Paul Cocksedge, designer archéologue de Londres

Au Salon de Milan 2017, le designer britannique Paul Cocksedge a montré ses dernières créations dans une cave. Normal pour cette collection tirée du sous-sol londonien…

Nul ne sait mieux transformer une contrainte en atout créatif qu’un designer. Le Londonien Paul Cocksedge vient d’en apporter une nouvelle preuve. Installé depuis douze années dans un studio du quartier de Hackney, il a appris l’an passé qu’il allait en être expulsé pour laisser place à une nouvelle résidence haut de gamme.

Le designer britannique Paul Cocksedge.
Le designer britannique Paul Cocksedge. Germana Lavagna

Viscéralement attaché à cet immeuble dans lequel il est installé depuis 2005, Cocksedge voulait célébrer son départ de manière à « relâcher la tension et l’énergie créatives qui ont façonné les lieux ». Il a donc décidé de forer le sous-sol à la manière d’un géologue en retirant de longues « carottes », des cylindres de matière extraits des fondations où la pierre se mélange au béton et à la brique, suivant la profondeur à laquelle on creuse le sol de ces anciennes étables.

De ces cylindres de matières, témoins de l’histoire du sous-sol londonien, il a tiré une série de six meubles sublimes dans leur composition équilibrée. Les éléments apportés par le designer sont presque invisibles et se réduisent à du verre et des fixations ultra discrètes : les matériaux sont volontairement laissés bruts pour exprimer leur beauté intrinsèque et le mariage de la brique victorienne avec le béton.

Les six pièces de la collection exposées lors du dernier Salon de Milan.
Les six pièces de la collection exposées lors du dernier Salon de Milan. Mark Cocksedge

« Après douze années passées ici, je voulais marquer le coup, avance Paul Cocksedge. J’ai donc décidé de plonger dans les tréfonds de l’immeuble et de montrer ce qui était sous la surface. Bien sûr, j’ai réalisé des scans des fondations du bâtiment avant de commencer à creuser les sous-sols… »  

L’étagère, surprenante de légèreté.
L’étagère, surprenante de légèreté. Mark Cocksedge

Au delà de l’aspect esthétique de sa démarche, le designer veut alerter le grand public sur les mutations urbaines en cours à Londres et la façon dont les créatifs sont expulsés de la ville par la pression immobilière.

Paul Cocksedge et sa table dont la structure est faite de cylindres extraits du sous-sol de son ancien studio.
Paul Cocksedge et sa table dont la structure est faite de cylindres extraits du sous-sol de son ancien studio. Mark Cocksedge

Dévoilée pour la première fois durant le dernier Salon de Milan au sous-sol d’un palazzo du XVIIe siècle, ces pièces exceptionnelles ont ensuite pris le chemin de la galerie new-yorkaise Friedman-Benda où elles sont été mises en vente.

Les deux pieds de cette table mêlent le béton moderne à la brique victorienne.
Les deux pieds de cette table mêlent le béton moderne à la brique victorienne. Mark Cocksedge

« EXCAVATION: Evicted » de Paul Cocksedge. En vente à la galerie Friedman Benda, à partir de 60 000 € pièce…

Diaporama : Quand Paul Cocksedge creuse le sol de son studio pour créer des meubles

 

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