Ils ont sauvé la villa E-1027 !

Construite à la fin des années 1920 et inscrite au patrimoine historique, la villa E-1027 d’Eileen Gray (1878-1976) est considérée une icône du modernisme. Mais une icône longtemps en péril… Une exposition retraçant le chantier de rénovation mis en œuvre depuis 1999 pour la sauver se tient au Hangar de Cap-Martin (06) jusqu’au 30 octobre.

Longtemps abandonnée aux embruns de la Méditerranée, la villa E-1027 a finalement été acquise en 1999 par le Conservatoire du Littoral et classée monument historique dans la foulée. Un grand chantier de rénovation a alors débuté pour sauver l’édifice, non seulement son architecture mais également son aménagement intérieur, considéré comme un manifeste de la designer irlandaise. De nombreuses difficultés ont surgi : son mobilier, par exemple, avait été presque entièrement dispersé. D’où la nécessité de faire appel à des rééditions et des reconstitutions fidèles, chapeautées par l’association « Eileen Gray. Etoile de mer. Le Corbusier ». L’exposition « Sauver E-1027 » s’interroge justement sur la difficulté et les enjeux de cette rénovation. Dans le Hangar de la gare de Roquebrune-Cap-Martin, les différentes phases de ce chantier délicat sont retracées à travers différents clichés pris de 1999 à aujourd’hui.

Le salon de E-1027 en 1929.
Le salon de E-1027 en 1929. photo-architecture-vivante-1929
Le salon a été rénové et meublé pour coller au mieux à l’intention initiale d’Eileen Gray.
Le salon a été rénové et meublé pour coller au mieux à l’intention initiale d’Eileen Gray. Manuel Bougot

Fleuron moderniste
La villa E-1027 a été pensée et construite par Eileen Gray et Jean Badovici sur la côte d’Azur, à Roquebrune-Cap-Martin. Figure de pointe de l’Art déco parisien, l’Irlandaise Eileen Gray se lie d’amitié avec l’architecte et critique d’art Badovici qui l’initie alors à l’architecture moderne. Elle sera fortement influencée par le travail de Le Corbusier (dont le Cabanon est voisin de la E-1027…). C’est ce style qu’elle retranscrira dans la villa du Cap-Martin, tout en souhaitant « humaniser » les lignes modernistes du maître. Sa réflexion va particulièrement porter sur le mobilier de l’habitation. Gray estimait qu’il devait faciliter la vie des habitants d’un logement. Pour la villa E-1027, elle fait donc venir plusieurs pièces de sa galerie Jean Désert à Paris mais surtout elle en dessine et construit elle-même.
Elle élabore ainsi une sorte de « mobilier de camping », escamotable, à double fonction et amovible, comme la table de chevet baptisée Table E-1027, un objet chromé et circulaire, réglable en hauteur par une chainette métallique. D’autres pièces sont, au contraire, fixes, comme la tête de lit du petit divan de la grande pièce. Quant à Badovici, il assumera un rôle de conseiller tout au long de la construction. Le nom même de la villa, choisi par Gray, rend hommage à cette collaboration : le 10 et le 7 indiquent respectivement la 10e et la 2e lettre de l’alphabet, soit les initiales JB (Jean Badovici)…

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L’exposition « Sauver villa E-1027 » est ouverte au public jusqu’au 30 octobre.
Le Hangar, Gare de Roquebrune (06), Avenue Le Corbusier, 06190 Roquebrune Cap-Martin.

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