Alireza Razavi, une épure sensible

Il conçoit, avec un même sens du détail, aménagements urbains, logements sociaux, maisons ou appartements et lieux de travail. Originaire d’Iran, cet amoureux de l’équilibre réalise des chantiers aux lignes épurées, en osmose avec une vision ascétique de l’architecture.

« Ce qui caractérise mon travail, c’est une certaine quête de l’essentiel que je partage avec mes maîtres d’ouvrage, analyse l’architecte Alireza Razavi. Dans n’importe quel type de projet, le véritable défi est d’exprimer sa sensibilité, sa vision, sa perception de la lumière, des volumes et des matières, avec une économie de moyens et de gestes tout en restant dans l’épure donnée. Dans ce cheminement, plus il y a d’effets et moins le projet me passionne. C’est plutôt la recherche d’une émotion qui m’importe. »
Cette philosophie de la retenue, « d’effet retardé », est appliquée aussi bien aux réalisations privées et publiques qu’aux rénovations d’appartements. C’est ce qu’illustrent à la fois les projets récents (un immeuble résidentiel dans le quartier d’Alphabet City à New York et un immeuble de 11 000 m2 à Paris, dans le XIXe arrondissement) et les plus anciens, comme la maison d’un photographe en Bretagne ou un chalet contemporain dans les Alpes. Les aménagements de lieux de travail occupent également une place centrale dans le travail de son agence, comme le siège parisien du transporteur Keolis, plus récemment les bureaux de la start-up Zags à New York ou encore ceux de la plus ancienne compagnie d’assurances française, La Parisienne, récemment livrés et qui ont fait ­l’objet de ­multiples publications internationales. À ces réalisations s’ajoutent une foule d’autres projets tout aussi éclectiques, parmi lesquels la surélévation d’un immeuble de la 5e Avenue à New York, une maison en France pour un collectionneur d’automobiles, un hôtel au Brésil et un autre en Iran, son pays d’origine… « Rien n’est encore signé, mais la perspective de concevoir et construire un projet en Iran me ravit. Cela promet des émotions, car je n’y suis pas retourné depuis mon départ, en 1979 », confie-t-il.

Les bureaux des assurances La Parisienne, à Paris, ont été réalisés à partir d’une combinaison de bois, de moquette et de cloisons en verre créant une circulation fluide ponctuée par des espaces calmes et isolés. Le projet a été conçu avec l’agence de conseil The Boston Project.
Les bureaux des assurances La Parisienne, à Paris, ont été réalisés à partir d’une combinaison de bois, de moquette et de cloisons en verre créant une circulation fluide ponctuée par des espaces calmes et isolés. Le projet a été conçu avec l’agence de conseil The Boston Project. Olivier Martin Gambier
Pour cette maison de ville située à Manhattan (New York), sur la 7e Rue, l’architecte Alireza Razavi a eu recours au béton matricé en façade et au bronze pour les encadrements de fenêtre. Un projet influencé par l’art contemporain.
Pour cette maison de ville située à Manhattan (New York), sur la 7e Rue, l’architecte Alireza Razavi a eu recours au béton matricé en façade et au bronze pour les encadrements de fenêtre. Un projet influencé par l’art contemporain. DR

Dans ce pays traditionaliste, le défi consistera donc à réaliser une architecture contemporaine sans créer de hiatus avec l’esprit des constructions iraniennes. C’est-à-dire à partir des éléments du pays : la brique, qui est toujours au cœur de toute construction iranienne, mais aussi l’adobe (sorte d’argile) et la pierre. « Chaque projet enferme une histoire, un sujet, poursuit-il. Et, le sujet, c’est parfois une matière très simple, tel l’enduit qui a été utilisé pour la maison d’un photographe. Mais, au-delà de cette histoire, c’est surtout la ­concision, ­l’efficacité et l’intemporalité qui m’intéressent, afin de proposer des lieux de vie qui résistent à l’usure du temps et aux modes. Car il me semble que plus une réalisation est formellement chargée et plus sa pertinence dans le temps est courte. »

Cette maison construite en Bretagne pour un photographe professionnel présente des formes cubiques et radicales avec ses façades enduites de blanc et sa toiture en zinc. À l’intérieur, l’espace loft a été conçu pour créer, parallèlement au lieu de vie, un studio de photographie.
Cette maison construite en Bretagne pour un photographe professionnel présente des formes cubiques et radicales avec ses façades enduites de blanc et sa toiture en zinc. À l’intérieur, l’espace loft a été conçu pour créer, parallèlement au lieu de vie, un studio de photographie. Olivier Martin Gambier

Culture de l’ingénierie
Architecte DPLG diplômé en 1996, Alireza Razavi est passé par l’École polytechnique de Milan et a obtenu un master à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris en 1997. Parallèlement à ses premières expériences professionnelles avec Agrest and Gandelsonas ou Peter Eisenman à New York, et avec Shigeru Ban à Tokyo, il suit un nouveau cursus à l’université Columbia à New York. Suite à l’obtention de son master, il se lance dans la vie active et travaille tout d’abord pour François de Menil puis pour le bureau d’ingénieurs anglo-américain FTL Happold à New York. Il revient à Paris en 2007, crée sa propre agence l’année suivante et ouvre en 2013 une succursale à New York. « Aux États-Unis, et en l’absence de concours, notre profession affiche moins de cloisonnements qu’en France, reprend-il. Les architectes couvrent des typologies de projets plus vastes qui vont de la rénovation d’appartement aux tours de grande hauteur, en passant par l’exercice incontournable de la maison individuelle. Il y a moins de fragmentation. » L’autre spécificité qu’il cultive est l’importance accordée à la relation entre architecte et ingénieur : « Les bureaux d’études anglo-saxons ont créé ces cinquante dernières années une culture de l’ingénierie très spécifique. Leur savoir-faire apparaît très en amont dans la démarche architecturale et apporte au projet force et clarté. Ce rapport est à mon sens fondamental pour proposer des édifices dont le langage est compris de manière plus universelle, au-delà du geste architectural pur, qui, lui, est souvent perçu comme gratuit. »
L’année 2016 marque un tournant important pour Alireza Razavi puisqu’il va retrouver Peter Eisenman au Palazzo Bembo à l’occasion de la Biennale d’architecture de Venise, où l’agence exposera son travail. « Participer à la Biennale d’architecture de Venise est un privilège immense, assure-t-il. Nous avons souhaité profiter de cette formidable plateforme non seulement pour présenter notre travail, mais également pour poser les bases d’une réflexion sur une manière de faire naître une architecture décalée des chemins conventionnels. » ­Rendez-vous à Venise.

Studio Razavi Architecture. 28, rue de Trévise, 75009 Paris, et 307 7th Avenue, suite 1209, New York, NY 10001. info@studiorazavi.com et www.studiorazavi.com

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