Entretien : Bethan Laura Wood, la fée du design britannique

La designer anglaise Bethan Laura Wood incarne, avec l’éclat de la trentaine, la magnifique tradition des « British eccentrics ». Au point d’échapper au monde du design art qui lui tend les bras. Après Design Miami / Basel, Milan, Venise ou Mexico, l’ancienne étudiante du Royal College of Art, devenue la jeune designer du moment, garde la tête froide. Elle nous reçoit dans son atelier londonien où la couleur le dispute à l’étrange.

Comment se sont passés vos débuts à la prestigieuse galerie Nilufar ?
Martino Gamper m’a présentée auprès de la galerie après la résidence de Venise et celle de Vicence. À Milan, nous avons exposé les travaux de Venise, mes grands luminaires notamment, dans un show du RCA. Nina Yashar, la fondatrice de Nilufar, s’est d’abord intéressée à mes bijoux en consultant mon site web. Puis, son intérêt s’est fixé sur ma collection « Particle » et sur la partie consacrée au mobilier en mélaminé. Nina Yashar est une femme exceptionnelle qui sait comme personne créer des conversations entre les objets. J’ai énormément appris d’elle sur le mobilier italien au travers de ses expositions mêlant vintage et créations.

Que s’est-il passé depuis votre dernière résidence au Mexique, il y a trois ans ?
J’ai reçu le prix du « Designer du futur » à Design Miami / Basel, sponsorisé par les hôtels W. J’y avais présenté la collection d’objets « Crisscross » parce que le thème était : « Qu’arrive-t-il quand le global est local et le local, global ? » « Crisscross » est le fruit de mon travail avec l’atelier de verre mexicain Nouvel Studio. J’ai aimé l’idée de chercher un artisan local au Mexique où je ne restais que pour une semaine. C’était un vrai défi qui passait forcément par la traduction. Au Mexique, je ne voulais pas d’inspiration de type Google. Je n’étais jamais partie aussi loin, sauf aux États-Unis en 2007. Je suis donc revenue enrichie. Les formes, les couleurs, l’architecture, les vendeurs dans la rue… Tout m’a étonnée, jusqu’aux sucettes. J’y retournerais volontiers.

Est-ce de là qu’est venue l’inspiration du lit de jour Guadalupe ?
J’ai eu, par hasard, sur la suggestion d’un chauffeur, l’occasion de visiter la fameuse Notre-Dame de Guadalupe, une église étonnante. C’est un incroyable bunker brutaliste avec des vitraux fous, à en lécher les murs ! Les motifs mis au point pour le tissu du daybed de Kvadrat procèdent de cette visite. J’ai collaboré avec la brodeuse Laura Lee, un vrai travail d’amour. Je pense qu’un daybed chatoyant est plus propice au rêve qu’un lit tout blanc en cuir.

Pour Noël 2015, la designer « glamourisait » de guirlandes de bijoux l’espace du restaurant-galerie Sketch, dans Mayfair, à Londres.
Pour Noël 2015, la designer « glamourisait » de guirlandes de bijoux l’espace du restaurant-galerie Sketch, dans Mayfair, à Londres. Mark Cocksedge

Le minimalisme vous émeut-il ?
Oui. J’ai l’habitude de créer des motifs colorés, mais l’un de mes souvenirs favoris par exemple, c’est quand j’étais à Naoshima au Japon l’année dernière. Déambuler en dehors de la citrouille de Yayoi Kusama, passer un moment dans l’obscurité et découvrir un rectangle gris de fumée. C’était gris et minimal et c’était extraordinaire.

Comment s’est passé l’été dernier votre workshop en France, au domaine de Boisbuchet ?
C’était génial. Sur place, les gens ont été formidables. J’y suis allée avec le designer mexicain Fernando Laposse. Il a été mon assistant et, maintenant, nous collaborons. Lolly Follies, notre projet, était une petite folie en sucre pour le jardin. Ce qui n’était pas évident vu la chaleur et l’humidité (rires). Nous avons montré aux étudiants la technique pour réaliser ces sortes de vitraux en sucre pour qu’ils composent leurs motifs de panneaux. Et nous avons fait le montage ensemble. Je serais bien restée plus longtemps… Ce genre de rencontres vous enrichit dans le simple fait de transmettre.

Vous avez dessiné par deux fois des vitrines pour Hermès au Royaume-Uni. À quand le foulard ?
Ce serait très bien si on me le demandait. Avec Hermès et les étudiants en master en design et industrie du luxe de l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), nous avons travaillé pour des vitrines Hermès en Suisse et développons aussi un projet de concepts pour Petit h, qui aura un pop-up store en Suisse. On innove dans le respect des identités. Le côté faussement enfantin de Petit h repose sur une grande précision. C’est un monde de surprises à base de matériaux uniques.

Cela vous surprend-il de ne devoir justifier de votre look qu’à ce stade de l’entretien ?
Non, non (rires). C’est vrai que dans les interviews, la question revient toujours, au début ou à la fin. Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

Quel est votre sentiment sur l’impact que votre allure suscite ?
Je suis consciente de ce que ma décision de porter beaucoup de couleurs et autant de superpositions textiles contribue à donner une image de moi plus intéressante ou, disons, différente de celle du designer supposé typique. Mais je suis très à l’aise avec ça. Avant, je n’aimais pas trop l’association entre ce que je portais et ce que je faisais. Au point de travailler avec moins de couleurs. Certains peuvent trouver mes vêtements extravagants, je les vois plutôt comme des expérimentations sur la couleur. Ce n’est que du positif.

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