A Lyon, Odile Decq fait danser les futurs architectes de l'école Confluence

Une rencontre entre architecture et danse : voilà ce que le chorégraphe lyonnais Davy Brun a proposé en mars lors d’un workshop peu banal offert aux élèves de l’école d’architecture Confluence, créée l’an dernier par Odile Decq. Une alchimie fructueuse et passionnante qui s’est déroulée au Lab’Art du fort du Bruissin, résidence artistique investie par le chorégraphe et sa compagnie en 2016.

Édifié à Francheville (69) à la fin du XIXe siècle par Raymond Adolphe Séré de Rivières, polytechnicien et général, afin de protéger la ville de Lyon, le fort du Bruissin a été réhabilité en 2008 et reconverti en lieu d’art et de culture.
Édifié à Francheville (69) à la fin du XIXe siècle par Raymond Adolphe Séré de Rivières, polytechnicien et général, afin de protéger la ville de Lyon, le fort du Bruissin a été réhabilité en 2008 et reconverti en lieu d’art et de culture. Véronique Mati

Résultat : six propositions impressionnantes, interprétées avec enthousiasme par ces néophytes qui ont merveilleusement répondu au cahier des charges en investissant les salles du fort du Bruissin, un lieu à l’architecture austère, et en montrant leur travail sur la lumière, l’espace, le volume et la matière à partir du corps dansant. « Ce workshop m’a donné une nouvelle perception de l’architecture mais surtout appris qu’elle pouvait être un tout, un bruit, une lumière, une phrase chorégraphique, une émotion, un texte, et pas seulement un dessin en 2D », raconte ­Ophélie Férédie (en 1re année à Confluence).
Un travail sur le corps qui est donc allé de pair avec celui sur la musique, sur le temps et sur l’image, notamment pour Clément Chapalain (5e année), qui ne s’est pas « produit » au sens littéral du terme, mais qui a réalisé un travail de chronophotographie en 3D avec un Kinect, caméra de jeu vidéo captant le mouvement. « Si la danse a primé l’architecture les trois premiers jours, ce rapport s’est inversé les jours suivants », confie-t-il.

Depuis le mois de janvier, le Lab’Art du fort du Bruissin a été investi par la compagnie Ando Danse de Davy Brun. Ce chorégraphe engagé, soucieux des messages sociaux, culturels, politiques et humains véhiculés par la danse, assure depuis lors la direction artistique du lieu.
Depuis le mois de janvier, le Lab’Art du fort du Bruissin a été investi par la compagnie Ando Danse de Davy Brun. Ce chorégraphe engagé, soucieux des messages sociaux, culturels, politiques et humains véhiculés par la danse, assure depuis lors la direction artistique du lieu. Véronique Mati

Raconter le fort à travers le bruitage : une manière peu banale de s’approprier l’espace, surtout lorsque la danse n’est pas un mode d’expression habituel. Tel était le message des quatre interprètes qui ont « dansé » une première fois derrière un grand rideau noir puis de nouveau avec le rideau tombé. « C’était difficile pour moi de m’exprimer physiquement, de sentir le regard des autres posés sur moi, confie Maxime Baudoncq (durant cette troisième année à l’école, il a étudié le rapport entre l’homme et son image, avec en toile de fond la destruction des ressources de la planète). Le corps est un miroir qui reflète nos erreurs, nos faiblesses, nos doutes. Je me suis fait violence pour surpasser mon malaise et faire de ce stage un défi. Nous avons travaillé sur des bruitages divers, celui de pas martelés au sol, du frottement de nos mains sur les murs. Ce n’était donc pas la quête de la grâce ou d’une esthétique qui nous intéressait mais plutôt l’idée de revenir aux sources d’un espace oublié, de le rendre vivant en le faisant résonner de sonorités nées d’une gestuelle. »

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