La Friche de l’Escalette, une galerie ovni au cœur des Calanques

Des capsules en plastique rétro-futuristes ont atterri au cœur du Parc national des Calanques. Bienvenue à la Friche de l’Escalette, galerie à ciel ouvert et terrain de jeu de l’antiquaire parisien Eric Touchaleaume.

Les capsules signées Jean-Benjamin Maneval, Georges Candilis – Anja Blomstedt et Matti Suuronen, installées sur la Friche de l’Escalette.
Les capsules signées Jean-Benjamin Maneval, Georges Candilis – Anja Blomstedt et Matti Suuronen, installées sur la Friche de l’Escalette. Christian Baraja

Une bulle blanche à l’allure de soucoupe volante contraste avec les ruines et la végétation environnantes. La Futuro House du finlandais Matti Suuronen s’est posée au sud de Marseille, plus précisément sur la Friche de l’Escalette dans les Calanques. Elle n’est pas la seule. A ses côtés, un Hexacube de 1968, construction modulable de Georges Candilis et Anja Blomstedt, initialement installée sur la plage de Port-Leucate. Une Bulle six coques du français Jean-Benjamin Maneval, du même millésime, complète le tableau. Il ne s’agit pas d’un décor de film de science-fiction mais de la nouvelle exposition estivale de la Friche de l’Escalette, consacré à l’habitat nomade en plastique.

De nuit, l’effet « film de science-fiction » est encore plus fort.
De nuit, l’effet « film de science-fiction » est encore plus fort. Christian Baraja

Ouvert il y a un an par l’antiquaire parisien Eric Touchaleaume, sur le site d’une ancienne usine à plomb fermée en 1925, la Friche de l’Escalette fait figure de galerie ovni à ciel ouvert. Le spécialiste du design du XXe siècle a acquis ces trois hectares sauvages avec vue sur la mer il y a quatre ans. Après l’avoir nettoyé et clôturé, son fils Elliott en a en pris les rênes. « Il s’agit de sanctuariser ces ruines et de faire vivre ce lieu, qui nous permet de présenter des architectures que nous ne pourrions pas montrer à Paris », explique le propriétaire de la Galerie 54 à Paris.

La galerie à ciel ouvert au milieu des ruines de l’usine à plomb.
La galerie à ciel ouvert au milieu des ruines de l’usine à plomb. Christian Baraja

Après l’Habitat Tropical Cameroun de Jean Prouvé présenté l’été dernier, le plastique règne en maître cette année. Autour des trois maisonnettes, du mobilier gonflable signé Quasar Khahn – immortalisé dans L’aventure c’est l’aventure avec Lino Ventura – et une sculpture jaune, Playground, de Werner Zemp (1968) issue d’un jardin d’enfant zurichois, égayent les lieux de quelques touches de couleur pop. Car ce parc d’architecture légère s’ouvre aussi aux œuvres contemporaines monumentales. L’œuvre en bois, Pavillon Skulptur II, de l’adepte du Bauhaus Max Bill évoque ainsi les structures de la Chaise Rouge et Bleue de Rietveld ou les lignes de la Farnsworth House de Mies van der Rohe.

Au premier plan, l’œuvre Pavillon Skulptur II de Max Bill.
Au premier plan, l’œuvre Pavillon Skulptur II de Max Bill. Christian Baraja

Accessible uniquement l’été, la Friche se visite en petit groupe, accompagné d’un étudiant en architecture ou aux Beaux Arts. Une fois déchaussé, on pénètre dans les capsules futuristes. Spectaculaire, la Futuro House dévoile un intérieur violet où trône un prototype de bureau Boomerang Grand PDG avec siège intégré de Maurice Calka (1969), et une chaise Baby Molar de Wendle Castle (1971). La Bulle Maneval, elle, révèle, son aménagement intérieur d’origine.

Le surprenant intérieur de la Futuro House avec son bureau Boomerang Grand PDG et la chaise Baby Molar de Wendle Castle.
Le surprenant intérieur de la Futuro House avec son bureau Boomerang Grand PDG et la chaise Baby Molar de Wendle Castle. Christian Baraja

La balade se poursuit dans les hauteurs, au milieu des vestiges du passé industriel et de la végétation qui a repris ses droits. Le site restant pollué à certains endroits, le guide balise le chemin. Grandes colonnes et arches de pierre colossales, pins poussant à même les ruines, on se croirait dans un paysage à la Péronèse, entièrement coupé de la civilisation. Pour son nouveau propriétaire, la Friche de l’Escalette fait aussi office de tremplin. « Nous rôdons les expositions ici, nous les améliorons et nous aimerions les faire voyager », confie Eric Touchaleaume, qui espère exporter bientôt « Utopie plastic » à Los Angeles, et pourquoi pas vendre l’une de ces mini-habitations, restaurées l’hiver à l’Escalette.

Vu de l’Hexacube depuis une fenêtre de la Futuro House.
Vu de l’Hexacube depuis une fenêtre de la Futuro House. Isabelle Vatan

L’été prochain, l’homme qui aime dire qu’il fait de « l’archéologie du XXe siècle », dévoilera la Maison Tropicale de Niamey de Jean Prouvé. Dans deux ans, il espère accueillir un concours international de cabanons et présenter une dizaine de constructions réalisées in situ par une dizaine d’artistes. La « tiny house » n’a jamais été aussi dans l’air du temps.

À droite de l’Hexacube, on aperçoit le mobilier gonflable signé Quasar Khahn et la sculpture « Playground », de Werner Zemp.
À droite de l’Hexacube, on aperçoit le mobilier gonflable signé Quasar Khahn et la sculpture « Playground », de Werner Zemp. Christian Baraja

« Utopie plastic – architecture – art – ameublement », Friche de l’Escalette, jusqu’au 30 septembre 2017.
Sur réservation uniquement, inscriptions sur friche-escalette.com.

Vidéo archives, les bulles dans les seventies.

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