Studio Swine, les superexplorateurs

Swine pour « Super Wide Interdisciplinary New Explorers » : rarement un acronyme aura été si bien porté… À la croisée du design, de l’art, de la poésie, du cinéma et du voyage, l’approche éco-responsable de Studio Swine fait écho à la définition classique du rôle du designer : transformer un problème en opportunité.

C’est un scénario peu commun qui a présidé à la rencontre de l’architecte japonaise Azusa Murakami et de l’artiste britannique Alexander Groves, le duo qui se cache derrière Studio Swine (@studio_swine). En 2010, l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull et le nuage de cendres géant au-dessus du ciel européen qui en a découlé ont cloué tous les avions au sol. Tout le petit monde du design en pèlerinage annuel au Salon du meuble de Milan a alors redoublé d’inventivité et de solidarité pour trouver des solutions de transport alternatives. Chacun y est allé de son plan B. C’est ainsi qu’Azusa et Alexander se sont retrouvés assis côte à côte de longues heures durant dans le car que le Royal College of Art avait affrété pour ramener ses ­étudiants à Londres. Depuis, ils ne se sont plus quittés…

« Sea Chair », un projet réalisé avec le designer Kieren Jones. Les déchets plastique marins sont en voie de créer un septième continent. Partant de ce constat, et avec l’aide de pêcheurs, Studio Swine s’est mis en tête de recycler ces déchets pour les transformer en « tabourets de mer ».
« Sea Chair », un projet réalisé avec le designer Kieren Jones. Les déchets plastique marins sont en voie de créer un septième continent. Partant de ce constat, et avec l’aide de pêcheurs, Studio Swine s’est mis en tête de recycler ces déchets pour les transformer en « tabourets de mer ». DR

Ce trajet a été fondateur à plus d’un titre puisque Studio Swine n’a jamais cessé de parcourir le monde pour donner naissance à d’innovants projets qui peuvent être abordés comme des carnets de voyage en 3D. Arrivés au Brésil en électrons libres en 2013 juste après leur diplôme (le projet « Sea Chair », en collaboration avec Kieren Jones), ils ont rapidement été repérés par Olivia Yassudo Faria, fondatrice de la galerie Coletivo Amor de Madre. Ensemble, ils ont développé « Can City », une série de tabourets en canettes d’aluminium recyclées.

Tabourets de la série « Can City » du Studio Swine.
Tabourets de la série « Can City » du Studio Swine. Studio Swine

En 2014, en Chine cette fois, ils exploraient avec « Hair Highway » le potentiel non cosmétique du cheveu humain, une importante ressource locale. D’où cette collection de meubles et accessoires d’esprit Art déco, dans laquelle les cheveux en suspension dans de la résine se substituent visuellement à l’écaille ou aux traditionnelles marqueteries de bois précieux.

« Hair Highway » (2014) se décline autant sous forme d’accessoires que de meubles. Ou comment le cheveu, recyclé dans une résine remplace l’écaille ou la marqueterie.
« Hair Highway » (2014) se décline autant sous forme d’accessoires que de meubles. Ou comment le cheveu, recyclé dans une résine remplace l’écaille ou la marqueterie. DR

L’automne dernier, leur plongée dans la ville fantôme de Fordlândia, érigée ex nihilo par le constructeur automobile Henry Ford à la fin des années 20 au cœur de la forêt amazonienne pour assurer son approvisionnement en caoutchouc, a donné lieu à la collection du même nom. Réalisés en ébonite, un matériau résultant de la vulcanisation du caoutchouc et qui rappelle l’ébène, ces meubles rendent hommage à l’épure douce des maîtres du modernisme tropical tels que Joaquim Tenreiro, Sergio Rodrigues ou Lina Bo Bardi.

Fauteuil de la série « Fordlandia » (2016) réalisée à base d’ébonite.
Fauteuil de la série « Fordlandia » (2016) réalisée à base d’ébonite. Studio Swine
Autre fauteuil de la série « Fordlandia » (2016) réalisée à base d’ébonite.
Autre fauteuil de la série « Fordlandia » (2016) réalisée à base d’ébonite. Studio Swine

En avril 2017, Azusa Murakami et Alexander Groves sont revenus à Milan, à l’invitation de COS. Depuis 2012, la marque suédoise de prêt-à-porter offre en effet une carte blanche à un designer en off du salon. Après Nendo, Snarkitecture et Sou Fujimoto, c’est Studio Swine qui a retenu l’intérêt de Karin Gustafsson, directrice de création de COS. Résultat ? Un arbre-sculpture en métal recyclé dont les branches évoquent l’iconique lampe Arco des frères Castiglioni (Flos, 1962).

Installation COS x Studio Swine lors du off du salon de Milan 2017.
Installation COS x Studio Swine lors du off du salon de Milan 2017. Studio Swine

Inspiré par la floraison des cerisiers japonais, New Spring a voulu recréer, selon les deux designers, « ce moment naturel de joie et de mélancolie mêlées lorsque les fleurs tombent », au travers de poétiques bulles bourgeons remplies de vapeur insaisissable. Mais, au-delà du storytelling, il s’agissait également pour eux de partager, en filigrane, leur image personnelle de Milan : « Les arches néoclassiques en marbre blanc, les luminaires modernistes des Castiglioni, les scènes oniriques des films de Fellini… » Cerise (japonaise) sur le gâteau : en écho subliminal aux propres films qu’ils réalisent, New Spring avait investi ce repaire milanais qu’est l’ancien cinéma Arti, construit dans les années 30 par Mario Cereghini. Une belle adresse où projeter leur prochain road-movie design, certainement.

« New Spring », projet d’arbre-sculpture en métal recyclé avec ses bourgeons de bulles remplies de vapeur.
« New Spring », projet d’arbre-sculpture en métal recyclé avec ses bourgeons de bulles remplies de vapeur. DR

 

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