En Provence, une escale hédoniste à la Villa La Coste

Le château La Coste se dote désormais d'un hôtel à la mesure de l'engagement pour le vin et l'art déployé par son propriétaire, l'homme d'affaires irlandais Patrick McKillen. Une halte qui devrait permettre de vivre pleinement l'expérience de ce domaine hors norme.

Lors de son ouverture au public, en 2011, le château La Coste en avait surpris plus d’un avec sa collection d’œuvres d’art et d’architectures installée au cœur d’un domaine viticole séculaire de 200 hectares situé au nord d’Aix-en-Provence. Tadao Ando, Jean Nouvel, Frank Gehry pour les architectes ; Sean Scully, Louise Bourgeois, Tunga, Andy Goldsworthy, Richard Serra, Liam Gillick et quelques autres noms prestigieux pour les artistes (aujourd’hui une trentaine). C’est un peu comme si la très arty île de Naoshima, au Japon, avait fusionné avec une winery du nouveau monde pour mettre le vin et la création contemporaine sur un même piédestal. Du jamais vu dans l’Hexagone, d’autant que ce projet a mûri loin de tout brouhaha médiatique, avec l’aide de quelques experts mais surtout par la volonté et les choix personnels de l’entrepreneur irlandais Patrick « Paddy » McKillen. Et depuis, celui-ci a bien démontré qu’il n’entendait pas en rester là, toujours avec cette discrétion qui caractérise le développement du domaine. Parmi les derniers projets en date – outre un pavillon de photographie signé Renzo Piano et un restaurant animé par l’Argentin Francis Mallmann –, l’implantation sur le site d’un hôtel cinq étoiles va marquer un vrai tournant dans l’histoire des lieux. Là encore, la réalisation a été mûrie de longue date avec l’agence Tangram Architectes, basée à Marseille. L’initiative semble couler de source si l’on se souvient que Paddy McKillen s’est largement investi dans le secteur hôtelier à Londres, avec des établissements aussi prestigieux que le Connaught, le Berkeley ou le Claridge’s.

Dans le lobby, toujours, un canapé « Marshmallow » de George Nelson au-dessous d’une photographie de David Douglas Duncan, « Picasso avec une coiffe indienne », un cadeau de Gary Cooper (Cannes, La Californie, 1960).
Dans le lobby, toujours, un canapé « Marshmallow » de George Nelson au-dessous d’une photographie de David Douglas Duncan, « Picasso avec une coiffe indienne », un cadeau de Gary Cooper (Cannes, La Californie, 1960). Richard Haughton

D’emblée, on comprend que le site a été méticuleusement choisi : à flanc de colline, en bordure de forêt et des vignes, pour assurer un point de vue unique sur le domaine ainsi qu’une certaine intimité aux résidents. Contrairement au pavillon d’accueil du château, conçu par Tadao Ando, et au chai de Jean Nouvel qui affichent un parti pris architectural innovant, la Villa La Coste fait plutôt le lien avec la tradition des constructions ­provençales en privilégiant notamment la pierre sèche pour la couverture extérieure. Aussi pénètre-t-on dans l’établissement en empruntant une ruelle ombragée qui pourrait bien être celle d’un hameau et autour de laquelle se répartissent les 28 suites de l’hôtel, dont la plus petite surface est de 65 m2, certaines disposant même d’une piscine privée. À l’intérieur, Patrick McKillen a lui-même décidé de l’agencement des espaces ainsi que du choix des meubles (District Eight) et des matériaux (­terrazzo et marbre opalescent dans les salles de bains).

Dans les chambres, ambiance plutôt immaculée avec un mobilier signé par l’agence vietnamienne District Eight. En tête de lit, dessin de la Britannique Tracey Emin.
Dans les chambres, ambiance plutôt immaculée avec un mobilier signé par l’agence vietnamienne District Eight. En tête de lit, dessin de la Britannique Tracey Emin. Richard Haughton
Dans les chambres, ambiance plutôt immaculée avec un mobilier signé par l’agence vietnamienne District Eight. En tête de lit, dessin de la Britannique Tracey Emin.
Dans les chambres, ambiance plutôt immaculée avec un mobilier signé par l’agence vietnamienne District Eight. En tête de lit, dessin de la Britannique Tracey Emin. Richard Haughton
Dans les salles de bains, vasques en marbre et sol en terrazzo.
Dans les salles de bains, vasques en marbre et sol en terrazzo. Richard Haughton

Trésors arty pour public très select
Si quelques œuvres et, plus encore, des ­photos-souvenirs du passage des artistes au domaine trouvent leur place sur les murs de ces suites, c’est dans le lobby et autres parties communes – exclusivement réservés à la clientèle – que l’accrochage est le plus prometteur : toiles de Damien Hirst et de Sean Scully, lithographies de Louise Bourgeois… Et que dire du mobilier signé Charlotte Perriand, Pierre Yovanovitch, George Nakashima, Jean Royère, George Nelson… évidemment en éditions originales ? Pour certains espaces tels que la bibliothèque, le restaurant des résidents et le spa (800 m2 !), McKillen a fait appel au talent de l’architecte hongkongais André Fu (AFSO) pour qu’il imagine une mise en scène tout en sobriété dont il a le talent. Et si l’on pense avoir fait le tour du propriétaire, c’est qu’on omet un passage au « business center » équipé de tables signées Jean ­Prouvé, à la « salle de bal » monumentale ou au restaurant ­Louison. C’est le chef trois étoiles Gérald Passédat qui assure la carte de ce pavillon de verre volontairement détaché de l’architecture de pierre – la table est ouverte à la clientèle extérieure – et au centre duquel est suspendue une ­sculpture de Louise Bourgeois.

À la carte du restaurant Louison, signée Gérald Passédat, une jardinière de légumes très expressionniste.
À la carte du restaurant Louison, signée Gérald Passédat, une jardinière de légumes très expressionniste. Richard Haughton

Lors d’un passage au château La Coste en 2015, le personnel nous avait assuré que le projet d’hôtel était en bonne voie, sans pour autant donner de date d’ouverture. Si le lieu remplit aujourd’hui bel et bien sa fonction d’accueil, la notion d’hospitalité a ici quelque chose qui est sans commune mesure avec ce que propose d’ordinaire un établissement hôtelier. Elle se trouve renforcée par le sentiment de se trouver à la fois dans une villa privée, un club réservé et une collection d’art et de design où rien ne semble faire défaut.

Villa La Coste
2750 route de la Cride, 13610 Le Puy-Sainte-Réparade
Tél. : 04 42 50 50 00
www.villalacoste.com

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