Le color show d'Habitat

La nouvelle collection automne-hiver 2016 d'Habitat s’inspire des quatre éléments : la terre, le feu, l’air et l’eau. Invitant designers internes et externes, connus ou pas encore, la collection illustre généreusement les quatre thèmes.

Entouré de son équipe de l’Habitat Design Studio, Pierre Favresse, directeur artistique de l’enseigne, pulvérise le cliché qui veut que le design interne en soit une version tiède. Pour autant, Favresse enclenche aussi des collaborations avec des designers extérieurs, connus ou pas. Les connus sont des « créateurs » restés créatifs, sans s’assoupir, comme Eugeni Quitllet et Noé Duchaufour-Lawrance. La designer américaine Tina Frey, basée à San Francisco, et inconnue en France, a, elle, été repérée par le chef Alain Ducasse qui la fait briller sur les tables de ses restaurants… Heureuse initiative d’Habitat que de faire découvrir cette virtuose qui fait vibrer le cuivre et le laiton dans les arts de la table, et ennoblit le simple geste de tenir un bol. Habitat met aussi en lumière, via son concours IT-design, Julie Figueroa Zafiro, Abdelkarim Antar et Thibault Pougeoise. Tous ont planché sur le thème des quatre éléments.

Chaise « Stone » en polypropylène d’Eugeni Quitllet.
Chaise « Stone » en polypropylène d’Eugeni Quitllet.

Raffinement et simplicité
Loin d’être un gimmick, l’idée est celle d’un retour aux fondamentaux. C’est précisément ce que martèle et orchestre le président Hervé Giaoui, depuis qu’il a racheté Habitat il y cinq ans. Ces quatre éléments induisent tout d’abord des couleurs. Elles animent des produits parfois proches d’archétypes, mais sans plagiat ni expressionnisme ramenard. Le travail des matières pour lequel persiste la trace de la main de l’homme nuance la foultitude de couleurs. Tout est très loin de sortir d’une usine chinoise, même d’une bonne. Pas d’uniformité, donc pas d’effet panoplie. On peut mixer tout ce qu’on achète avec ce qu’on a déjà. Arts de la table, bureaux, canapés, fauteuils, objets déco, luminaires, rangements, bibliothèques, tables, chaises, textiles… Il importe de donner envie de les garder, les enjeux cruciaux de l’époque l’exigent. Pierre Favresse dessine lui-même les contours de ce bon design, comme son armoire vitrée Ikenna, qui renouvelle ainsi le genre, tombé en désuétude, car aujourd’hui on aime montrer notre vaisselle, chinée ou achetée chez Bernardaud, parfois signée Jeff Koons ou des frères Campana. En tout cas, le plaqué de chêne beige, en contraste avec le bas du meuble en mélaminé laqué noir, exhale curieusement le même chic que le soulier Chanel culte, beige à museau noir.

La chaise « My Mia », signée Noé Duchaufour-Lawrance, se distingue par un dossier et une assise d’un seul tenant.
La chaise « My Mia », signée Noé Duchaufour-Lawrance, se distingue par un dossier et une assise d’un seul tenant. Alexander Haas

La designer américaine Tina Frey a quant à elle livré « Coast », une collection d’art de la table de onze pièces en blanc ou en bleu, inspirée de San Francisco. Les contours arrondis du moindre bol arborent le tracé chaleureusement incertain des pièces artisanales. Sans le prix de la pièce unique. Rien à plus de 50 euros. Chaque pièce, d’abord sculptée à la main dans l’argile, est ensuite coulée en résine dans un moule. Il y a toujours eu de la place pour le fait main chez Habitat. Hervé Giaoui et Pierre Favresse y veillent. Rayon mobilier, le designer Eugeni Quitllet a conçu la chaise Stone. Elle tient en deux métaphoriques « pierres » de polypropylène monobloc, polies comme deux galets par la mer. Le designer n’a pas simplement signé d’exquises esquisses. Il a veillé, comme de rigueur chez Habitat, à ce que la chaise, aussi raffinée soit-elle, s’empoigne et s’empile facilement. Disponible en quatre couleurs, elle n’excède pas les 200 euros. Dans un registre différent, la chaise My Mia de Noé Duchaufour-Lawrance joue la (relative) simplicité. Ce siège en frêne se distingue par un dossier et une assise d’un seul tenant, recouvert de feutre de laine. Le tout semble flotter au-dessus du piètement. Trop beau.

La collection « Coast » de Tina Frey, en bleu, rappelle l’élément eau. La designer s’est inspirée de la ville de San Francisco
La collection « Coast » de Tina Frey, en bleu, rappelle l’élément eau. La designer s’est inspirée de la ville de San Francisco Alexander Haas

Bois d’olivier, grès, métal et acrylique
Parmi nos nouveaux amis designers, Julie Figueroa Zafiro présente un canapé, Libertad, dodu mais structuré, sur lequel on s’assoit comme on veut. Le trio de vases Ibn en porcelaine d’Abdelkarim Antar, chacun muni d’un bec verseur, constitue un ensemble original pour des fleurs et des plantes, mais transmet aussi un subtil rappel historique de la longue histoire de l’irrigation. Le thème de la terre induit la couleur rouge, récurrente dans le motif Icône reproduit sur des textiles et des coussins, inspirés de l’art aborigène. Est-ce le bois du bureau Hansel qui illustre aussi cette idée de terre ? En tout cas, ses volumes sont agencés comme dans un tableau moderniste des années 30. C’est l’une des réussites du Habitat Design Studio. Ses cerveaux ont aussi mis au point, jusqu’au graphisme de la vaisselle Idris, un semis de couleurs en pointillé, qui rappelle le grand designer suédois Sting Lindberg. Même application pour le motif Isto, tout en géométrie graphique et colorée. Toujours signé Habitat Design Studio, le sofa Lofa, moins de 1 000 euros, garde toute sa patte de design d’auteur. Il se coordonne bien avec le tapis Irandi, rond comme une cible.

Tapis « Irandi ». Habitat collabore également avec des artisans de Sidi Bouzid, en Tunisie, pour cette collection en bois d’olivier.
Tapis « Irandi ». Habitat collabore également avec des artisans de Sidi Bouzid, en Tunisie, pour cette collection en bois d’olivier. Alexander Haas

Habitat collabore également avec les artisans de Sidi Bouzid en Tunisie, soutenus par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel. Concrètement, cela donne en magasin la collection « George », en bois d’olivier, du bol à la planche à découper. Mention spéciale pour les vases en grès sculptés main, Impala et Iwi. Rayon luminaires, deux découvertes : Smallwork, la minimaliste lampe de bureau des trois designers de Big-Game, et Poise, une liseuse bien architecturée, en frêne et fer, conçue par Aaron Probyn.

« Smallwork », la lampe minimaliste de bureau, par les trois designers de Big-Game.
« Smallwork », la lampe minimaliste de bureau, par les trois designers de Big-Game.

Côté feu, la vaisselle joue l’or, le jaune et le cuivre. Les objets déco rougeoient comme le vase Ibis, en verre soufflé bouche. Le fauteuil Daborn joue à fond le potentiel calorifère du motif végétal Illow, d’un jaune bien vif. Quant à la designer espagnole Inma Bermúdez, auteure de la lampe culte Follow Me chez l’éditeur espagnol Marset, elle propose Chandelier, un lustre façon fifties très bien revisité, dans un mix audacieux de métal et d’acrylique. Quant au thème aquatique, le tapis Irom, en viscose noué à la main, l’illustre dans de subtiles gradations de bleu. Pour l’inspiration air, on pense tout de suite à l’espace qui se rationalise quand on y dispose une bibliothèque Ivy (Habitat Design Studio). Ce rangement refuse la symétrie, tout en remplissant sa fonction. Un peu comme la flûte à champagne Ingrid au col penché, ou les verres Ima aux reflets bleus. Bref, chez Habitat, une collection de rentrée dense et absorbante.

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