David Chipperfield, l’éloge de la permanence

À 62 ans, David Chipperfield défend une architecture sobre et sans artifice qui ne cherche pas à se montrer. À mille lieues des réalisations tape-à-l’œil calibrées pour monopoliser l’attention des médias, l’architecte britannique construit des bâtiments justes, parés pour affronter le temps.

La Turner Contemporary à Margate, dans le Kent, marque, en 2011, le début de la reconnaissance de David Chipperfield dans sa Grande-Bretagne natale qui, jusque-là, le boudait.
La Turner Contemporary à Margate, dans le Kent, marque, en 2011, le début de la reconnaissance de David Chipperfield dans sa Grande-Bretagne natale qui, jusque-là, le boudait. DR

David Chipperfield partage aujourd’hui son activité entre Londres, Berlin, Milan et Shanghai, employant 280 personnes dans ses agences, dont 135 dans la capitale allemande, où il mène de nombreux projets. Lauréat en 2013 du Praemium Imperiale, décerné par l’Association japonaise des beaux-arts, il figure parmi les dernières stars à ne pas avoir reçu le Pritzker Prize, devancé ces dernières années par de plus jeunes, comme Wang Shu (2012) et Alejandro Aravena (2016), ou, en 2015, par Frei Otto, récompensé à 90 ans, quelques jours avant sa mort. Ses détracteurs diront de son architecture qu’elle est ennuyeuse, autoritaire et sans panache. Ses aficionados n’y voient que rigueur, perfection, maîtrise extrême, voire une austérité bienvenue à l’heure où la démesure et l’excentricité sont érigées en modèles. La permanence est au cœur de ses préoccupations : il construit pour demain des bâtiments parés pour affronter le temps. Ses œuvres sobres et minimalistes privilégient ainsi les matériaux robustes, pérennes. La légèreté si prisée n’a pour lui rien à voir avec l’architecture.

Le bâtiment de l’America’s Cup à Valence, en Espagne (2006), est l’une des réalisations les plus connues de David Chipperfield.
Le bâtiment de l’America’s Cup à Valence, en Espagne (2006), est l’une des réalisations les plus connues de David Chipperfield. Christian Richters

Parmi ses réalisations les plus connues figure le bâtiment de l’America’s Cup à Valence (2006), un empilement de plateaux décalés desservis par une rampe. La trame est l’une des obsessions de l’architecte britannique. À Barcelone, il a conçu en 2011 une nouvelle cité judiciaire. Pour répartir les milliers de mètres carrés à bâtir, il a imaginé une série de bâtiments aux façades sérielles dont seule la couleur varie. Et, quand il s’attelle à la réhabilitation, David Chipperfield le fait avec brio. À Berlin, on lui doit le Neues Museum, pour lequel il a reçu le prix Mies van der Rohe en 2011. Une fusion parfaite entre l’histoire ancienne et contemporaine, « l’expérience d’une vie », répète-t-il souvent, tant il s’est pris de passion pour cet édifice malmené par les bombardements et dont il a su préserver l’essentiel.

Le Neues Museum, à Berlin, lui a valu le prix Mies van der Rohe en 2011.
Le Neues Museum, à Berlin, lui a valu le prix Mies van der Rohe en 2011. DR

Il a achevé en 2013 le musée Jumex à Mexico, où se mêlent béton et travertin. À Stockholm, il réalise non sans mal le Nobel Center pour abriter les activités de la fondation éponyme. Vivement critiquée, l’écriture contemporaine du bâtiment proposé par Chipperfield heurte ses contempteurs, parmi lesquels le roi de Suède lui-même ! Il a également été choisi pour concevoir la nouvelle aile du MET, à New York, même si le projet est actuellement en stand-by en raison de restrictions budgétaires.

Le musée Jumex, à Mexico (2013), mêle béton et travertin.
Le musée Jumex, à Mexico (2013), mêle béton et travertin. Simon Menges

David Chipperfield figure également parmi les lauréats de « Réinventer Paris », l’appel à projets urbains innovants lancé par Anne Hidalgo fin 2014. Il a remporté le site le plus prestigieux, l’ancien centre administratif Morland, dans le IVe arrondissement, avec un projet baptisé « Morland, mixité capitale », nouvelle occasion pour lui d’établir une comparaison : « À Londres, on considère la protection comme étant l’ennemie de l’investissement. C’est très intéressant de voir comment Paris tente de faire se rejoindre investissement et qualité urbaine. L’énergie d’une ville dépend de ce juste équilibre à trouver. » À 62 ans, fort d’une carrière exemplaire, l’architecte britannique construit partout, sans problème d’ego, et n’a jamais transigé sur ses fondamentaux. Le prochain Pritzker Prize ?