Damien Hirst : loin du white cube

À Venise, Damien Hirst investit non pas un mais deux lieux : le Palazzo Grassi et la Pointe de la Douane. Plus de 250 œuvres. Coup de génie ou coup marketing ?

Il était une fois… un esclave affranchi qui vécut au Ier siècle de notre ère. Après avoir accumulé un magot, il embarqua à bord d’un navire qui sombra au large de l’Afrique. Deux mille ans plus tard, une équipe de plongeurs localise l’épave et récupère le précieux chargement : statues gréco-romaines, bouddhas asiatiques et autres œuvres inspirées de la mythologie de l’histoire de l’art et de la pop culture. Suivant ce fil rouge, Damien Hirst (@damienhirst) a créé un trésor mangé par les coraux, les éponges et les anémones de mer. Copies ou œuvres d’art ? Légende ou réalité ? La frontière s’estompe quand le latex imite le marbre (Dead Woman) et quand la résine imite le bronze (Demon with Bowl). Bien loin du white cube, le visiteur déambule dans un univers si baroque que Martin Bethenod, directeur du Palazzo Grassi et de la Pointe de la Douane, fait appel au poète Samuel Taylor Coleridge pour qualifier ce mégashow de « suspension consentie de l’incrédulité ».

« Pair of Masks » (à gauche), 2011, marbre de Carrare, 27,4 x 31 x 13,9 cm + 25,3 x 33,3 x 24,5 cm / « Sphinx » (au centre), 2011, marbre de Carrare, 126 x 162 x 55 cm.
« Pair of Masks » (à gauche), 2011, marbre de Carrare, 27,4 x 31 x 13,9 cm + 25,3 x 33,3 x 24,5 cm / « Sphinx » (au centre), 2011, marbre de Carrare, 126 x 162 x 55 cm. Prudence Cuming Associates

Cependant, les thématiques récurrentes du plus sulfureux des Young British Artists (collectif qui secoua le monde de l’art outre-Manche au début des années 90) – connu pour ses cadavres d’animaux découpés et plongés dans le formol, son armoire à pharmacie truffée de pilules (Lullaby Spring) ou son crâne incrusté de diamants (For the Love of God) –, traversent bel et bien cet inventaire préparé pendant dix ans dans le plus grand secret. La dent de narval et la corne de licorne, censées guérir de tous les maux, remplacent les pilules ; l’autoportrait de l’artiste, aujourd’hui âgé de 51 ans, en praticien vieilli et grossi, évoque la déformation des corps ou la putréfaction des matières (Bust of the Collector). Deux espaces, cinquante salles, plus de 250 œuvres : inutile de tergiverser, « Treasures from the Wreck of the Unbelievable » est l’exposition la plus ambitieuse jamais imaginée par un artiste. Le bad boy de l’art contemporain bouscule une fois de plus toutes les conventions.

The Severed Head of Medusa, 2008, malachite, 38 x 49,6 x 52 cm
The Severed Head of Medusa, 2008, malachite, 38 x 49,6 x 52 cm Prudence Cuming Associates

« Damien Hirst. Treasures from the Wreck of the Unbelievable ».
Au Palazzo Grassi et à la Pointe de la Douane, à Venise, jusqu’au 3 décembre.
Palazzograssi.it

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