©Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - Photographie Frédéric Jaulmes/Constance Guisset

A Montpellier, Constance Guisset fait dialoguer les générations

Au cœur de Montpellier, Constance Guisset fait – littéralement ! – converser ses créations avec les meubles historiques d'un hôtel particulier. Une exposition drôle, instructive et rafraichissante !

A haute voix, une desserte Empire interpelle son voisin en bois et acier, équipé d’un tiroir cache-câbles. « Dans mille ans, je me demande si les experts seront capables de dire qui de nous deux est le plus récent… » Si la question semble incongrue aujourd’hui, elle interpelle pourtant le visiteur. Lorsque le musée Fabre de Montpellier lui a commandé une exposition qui viendrait habiter l’hôtel particulier Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Constance Guisset s’est prêtée à un espiègle jeu de mise en abîme.

Dans le Salon rouge, les banquettes de Constance Guisset répondent à celles de l’hôtel particulier. Pour écouter leur dialogue, rendez-vous à l’exposition !
Dans le Salon rouge, les banquettes de Constance Guisset répondent à celles de l’hôtel particulier. Pour écouter leur dialogue, rendez-vous à l’exposition ! ©Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - Photographie Frédéric Jaulmes/Constance Guisset

« Il faut voir cette exposition comme une œuvre à part entière », explique la designer et scénographe… qui ne s’est pas contentée de poser ses objets dans toutes les pièces du discret hôtel particulier mais plonge le visiteur dans un spectacle hautement immersif : grâce à des enceintes dissimulées, chacune de ses créations converse à haute voix avec les collections du musée.

Dans le Salon vert, le dialogue est fructueux entre formes et couleurs d’hier et d’aujourd’hui.
Dans le Salon vert, le dialogue est fructueux entre formes et couleurs d’hier et d’aujourd’hui. ©Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - Photographie Frédéric Jaulmes/Constance Guisset

Pour élaborer ces dialogues savoureux, elle a convié des auteurs (dont Adrien Goetz) et fait appel à des comédiens pour jouer ces saynètes à la fois drôles et pertinentes. Comme dans des spectacles familiaux, chacun choisira ainsi son niveau de lecture. On perçoit même de l’autodérision, la designer n’hésitant pas à questionner son propre travail.

Le luminaire Angelin développé par Constance Guisset avec le chorégraphe Angelin Preljocaj (2009) s’accorde parfaitement avec ce secrétaire marqueté.
Le luminaire Angelin développé par Constance Guisset avec le chorégraphe Angelin Preljocaj (2009) s’accorde parfaitement avec ce secrétaire marqueté. ©Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - Photographie Frédéric Jaulmes/Constance Guisset

Le résultat est piquant et ramassé – quelques minutes tout au plus pour chaque dialogue. On picore et on redécouvre l’humanité qui se cache derrière le mobilier d’une autre époque, habilement dépoussiéré. Mais surtout, on profite de cet hôtel particulier, niché dans une ruelle du centre historique à quelques mètres du musée Fabre, qui n’ouvre ses portes qu’à l’occasion de cette exposition.

L’occasion de redécouvrir que les styles et les époques se marient volontiers, que le rose pastel et le rouge cramoisi peuvent se côtoyer… Bref, cette exposition nous apprend à jeter un regard neuf sur les arts décoratifs d’hier et d’aujourd’hui dans une visite intime plongée dans une pénombre bienvenue. Un havre de fraîcheur à quelques pas de l’ultra-solaire place de la Comédie.

« Les formes savantes » de Constance Guisset. Hôtel particulier Cabrières-Sabatier d’Espeyran. 6, rue Montpelliéret, 34000 Montpellier.
Prendre préalablement son ticket au musée Fabre tout proche. Jusqu’au 17 septembre. Du mardi au dimanche, de 14 à 19 heures.

Et aussi à Montpellier...

> Cet été, la programmation culturelle de la cité languedocienne est très riche et seules quelques centaines de mètres séparent de belles expositions. Outre « Les formes savantes », l’événement c’est l’accrochage Francis Bacon/Bruce Nauman au musée Fabre. Pour ses 40 ans, le Centre Pompidou a organisé avec l’institution montpelliéraine une confrontation entre ces deux géants de l’art contemporain (jusqu’au 5 novembre).
> Face au musée Fabre, le Pavillon populaire, spécialisé dans la photographie, abandonne ses murs à l’autre Amérique avec l’accrochage « Only the Lonely ». Hippies, gays, red necks… Tous en marge de la société, ils ont été saisis avec sensibilité par William Gedney (exposition gratuite jusqu’au 17 septembre).
> Il suffit ensuite de remonter la rue Foch et d’obliquer sur la gauche pour s’émerveiller devant les œuvres de Jean-Michel Othoniel au Carré Sainte-Anne, une ancienne église reconvertie en centre d’art. « Géométries amoureuses », ce sont 50 œuvres en verre coloré réalisées par l’artiste dont il ne s’est jamais séparé et qu’il expose ici (gratuit, jusqu’au 24 septembre). Pour finir en beauté avant d’aller profiter des terrasses des places Saint-Roch ou de la Canourgue…

Un miroir du Salon rouge laisse entrevoir le canapé Nubilo (Petite Friture, 2014) et le lustre Vertigo (Petite Friture, 2010).
Un miroir du Salon rouge laisse entrevoir le canapé Nubilo (Petite Friture, 2014) et le lustre Vertigo (Petite Friture, 2010). ©Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - Photographie Frédéric Jaulmes/Constance Guisset

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