Quand Sacha Goldberger investit une maison d'Alvar Aalto

Le photographe Sacha Goldberger a plongé dans la nuit l’unique bâtiment français de l’architecte et designer finlandais Alvar Aalto (1898-1976). La maison Louis Carré est devenue le décor de « Meet My Mum », une série sous influence fifties dédiée aux joies douces-amères de la filiation. Commentaires de l’artiste…

Le célèbre architecte finlandais Alvar Aalto (1898-1976) a conçu en 1959 cet écrin moderniste au mobilier organique, éclairé de lampes d’origine, le tout serti comme un bijou triangulaire dans la pente verte d’une petite pelouse prolongée par un escalier qui descend vers la piscine, ajoutée en 1963. Il règne une telle harmonie entre l’architecture, le décor et le mobilier de la maison Louis Carré qu’il n’est pas évident pour un photographe de plaquer son propre univers dans ce monument classé. D’autant que tout y est resté en l’état…

« Derrière la conception de “Meet My Mum”, il y a au départ l’envie d’organiser des soirées culturelles où des personnes que je connais viendraient avec leur père ou leur mère, de façon à ce que la mienne y rencontre quelqu’un ! Puis j’ai voulu illustrer cet événement. Là est intervenue l’idée de photos relatives au poids et à la tendresse de la famille. Sauf que j’ai d’abord pensé au poids… »
« Derrière la conception de “Meet My Mum”, il y a au départ l’envie d’organiser des soirées culturelles où des personnes que je connais viendraient avec leur père ou leur mère, de façon à ce que la mienne y rencontre quelqu’un ! Puis j’ai voulu illustrer cet événement. Là est intervenue l’idée de photos relatives au poids et à la tendresse de la famille. Sauf que j’ai d’abord pensé au poids… » Sacha Goldberger
« Certains ont perçu dans mes images une tendresse incroyable. D’autres m’ont parlé d’un vécu horrible. Cela dépend de l’histoire de chacun ! Personnellement, je trouve qu’il y a un poids du côté de l’enfant et une tendresse du côté du parent. Ce sont bien de vrais parents que l’on voit ici prendre leurs vrais enfants dans leurs bras. »
« Certains ont perçu dans mes images une tendresse incroyable. D’autres m’ont parlé d’un vécu horrible. Cela dépend de l’histoire de chacun ! Personnellement, je trouve qu’il y a un poids du côté de l’enfant et une tendresse du côté du parent. Ce sont bien de vrais parents que l’on voit ici prendre leurs vrais enfants dans leurs bras. » Sacha Goldberger

Œuvre d’art totale, cette construction aurait donc pu piéger le photographe Sacha Goldberger qui, s’il est fasciné par les lieux, n’est pas venu tirer le portrait de la maison mais l’habiter de ses « débuts d’histoire » en images, entre tendresse et poids filial. À travers son regard, la maison n’est pas statufiée mais vivante et quotidienne. « Edward Hopper et “ses débuts d’histoire” m’attirent beaucoup. “Meet My Mum” est sans doute ma série la plus inspirée par son travail », explique le photographe.

« Je ne savais pas ce qui allait se passer entre les uns et les autres. J’ai un peu dirigé les enfants sur leur façon de se tenir par rapport à la lumière puis j’ai laissé les parents se positionner comme ils en avaient envie. D’où cette tendresse. D’ailleurs, comment intervenir autrement entre deux êtres aussi proches ? »
« Je ne savais pas ce qui allait se passer entre les uns et les autres. J’ai un peu dirigé les enfants sur leur façon de se tenir par rapport à la lumière puis j’ai laissé les parents se positionner comme ils en avaient envie. D’où cette tendresse. D’ailleurs, comment intervenir autrement entre deux êtres aussi proches ? » Sacha Goldberger
« Mon travail consiste à ce que chacun se raconte ses propres histoires. Je peux expliquer le pourquoi et le comment de la réalisation des images mais je ménage une ouverture pour que chacun puisse s’y projeter… Petit à petit, des choses que je n’avais pas imaginées sont apparues. »
« Mon travail consiste à ce que chacun se raconte ses propres histoires. Je peux expliquer le pourquoi et le comment de la réalisation des images mais je ménage une ouverture pour que chacun puisse s’y projeter… Petit à petit, des choses que je n’avais pas imaginées sont apparues. » Guy-Claude Agboton

Finalement, en n’exposant pas le plafond en vague ondulante de bois – pourtant un morceau de choix du bâtiment –, il nous invite à aller voir ou revoir la maison Carré. Les clairs-obscurs de sa lumière ont été réglés pour nimber, en priorité, ses personnages.

« Les couples ont été choisis selon les lieux. J’adore la scène entre la jeune fille en costume de pom-pom girl et sa mère dans la chambre à coucher. Cette image ne pouvait fonctionner que dans cette pièce. Le tableau derrière, c’est une photo de ma grand-mère (héroïne de la fameuse série “Mamika” du photographe, NDLR). »
« Les couples ont été choisis selon les lieux. J’adore la scène entre la jeune fille en costume de pom-pom girl et sa mère dans la chambre à coucher. Cette image ne pouvait fonctionner que dans cette pièce. Le tableau derrière, c’est une photo de ma grand-mère (héroïne de la fameuse série “Mamika” du photographe, NDLR). » Sacha Goldberger
« Cette lumière-là dans cette maison-là, c’est délibéré. J’ai voulu sortir ce sujet du temps, l’extraire de la réalité. Le lieu me faisait penser à un tableau de Hopper du fait de cette poésie présente dans la lumière, dans l’ambiance générale. Les personnages et leurs attitudes, tout cela n’était pas forcément attendu. Le rapport parents-enfants aurait pu facilement apparaître plus tendu. »
« Cette lumière-là dans cette maison-là, c’est délibéré. J’ai voulu sortir ce sujet du temps, l’extraire de la réalité. Le lieu me faisait penser à un tableau de Hopper du fait de cette poésie présente dans la lumière, dans l’ambiance générale. Les personnages et leurs attitudes, tout cela n’était pas forcément attendu. Le rapport parents-enfants aurait pu facilement apparaître plus tendu. » Sacha Goldberger

Avec son alter ego Ben Bensimon, ils ont vraiment nourri leurs histoires comme on le fait pour un décor de cinéma ; ils ont même ajouté des objets et remplacé les tableaux (protégés) par les fameuses images de « Mamika », l’imparable grand-mère du photographe, héroïne de l’une de ses séries les plus populaires. Sacha Goldberger révèle avoir déjà trois nouveaux projets en tête. Il ferait mieux de les taire parce que ceux-ci reposent sur de bonnes idées. À moins que ce ne soit une stratégie pour les faire siens en public !

« J’essaie de faire en sorte que mes décors ne “mangent” pas l’histoire. Je fais des repérages puis, avec Ben Bensimon, on cherche des idées de scénario. Il faut aller au- delà de la maison, vers ces histoires. Les personnages sont à la cuisine, dans la salle de bains, donc dans la vie quotidienne. »
« J’essaie de faire en sorte que mes décors ne “mangent” pas l’histoire. Je fais des repérages puis, avec Ben Bensimon, on cherche des idées de scénario. Il faut aller au- delà de la maison, vers ces histoires. Les personnages sont à la cuisine, dans la salle de bains, donc dans la vie quotidienne. » Sacha Goldberger
« J’ai été fasciné par cette construction. Fils d’antiquaires, j’ai été élevé dans le souvenir des années 30, entre Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens, en allant souvent voir des expositions. Cette maison m’a marqué. Elle nous emmène ailleurs. Tout y est précis. J’adore l’intérieur comme l’extérieur. Selon les axes, on a l’impression d’être dans un endroit chaque fois différent. »
« J’ai été fasciné par cette construction. Fils d’antiquaires, j’ai été élevé dans le souvenir des années 30, entre Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens, en allant souvent voir des expositions. Cette maison m’a marqué. Elle nous emmène ailleurs. Tout y est précis. J’adore l’intérieur comme l’extérieur. Selon les axes, on a l’impression d’être dans un endroit chaque fois différent. » Sacha Goldberger

> Maison Louis-Carré. 2, chemin du Saint-Sacrement, 78490 Bazoches-sur-Guyonne.
Tél. : 01 34 86 79 63. Maisonlouiscarre.fr
Visites de mars à novembre, de 14 h à 18 h, sur réservation.

> Sacha Goldberger, photographe représenté par la School Gallery Paris d’Olivier Castaing,
322, rue Saint-Martin, 75003 Paris. Tél. : 01 42 71 78 20. Schoolgallery.fr

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