modèle rare du fauteuil Chieftain (c.1950) de Finn Juhl, vendu à Hong Kong chez Phillips en novembre 2016 pour1 937 500 $.
Un modèle rare du fauteuil Chieftain (c.1950) de Finn Juhl, vendu à Hong Kong chez Phillips en novembre 2016 pour
1 937 500 $. Barnebys

L’étude Barnebys s’appuie sur les chiffres de vente de maisons issues de vingt-neuf pays. Si le goût pour le design semble universel et son succès croissant, certains pays ont su développer un marché particulièrement dynamique. Les grandes métropoles telles que New York, Londres et Paris concentrent traditionnellement les ventes aux enchères les plus importantes. En France, le marché est emblématique du phénomène global de croissance, appuyé par des maisons comme Piasa ou Artcurial, qui ont choisi de mettre en avant le design, et par la notoriété des grands designers français. L’émulation internationale entre les maisons de vente promet de belles années à ce marché en croissance qui devrait encore s’étendre avec l’émergence de la concurrence asiatique…

Un record de vente pour 2014 : The Good Year Table, créée par Isamu Noguchi en 1939. Elle a été vendue par Phillips à New York pour 4 450 500 $.
Un record de vente pour 2014 : The Good Year Table, créée par Isamu Noguchi en 1939. Elle a été vendue par Phillips à New York pour 4 450 500 $. Barnebys

Véritable mine d’informations sur l’état actuel du marché, le rapport Barnebys s’avère un outil précieux pour tout collectionneur – confirmé ou aspirant – à l’affût de belles pièces vintage…

Et si vos meubles Ikea étaient de futures pièces de collection ?

Du IKEA dans une vente aux enchères de mobilier ? Eh oui, plusieurs  modèles sont devenus des classiques et leurs prix peuvent atteindre des sommets dans les ventes. Les meubles les plus prisés sont surtout ceux des années 1950 à 1970. C’est le cas du fauteuil Mushroom, dit aussi Clam Chair, produit dans les années 1950 d’après un dessin du Danois Philip Arctander de 1944. La maison Phillips a fait grimper les enchères jusqu’à 170 395 € pour une paire de ces fauteuils. Pas mal pour des meubles Ikea !

Les nombreuses collaborations entre le groupe et les designers reconnus expliquent aussi ce succès croissant dans les enchères. La chaise Vilbert (photo) de Verner Panton, éditée par Ikea en 1993, avait remporté un modeste succès public à l’époque… Aujourd’hui, c’est une icône, parfois vendue plus de 800 € pièce dans les ventes ! Le fondateur de Barnebys, Pontus Silfverstolpe, précise à ce propos que « les pièces qui se vendent le mieux aux enchères sont celles qui marchent le moins bien en vente classique… »

 

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