Anish Kapoor voit rouge au MAMC de Saint-Etienne

Le musée d’Art moderne et contemporain (MAMC) de Saint-Étienne a donné carte blanche au plasticien britannique d’origine indienne. On se rappelle son Leviathan au Grand Palais, son Dirty Corner (dit « le vagin de la reine ») à Versailles... C’est encore une fois au plus profond de notre intimité que l’artiste parvient à nous interpeller.

Un anniversaire rouge sang... Pour fêter ses 30 ans, le MAMC a invité Anish Kapoor. Le sculpteur britannique qui a récemment défrayé la chronique en voulant déposer l’ultra-noir (une couleur qui absorbe la lumière) se vautre ici dans le rouge, couleur généralement associée au sang, à l’enfer et à la luxure.

Vue de l’exposition au MAC de Saint-Etienne.
Vue de l’exposition au MAC de Saint-Etienne. Charlotte Piérot © Anish Kapoor / ADAGP

C’est au centre d’un white cube de 500 m2 qu’il a installé cette pièce produite en 2003. Dans ce cercle composé de vingt tonnes d’un magma d’huile, de cire et de pigments tourne un cube d’acier armé d’un bras creusant inlassablement un sillon avec la régularité d’une pendule. Telle une vanité contemporaine, ce bloc effectue un tour complet en soixante minutes, drainant des scories rouge sang comme autant de souvenirs arrachés au plus profond de nous-mêmes. Un son aussi léger qu’un murmure émane de cette installation monumentale, celui du monde qui bruisse au loin.

You instructed me oh mother d’Anish Kapoor (2013).
You instructed me oh mother d’Anish Kapoor (2013). Charlotte Piérot © Anish Kapoor / ADAGP

Mais Anish Kapoor, né à Bombay en 1954, se garde bien de commenter l’actualité. Et refuse toute allusion à sa terre natale, même si cette œuvre, qui donne son titre à l’exposition, s’intitule My Red Homeland. Il se contente de déclarer : « Nous portons une vie intérieure obscure ». Obscure comme le placenta expulsé après le nouveau-né auquel font irrémédiablement penser les douze pièces qui complètent l’installation. Elles pendent tels des morceaux de carcasse (Unborn, 2016) évoquant Le Bœuf écorché de Rembrandt ou celui de Soutine, voire la Nature morte avec des côtes et une tête d’agneau de Goya ou Fragments anatomiques de Géricault : certaines révèlent des zones blanchâtres en forme de cartilage, d’autres portent clous et bandages, sont drapées d’un voile évoquant la gaze ou ouvertes telles des plaies béantes.

À ces concrétions organiques s’oppose la surface sans aucune aspérité ni rugosité de deux miroirs concaves qui reflètent les œuvres et la silhouette du visiteur, achevant de lui donner le vertige. Car c’est inversée que son image apparaît, ne lui laissant aucun moyen de s’évader de cet univers habité de plaies et de blessures.

« Anish Kapoor. My Red Homeland » au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (42), jusqu’au 8 avril.
Mamc-st-etienne.fr

Anish Kapoor, Hung, 2016.
Anish Kapoor, Hung, 2016. Charlotte Piérot © Anish Kapoor / ADAGP

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