Paris célèbre les designers français des Trente Glorieuses

Deux événements parisiens ravivent actuellement les plus grandes heures du design français. Alors qu'Artcurial accueille du 20 au 23 octobre « Charlotte for ever », une exposition dédiée à Charlotte Perriand qui se clôturera par une vente aux enchères, la Galerie Pascal Cuisinier inaugurait hier une exposition consacrée à l'Atelier de Recherche Plastique (ARP), à visiter jusqu'au 2 décembre.

A Paris, Artcurial et la Galerie Pascal Cuisinier célèbrent actuellement la première génération de designers français à travers deux expositions respectivement consacrées à Charlotte Perriand (1903-1999) et au trio du collectif A.R.P. Chacune propose aux visiteurs (et acheteurs…) une sélection de pièces parfois uniques et dresse par la même occasion un portrait de ces designers français des années 50-60 dont la créativité est enfin reconnue.

Lampes « Rotaflex R1 » et « E96 » de l’ARP.
Lampes « Rotaflex R1 » et « E96 » de l’ARP. Courtesy Galerie Pascal Cuisinier

Fondée par Pascal Cuisinier, la galerie de cet architecte et théoricien de l’art se dédie entièrement depuis 2006 aux designers d’après-guerre. En dix ans, elle est devenue une référence, notamment pour les pièces de Pierre Paulin (1927-2009) dont l’œil s’exerça d’abord au sein de l’agence A.R.H.E.C. de Marcel Gascoin. Véritable incubateur de talents, c’est aussi dans ce studio que se rencontrèrent Pierre Guariche, Joseph-André Motte et Michel Mortier avant de fonder l’Atelier de Recherche Plastique (ARP) en 1954.

Table basse lumineuse « G35 » d’ARP, édition Pierre Disderot (1955).
Table basse lumineuse « G35 » d’ARP, édition Pierre Disderot (1955). Courtesy Galerie Pascal Cuisinier

Premier en France à utiliser le principe de signature collective, l’atelier rencontre le succès dès la présentation de ses premières pièces au Salon des Arts Ménagers de 1955. Une entrée en matière fulgurante qui permet au trio d’associer sa vision radicalement fonctionnelle aux innovations techniques des meilleurs fabricants. A l’image de la table lumineuse G35 produite par Disderot ou des sièges édités par Airborne et Steiner, exposés actuellement au coté de l’unique exemplaire connu d’une table multi-fonctions.

Fauteuil « A7 » d’ARP, édition Steiner (1954).
Fauteuil « A7 » d’ARP, édition Steiner (1954). Courtesy Galerie Pascal Cuisinier

Charlotte Perriand, cinq prospectus et deux tarifs de la Galerie Steph Simon (1956/1963). Impression sur papier « bible ». Estimation : 2 000 € – 3 000 €…
Charlotte Perriand, cinq prospectus et deux tarifs de la Galerie Steph Simon (1956/1963). Impression sur papier « bible ». Estimation : 2 000 € – 3 000 €… perriand artcurial

Tout aussi rares, les pièces de l’exposition Charlotte for ever orchestrée par la maison Artcurial offrent un panel exceptionnellement exhaustif du travail de cette créatrice qui rompit avec l’académisme architectural pour privilégier la fonctionnalité et le bien-être. Notamment avec la banquette Tokyo et la chaise Ombre que la designer dessina lors d’un long séjour au Japon, influencée par l’architecture locale dont l’apparente simplicité lui rappelait les travaux d’Alvar Aalto ou Richard Neutra.

Chaise « Ombre » de Charlotte Perriand (1955, Tendo Mokko). Dessinée pour l’exposition « Synthèse des arts », cette version dans un rouge particulier, baptisé Shuiro en japonais, correspond à une couleur impériale, que l’on trouve notamment sur les torii (portails) des temples. Estimation : 10 000 € – 20 000 €.
Chaise « Ombre » de Charlotte Perriand (1955, Tendo Mokko). Dessinée pour l’exposition « Synthèse des arts », cette version dans un rouge particulier, baptisé Shuiro en japonais, correspond à une couleur impériale, que l’on trouve notamment sur les torii (portails) des temples. Estimation : 10 000 € – 20 000 €. perriand artcurial

Des lignes japonisantes que l’on retrouve au sein de la pièce maîtresse de la vente. Présenté pour la première fois sur le marché depuis sa production (en seulement neuf exemplaires !), le guéridon empilable, dit Table Air France, impressionne autant par la justesse et l’élégance de ses lignes que par la prouesse de sa fabrication. Réalisé à partir d’une seule feuille de métal pliée dans les ateliers de Jean Prouvé, l’architecte en conserva d’ailleurs un exemplaire dans sa maison de Nancy.

Guéridon empilable dit « Table Air France » (1953). Feuille d’aluminium anodisé pliée. Réalisation Ateliers Jean Prouvé en seulement neuf exemplaires. Estimation : 100 000 € – 150 000 €.
Guéridon empilable dit « Table Air France » (1953). Feuille d’aluminium anodisé pliée. Réalisation Ateliers Jean Prouvé en seulement neuf exemplaires. Estimation : 100 000 € – 150 000 €. perriand artcurial

A l’inverse, des techniques d’ébénisterie traditionnelles ont permis de façonner la table dite Forme Libre, le bureau dit En Forme et l’ensemble de cinq tabourets inspiré par le mobilier vernaculaire des Alpes. Malgré leur coté rustique, Le Corbusier reconnaît leur aspect fonctionnel, permettant aux femmes « de croiser facilement les jambes sans porter atteinte à la pudeur ». Un compliment – certes nuancé – mais qui prouve que Charlotte Perriand a réussi à convaincre que la modernité n’était pas forcément synonyme de plastique et d’angles droits.

Charlotte Perriand & Pierre Jeanneret, important bureau dit « En forme » (1943-44). Structure en pin massif sculpté, bloc tiroir en aluminium et pin. Estimation : 300 000 € – 400 000 €.
Charlotte Perriand & Pierre Jeanneret, important bureau dit « En forme » (1943-44). Structure en pin massif sculpté, bloc tiroir en aluminium et pin. Estimation : 300 000 € – 400 000 €. perriand artcurial
Six tabourets dits « Berger » dont quatre hauts et deux bas (1958). Piétement et assise en bois massif, édition Steph Simon. Estimation : 12 000 € – 15 000€.
Six tabourets dits « Berger » dont quatre hauts et deux bas (1958). Piétement et assise en bois massif, édition Steph Simon. Estimation : 12 000 € – 15 000€. perriand artcurial

Plus que des pièces de mobilier, c’est donc l’histoire du design français qui s’expose à Paris cette semaine. Un événement aussi rare que les pièces présentées, qui se clôturera chez Artcurial par une vente aux enchères le 24 octobre prochain, tandis que ceux qui veulent découvrir le mobilier de l’ARP auront jusqu’au 2 décembre pour se rendre à la galerie Pascal Cuisinier.

Bibliothèque suspendue dite « Nuage » de Charlotte Perriand (circa 1965). Caissons type Tunisie en métal laqué noir, étagères en bois et plaquage de bois. Edition Steph Simon. Estimation : 40 000 € – 60 000 €.
Bibliothèque suspendue dite « Nuage » de Charlotte Perriand (circa 1965). Caissons type Tunisie en métal laqué noir, étagères en bois et plaquage de bois. Edition Steph Simon. Estimation : 40 000 € – 60 000 €. perriand artcurial
Table dite « Forme libre » de Charlotte Perriand (1958). Piétement et plateau en acajou massif. Estimation : 60 000 € –  80 000 €.
Table dite « Forme libre » de Charlotte Perriand (1958). Piétement et plateau en acajou massif. Estimation : 60 000 € –  80 000 €. perriand artcurial

> Exposition A.R.P. Atelier de Recherches Plastiques – Pierre Guariche / Joseph-André Motte / Michel Mortier – 1954>1957.
Galerie Pascal Cuisinier. 13, rue de Seine, 75006 Paris.
Du 19 octobre au 2 décembre, du mardi au samedi, de 10 h à 19 h.

> Exposition « Charlotte for ever » chez Artcurial.
7, rond-point des Champs-Elysées, 75008 Paris.
Les 20 et 23 octobre, de 11 h à 19 h. Le 21 octobre, de 11 h à 18 h. Le 22 octobre, de 14 h à 18 h.
Vente aux enchères le 24 octobre, sur rendez-vous.

 

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