Bordeaux, la belle (r)éveillée

La ville était morte, désormais elle explose. Réaménagement des quais, nettoyage des façades, bars et hôtels branchés, une Cité du Vin ultramoderne et des lieux où se mêlent cultures traditionnelles et alternatives. Entre bobos et chicos, les jeunes reprennent plaisir à sortir.

Mais la plus grande révolution bordelaise, c’est autour des voies d’eau qu’elle s’opère. Côté bassins à flot, ces énormes radoubs hérités du XIXe, on revitalise l’ancienne base sous-marine – des blockhaus de béton titanesques –, en l’ouvrant aux arts plastiques, on élève une Cité du Vin, signée des architectes Anouk Legendre et Nicolas Desmazières (agence XTU), tout en courbes de verre et l’on tapisse la zone alentour de logements pas toujours gracieux… La Garonne, elle aussi, se refait une beauté. Ce fleuve auquel on tournait le dos, Bordeaux le reconquiert peu à peu. « Je me souviens du Bordeaux d’il y a vingt ans, raconte Michel Desvigne, le paysagiste en charge du réaménagement de la rive droite. Le week-end, tout le monde s’échappait sur le bassin d’Arcachon. Peut-être parce que la ville, déconnectée de son fleuve, ne respirait pas. »

Le paysagiste Michel Courajoud a changé la donne en réaménageant les quais de la rive gauche : le dimanche, ils sont désormais noirs de monde. Adieu les parkings sinistres qui longeaient la berge ! Désormais, on flâne à travers de riants jardins et les bambins batifolent sur l’iconique « miroir d’eau », à hauteur de la place de la Bourse. Cette Garonne revigorée, il faudra la franchir par le charmant pont de Pierre, ou par navette fluviale, ici nommée Batcub, afin de humer les effluves de la rive droite. C’est là que se dessine une partie du futur de Bordeaux, dans ce quartier de La Bastide qui séduit d’abord par ses tonalités bucoliques : jouxtant le fleuve, Michel Desvigne a transformé les terrains vagues en parc aux Angéliques. Une étendue piquée de peupliers, d’arbres fruitiers, de prairies. Mais le passé industriel du coin n’a pas été gommé pour autant. Dernière livraison en date, les archives municipales (imaginées par les architectes gantois Robbrecht & Daem) se sont magnifiquement relogées dans une ancienne halle aux farines. Plus au nord, c’est l’usine Soferti, avec son altière halle aux engrais, qui va muter en complexe culturel sous l’égide de l’agence locale King Kong Architecture.

La place de la Bourse, dont le demi-cercle s’ouvre sur la Garonne, est l’une des places les plus majestueuses de la ville.
La place de la Bourse, dont le demi-cercle s’ouvre sur la Garonne, est l’une des places les plus majestueuses de la ville. Ludovic Maisant

« J’aime voir Bordeaux comme une ville de bâtisseurs. Pas comme une ville de bétonneurs. » Cette sentence, on la doit à Philippe Barre, fustigeant les condominiums tape-à-l’œil du promoteur Kaufman & Broad qui, eux aussi, éclosent sur la rive droite. C’est que cet ex-communicant se réclame d’une tout autre philosophie : à deux pas de là, il a monté Darwin, véritable cité utopique nichée dans l’ex-caserne Niel où, depuis 2008, se sont installées quelque 190 sociétés où travaillent 500 personnes. « Mais un quartier d’affaires n’a pas forcément vocation à être ennuyeux ou prétentieux ! » s’amuse le fondateur, d’ailleurs looké comme un rockeur. Ici ni businessmen encravatés ni berlines, mais un espace de coworking où l’on recycle les déchets et où l’on s’éclaire à l’électricité non nucléaire.

Une ville ouverte où les branchés viennent déjeuner – le rez-de-chaussée abrite l’un des plus grands restos bio de France –, boire un verre ou faire chauffer la rampe de skate. Car Darwin, même rentable, fleure encore bon les cultures alternatives, avec ces drôles de bungalows disséminés sur la friche militaire, offrant des logements d’urgence, et ces préaux effondrés, nefs-galeries à ciel ouvert, qui font la joie des street artists. Certains soirs de septembre, c’est même l’apothéose ! Sur l’ancienne place d’armes, esplanade infinie, le festival Ocean Climax fait danser les fondus de pop et d’électro dans une ambiance bon enfant de néo-rave… Une grande bourgeoise, Bordeaux ? Peut-être, mais alors définitivement décoincée !

Diaporama : Bordeaux, la belle (r)éveillée

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