« Libérer l’architecture », selon Junya Ishigami

C’est à la Fondation Cartier que nous avons rencontré Junya Ishigami, lors de l'inauguration de son exposition « Freeing Architecture » qui vient d'être prolongée jusqu'au 9 septembre. Nombreux sont les visiteurs qui se pressent pour découvrir le travail de cet architecte japonais né en 1974, à l’occasion de cette rétrospective.

Quel est l’esprit de cette exposition intitulée « Freeing Architecture » (libérer l’architecture) ?
Jusqu’à présent, il y a eu différents styles : moderne, postmoderne, déconstructiviste, gothique, contemporain, et tant d’autres si on remonte le fil de l’Histoire. Chacun était nécessaire à son époque. De nos jours, en tant qu’architecte, on a besoin non plus d’avoir un style défini mais plutôt de savoir s’adapter à chaque individu, chaque environnement, chaque contexte régional et culturel dans lequel on construit. Il faut penser l’architecture de manière beaucoup plus globale. Je cherche donc les moyens de la libérer des carcans de ces différents mouvements dont elle était prisonnière jusqu’à présent. Je pense que l’architecture doit, d’une manière ou d’une autre, s’accorder avec n’importe quelle époque et s’adresser à un maximum de personnes. Il faut que les bâtiments répondent aux exigences de la société et plus seulement aux besoins fonctionnels. Pour faire écho à la diversité actuelle, il est nécessaire d’envisager l’architecture de manière plus libre : c’est la clé, et c’est l’idée de cette exposition.

Junya Hishigami est à la tête de son agence depuis 2004.
Junya Hishigami est à la tête de son agence depuis 2004. Junya Ishigami

La notion même de style serait-elle donc obsolète ?
Je ne dirais pas qu’elle est obsolète mais plutôt qu’elle n’est plus suffisante pour saisir toute la complexité de nos sociétés contemporaines. Le temps où les styles architecturaux différaient en fonction de leur époque est révolu. Il n’est plus possible de regrouper l’ensemble d’une production sous un seul style, sans aucune nuance. On ne peut pas se contenter d’une réponse unique.

A la Fondation Cartier, maquettes, dessins et films racontent le processus de ses réalisations à la fois puissantes et oniriques.
A la Fondation Cartier, maquettes, dessins et films racontent le processus de ses réalisations à la fois puissantes et oniriques. Giovanni Emilio Galanello

Vous présentez actuellement votre travail à la Fondation Cartier, un bâtiment unanimement considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de Jean Nouvel. Comment vous êtes-vous approprié les lieux pour concevoir cette exposition ?
C’est l’édifice de Jean Nouvel que je préfère. J’ai eu la chance de le visiter lorsque j’étais étudiant. J’étais par conséquent très heureux d’apprendre que cette exposition s’y tiendrait. La Fondation Cartier se suffit à elle-même, c’est un lieu vraiment exceptionnel. Quand on y réfléchit, ce n’est pas tant le bâtiment qui est ici la vedette mais son rapport à l’environnement. Sa présence n’est pas écrasante. Au contraire, Jean Nouvel a cherché à l’intégrer dans le jardin et la ville. Cette continuité avec le paysage environnant a été, je pense, l’une de ses priorités, et c’est ce qui me plaît. Le fait que cette écriture ne soit pas écrasante facilite mon travail de réappropriation des lieux pour cette exposition. J’ai considéré le musée comme un site à investir et j’ai réfléchi à une œuvre architecturale qui ne pouvait être créée qu’ici. Nous montrons des projets déjà achevés ou qui vont être construits d’ici deux ou trois ans. Nous sommes dans le concret de l’agence. Mes créations se situent pour 10 % au Japon, le reste se trouve à l’étranger. C’est déjà une première piste pour « libérer l’architecture »…

Maquettes et photographies laissent filer la vue vers l’extérieur, qui devient acteur de l’exposition.
Maquettes et photographies laissent filer la vue vers l’extérieur, qui devient acteur de l’exposition. Luc Boegly

Votre approche est souvent qualifiée de poétique. Qu’en pensez-vous ?
Je n’en ai pas conscience, et ce n’est pas mon intention première. Quand je crée un bâtiment, l’idée est avant tout d’étudier ses relations avec son environnement. C’est peut-être dans la lecture que j’ai de ce contexte que se trouve la dimension poétique.

Maquette de House and Restaurant, un projet mixte de restaurant et d’habitation troglodyte à Yamaguchi, au Japon.
Maquette de House and Restaurant, un projet mixte de restaurant et d’habitation troglodyte à Yamaguchi, au Japon. Giovanni Emilio Galanello

La suite de cet entretien exclusif est à retrouver dans les hors-série spécial Architecture #12 d’IDEAT, en kiosques le 8 juin 2018.

« Freeing Architecture », Fondation Cartier pour l’art contemporain. 261, boulevard Raspail, 75014 Paris. Jusqu’au 9 septembre.
Du mardi au dimanche, de 11 heures à 20 heures. Nocturne le mardi jusqu’à 22 heures. Visites guidées à 18 heures du mardi au vendredi .

 

 

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