Univers parallèles par Alireza Razavi
A Paris

Le cadre est celui d’un appartement haussmannien des plus classiques, autrefois occupé par un général de brigade. L’architecte d’intérieur et décorateur Alireza Razavi a eu carte blanche pour y créer, à partir de surfaces immaculées, un aménagement contemporain où la couleur vient à l’occasion secouer le regard.

La propriétaire de cet appartement parisien situé non loin du parc Monceau se souvient encore très bien de sa première visite : « Impossible de rester indifférente, explique-t-elle. Cet espace de 240 m² appartenait auparavant au général de brigade aérienne Pierre-Marie Gallois, considéré comme “le père de la dissuasion nucléaire française.” » Celui-ci y a reçu la plupart des grands hommes politiques français du XXe siècle et, une fois à la retraite, l’a décoré presque entièrement de fresques. On pouvait ainsi admirer un motif en faux marbre rouge dans le hall d’entrée et des paysages de jardin à l’italienne dans ce qui est aujourd’hui la cuisine. « Ces fresques donnaient beaucoup de caractère à l’appartement, raconte sa propriétaire. Seulement, elles le rendaient aussi un peu trop écrasant ! »
Pour le transformer en un foyer plus convivial et familial, elle a fait appel à Alireza Razavi, architecte d’intérieur et décorateur d’origine iranienne basé à Paris, qu’elle connaît depuis l’enfance : « Chacun de ses projets est tout à fait unique et développe beaucoup de personnalité. Lui-même se renouvelle sans cesse. » L’architecte souligne d’ailleurs que ce tempérament a ici été grandement facilité par les liens étroits qu’il entretient avec sa cliente : « Je savais qu’elle me ferait confiance pour aller là où d’autres n’auraient peut-être pas osé se rendre. » Le souvenir frappant des fresques du général Pierre-Marie Gallois a, par exemple, été réactualisé. Alireza Razavi a ainsi décidé d’en créer une nouvelle, mais dans une perspective contemporaine. En accord avec la propriétaire, et ne reculant devant rien, il a décidé que la cuisine ferait office de galerie d’exposition ! En s’inspirant du travail d’artistes comme Sol LeWitt, Frank Stella ou encore Sarah Morris, Alireza Razavi a conçu des formes géométriques irrégulières dans des tons clairs et acidulés dont la combinaison procure une impression de relief. Au centre de la cuisine, il a également installé une table composée d’un bloc de bois de cèdre, qu’il a volontairement conservé à l’état brut « pour qu’il garde son parfum de cèdre en vieillissant ». Quant à la fresque murale, elle produit exactement l’effet escompté : « Toutes les personnes qui entrent dans cette cuisine sont totalement absorbées par cette peinture », approuve la propriétaire.

Accidents visuels

Un autre espace de l’appartement offre une grande tension visuelle : le hall d’entrée. En effet, Alireza Razavi l’a voulu surréaliste et s’est pour cela inspiré des films de l’artiste et performeur américain Matthew Barney. « Barney a créé un monde parallèle dans lequel les choses semblent familières, mais ne le sont pas vraiment », explique-t-il. Alireza Razavi était également à la recherche d’une décoration contrastant avec le style classique de cet immeuble du XIXe siècle. « Je poursuis l’idée de juxtaposer des images qui ne sont pas faites pour fonctionner ensemble », affirme-t-il. Pour cela, il a créé un décor spatial composé d’un plafond suspendu rétroéclairé avec des formes de diamants imbriquées les unes dans les autres, et de murs couverts de panneaux gris et blancs qui, à première vue, semblent former des cubes parfaitement réguliers. En y regardant de plus près, on remarque toutefois que certains d’entre eux ont été déplacés de façon délibérée. « Je voulais illustrer l’idée selon laquelle les choses ne sont jamais parfaites, poursuit l’architecte. De plus, j’aime vraiment la notion de double découverte : on voit quelque chose qui nous semble banal ou ordinaire, puis on découvre que ce n’est pas ce qu’on croyait. » Le reste de l’appartement est un peu plus sobre. La cliente avait spécifiquement demandé de la moquette blanche pour le salon et la suite parentale. « J’avais envie de ce sentiment de confort, de pouvoir s’asseoir au sol », confirme-t-elle. Alireza Razavi lui-même souhaitait une toile de fond plus dépouillée pour mettre en valeur certaines œuvres d’art des propriétaires, des dessins de Hans Bellmer et de Joseph Beuys notamment.

Les trompe-l’œil du général

Parmi les éléments de mobilier, on compte par ailleurs deux fauteuils danois des années 60, le canapé-lit Strips, de Cini Boeri (Arflex, 1972), une petite table basse en marbre signée Konstantin Grcic et l’un des emblématiques fauteuils Barcelona de Ludwig Mies van der Rohe (Knoll, 1929). L’apparence globale de l’appartement est beaucoup plus légère et épurée qu’au temps de Pierre-Marie Gallois, cela ne fait aucun doute. Toutefois, bien que les fresques intérieures du général de brigade aient désormais complètement disparu, celui-ci a réussi à laisser une empreinte plus durable sur l’enveloppe extérieure du bâtiment. En effet, on peut encore voir sur la façade côté cour une série de fenêtres en trompe l’œil qu’il a peintes. Sur l’une d’entre elles figure un bouquet de fleurs rouges et orange, et sur une autre se devine la silhouette d’un homme derrière des volets clos. Au dernier étage est représentée une femme en petite tenue, apparemment inspirée d’une voisine aux mœurs légères. À l’origine, elle était d’ailleurs entièrement nue. Ce n’est qu’après avoir reçu des plaintes que Pierre-Marie Gallois a accepté de l’habiller !

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