A Venise : La vanité en verre de Loris Gréaud

À Venise, loin de la frénésie de la cité des Doges, Loris Gréaud expose « The Unplayed Notes Factory ». Connu pour créer des installations qui débordent l’espace muséal généralement imparti et pour entretenir un certain flou entre réalité et fiction, l'artiste s’attache à faire revivre l’ancienne verrerie Campiello della Pescheria, à Murano. Une expérience totale !

D’abord, il faut traverser la lagune de Venise, direction l’île de Murano, fief des artisans verriers depuis le XIIIe siècle. Une fois débarqué, il faut emprunter une ruelle avant de découvrir « The Unplayed Notes Factory », l’œuvre de Loris Gréaud, sise dans une usine désaffectée depuis une soixantaine d’années. Dans la semi-obscurité, le visiteur déambule hors du temps. Immergé dans l’odeur de fumée, le bruit du verre brisé et la chaleur provoquée par des jets de flammes s’échappant des fours entrouverts, il est surtout ébloui par les milliers de bulles de verre, ces 1 200 lampes à filament qui forment des nuages et tapissent le plafond.

Un véritable tableau vivant entre jets de flammes et 1 200 ampoules à filament qui défilent sur un rail au plafond. Dans cette grotte en verre où se cristallisent, dans un souffle, le temps et la matière, un habillage sonore renforce l’étrange et inquiétante ambiance.
Un véritable tableau vivant entre jets de flammes et 1 200 ampoules à filament qui défilent sur un rail au plafond. Dans cette grotte en verre où se cristallisent, dans un souffle, le temps et la matière, un habillage sonore renforce l’étrange et inquiétante ambiance. Gréaustudio

À la gauche de l’entrée, un maestro souffle en direct de nouvelles pièces qu’il suspend à un rail mécanique d’où, inlassablement, certaines se détachent et tombent, provoquant des variations d’intensité lumineuse. Aussitôt balayés, les résidus sont récupérés et remis dans le fourneau. Cette ronde perpétuelle, qui s’apparente à une vanité du XXIe siècle, Loris Gréaud l’a créée avec la complicité de Nicolas Bourriaud, directeur du MoCo, le centre d’art contemporain de Montpellier.

L’artiste Loris Gréaud.
L’artiste Loris Gréaud. Wikicommons

La verrerie du Campiello della Pescheria n’est pas une galerie, l’artisan n’est pas un performeur et « The Unplayed Notes Factory » n’est pas une simple installation, mais un véritable tableau vivant inspiré du mythe de Frankenstein, ou de Metropolis de Fritz Lang. En effet, pour Loris Gréaud, il s’agit de « réveiller la bête ». Mais, contrairement aux ouvriers du film de Fritz Lang servis en pâture à une machine qui ne produit rien, ici les artisans engendrent de la poésie. Ce projet a bénéficié du soutien de la Fondation Berengo qui, au pied du pont de l’Académie, à Venise, présente « Glasstress », une exposition associant artistes contemporains et maîtres verriers de Murano, à laquelle participe également Loris Gréaud.

« The Unplayed Notes Factory ». Au Campiello della Pescheria, Murano, Venise, jusqu’au 26 novembre.

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