Architecture : La « japonité » se raconte à Metz avec Japan-ness

Un écrin signé Shigeru Ban et une scénographie de Sou Fujimoto : rien de tel pour retracer sept décennies d’expansion urbanistique et de création architecturale au pays du Soleil levant. Et pour dévoiler des pans encore mal connus d’une singularité culturelle sans cesse réinterprétée mais qui résiste toujours à l’uniformisation.

Retour au bercail pour Shigeru Ban, moitié du binôme (avec Jean de Gastines) qui dessina le Centre Pompidou-Metz. C’est sous la charpente majestueuse de l’édifice que le Pritzker Prize 2014 a inauguré, le 9 septembre, la saison culturelle dédiée au Japon. L’une des trois expositions de ce programme ambitieux est consacrée à l’architecture et à l’urbanisme depuis 1945, année fatale où Nagasaki et Hiroshima furent bombardées par l’aviation américaine. Son titre, « Japan-ness », notion inventée par l’architecte Arata Isozaki (né en 1931), l’un des fers de lance du groupe des métabolistes, reflète l’« immuabilité des valeurs » dans un pays marqué par leur réinterprétation au fil des siècles et par la densité de sa population.

Sachio Ôtani, Pavillon Sumitomo, Osaka, 1970.
Sachio Ôtani, Pavillon Sumitomo, Osaka, 1970. Sachio Ôtani / Osaka Prefectural Expo 1970 Commemorative Park Office

Les différentes typologies nées de la réflexion des architectes sur l’espace privé sont présentées à travers un parcours qui révèle une histoire débutant avec la destruction (1945) pour s’achever avec l’architecture narrative (de 1995 à nos jours). Cet itinéraire est mis en scène par Sou Fujimoto, connu dans nos contrées pour son Arbre blanc, fameuse tour de 17 étages en construction à Montpellier. Celui-ci a choisi d’immerger le visiteur dans une véritable ville où sont abordés les temps forts de l’architecture nippone de façon chronologique : l’influence de Le Corbusier, l’utilisation du béton armé et de l’acier, l’apparition de courants comme la « nouvelle vision » ou l’émergence sur la scène internationale d’une génération emmenée notamment par Tadao Ando – choisi par la Fondation Pinault pour transformer la Bourse de commerce de Paris en un lieu culturel.

Itsuko Hasegawa, Jardin et musée du Fruit, Yamanashi (1996).
Itsuko Hasegawa, Jardin et musée du Fruit, Yamanashi (1996). Photo © Itsuko Hasegawa

Cent cinquante dessins et soixante-cinq maquettes, issus pour la plupart de collections privées, des films (dont l’incontournable Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais, sorti en 1959) et des documents d’archives inédits en Europe témoignent du pluralisme des constructions au pays du Soleil levant. Une saison bienvenue, trois décennies après l’exposition « Japon des avant-gardes 1910-1970 », qui avait été présentée à Paris, au Centre Pompidou.

Vue de l’exposition « Japan-ness » au Centre Pompidou Metz.
Vue de l’exposition « Japan-ness » au Centre Pompidou Metz. © Centre Pompidou-Metz / Photo Jacqueline Trichard / 2017 / Exposition Japan-ness

« Japan-ness. Architecture et urbanisme au Japon depuis 1945 » au Centre Pompidou-Metz. Jusqu’au 8 janvier 2018.
Tél. : 03 87 15 39 39. Centrepompidou-metz.fr.

Tokyo Apartment (2012), de Sou Fujimoto.
Tokyo Apartment (2012), de Sou Fujimoto. Iwan Baan

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