Tourisme : A Tel-Aviv, le Bauhaus en héritage

Avec ses 4 000 bâtiments de style international, Tel-Aviv offre un condensé des tendances majeures du mouvement moderne tel qu’il s’est développé en Europe au début du XXe siècle. Mais ce qui rend l’architecture de la « Ville blanche » si unique, c’est sans nul doute son rapport à l’histoire, à la culture et au climat d’Israël avec, à la clé, de fascinants jeux d’ombre et de lumière.

À sa naissance, Tel-Aviv n’est qu’un désert de dunes blanches au bord de la Méditerranée. Un faubourg de Jaffa, l’un des plus anciens ports du monde. Le premier langage architectural de cette cité sortie du sable mêle indifféremment dômes byzantins, colonnes romaines, arches mauresques et même pagodes chinoises. Afin de maîtriser l’essor fulgurant de sa ville, le premier maire, Meïr Dizengoff, fait appel à l’urbaniste écossais Patrick Geddes, qui dévoile en 1925 un plan inspiré des cités-jardins, très visionnaire par sa capacité d’adaptation aux changements culturels, politiques ou climatiques.

A gauche : Au 1, rue Montefiore (années 20). Un immeuble initialement dessiné par Yehuda Magidovitch, mais réalisé ensuite par Isaac Schwartz. Restauré en 2011 au prix d’extensions substantielles. A droite : Maison Shimon Levi, ou « Maison Paquebot » (1935), 56, rue Levanda. Architecte : Arieh Cohen.
A gauche : Au 1, rue Montefiore (années 20). Un immeuble initialement dessiné par Yehuda Magidovitch, mais réalisé ensuite par Isaac Schwartz. Restauré en 2011 au prix d’extensions substantielles. A droite : Maison Shimon Levi, ou « Maison Paquebot » (1935), 56, rue Levanda. Architecte : Arieh Cohen. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

Geddes dessine des artères centrales réservées à la circulation et une suite d’îlots résidentiels organisés comme un kibboutz urbain. Il limite la hauteur des bâtiments à cinq étages, l’occupation des sols par le bâti à 50 % et imagine des terrains alignés selon une cadence régulière, ouverts sur la rue et entourés d’une verdure abondante. « Sa philosophie n’était pas purement esthétique, mais beaucoup plus approfondie, avec la recherche d’une qualité de vie liée à la nature, à la lumière, à l’aération », explique Jeremie Hoffmann, directeur du département de conservation de la municipalité de Tel-Aviv.

Maison Shami, dite « Maison du Thermomètre » (1936), 5, rue Frug. Architecte : Yehuda Liulka.
Maison Shami, dite « Maison du Thermomètre » (1936), 5, rue Frug. Architecte : Yehuda Liulka. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT
Maison Soskin (1933), 12, rue Lilienblum. Architecte : Ze’ev Rechter.
Maison Soskin (1933), 12, rue Lilienblum. Architecte : Ze’ev Rechter. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

En 1929, des dizaines de milliers de Juifs, essentiellement issus de la haute bourgeoisie et des milieux intellectuels, quittent l’Europe et la montée de l’antisémitisme pour s’installer en Terre sainte. « Tel-Aviv signifie “colline du printemps” en hébreu, rappelle Micha Gross, cofondateur et directeur du Bauhaus Center. Cela illustre bien la force spirituelle de la ville, un esprit libre, où il peut toujours se passer quelque chose de nouveau. » Des dizaines de jeunes architectes formés un peu partout en Europe, au Bauhaus ou auprès de Le Corbusier, d’Erich Mendelsohn… reviennent, eux aussi. La demande immobilière est forte, le territoire est presque vierge et les plans sont prêts.

A gauche : The Felicja Blumental Music Center and Library, 26, rue Bialik. Un immeuble récent – il date de 1996 –, dessiné par l’architecte israélienne Nili Portugali sur les restes d’une façade des années 30. A droite : Immeuble de la Fondation Rothschild de Césarée (1937), 104, boulevard Rothschild. Architecte : Yehuda Magidovitch. Rénové en 1999.
A gauche : The Felicja Blumental Music Center and Library, 26, rue Bialik. Un immeuble récent – il date de 1996 –, dessiné par l’architecte israélienne Nili Portugali sur les restes d’une façade des années 30. A droite : Immeuble de la Fondation Rothschild de Césarée (1937), 104, boulevard Rothschild. Architecte : Yehuda Magidovitch. Rénové en 1999. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT
Deux immeubles de la rue la rue Mazeh.
Deux immeubles de la rue la rue Mazeh. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

Tel-Aviv se transforme à partir de 1930 en un spectaculaire chantier. Venus d’horizons différents, ces architectes partagent les idéaux sociaux du sionisme et les mêmes priorités architecturales : la simplicité des lignes et la fonctionnalité. Une dizaine se regroupent au sein du très influent Houg (« cercle » en hébreu), parmi lesquels Arieh Sharon, Joseph Neufeld, Carl Rubin, Dov Karmi, Sam Barkaï, Ze’ev Rechter… Collectivement, ils réfléchissent à un ensemble urbain inédit, cohérent, et, au-delà, à un vrai projet de société. « Ils parlaient des idées du modernisme et de son adaptation au contexte local, de la manière dont ils pouvaient créer une langue architecturale », souligne Jeremie Hoffmann.

Résidence Recanati (1935), 35, rue Menahem-Begin. Architectes : Salomon Liaskowsky et Yaacov Orenstein. Rénovée par Bar Orian Architects (2000).
Résidence Recanati (1935), 35, rue Menahem-Begin. Architectes : Salomon Liaskowsky et Yaacov Orenstein. Rénovée par Bar Orian Architects (2000). Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

C’est ainsi qu’est né le style international. Il perdurera jusqu’à la fin des années 40, avant de céder la place au brutalisme et au modernisme de l’après-guerre. Quatre mille bâtiments de ce style ont été recensés à Tel-Aviv. La moitié ont été classés en 2003 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco et 190 sont considérés comme de véritables chefs-d’oeuvre, sur lesquels aucune modification n’est possible. La grande majorité se concentre dans trois quartiers, Dizengoff, Rothschild et Bialik, qui constituent ce qu’il est coutume d’appeler la « Ville blanche ».

Les balcons du 94-96, rue Dizengoff , un cinéma (1936) reconverti en hôtel. Architecte : Yehuda Magidovitch. Autour, le square Dizengoff présente un exemple rare d’urbanisme global avec une grande unité.
Les balcons du 94-96, rue Dizengoff , un cinéma (1936) reconverti en hôtel. Architecte : Yehuda Magidovitch. Autour, le square Dizengoff présente un exemple rare d’urbanisme global avec une grande unité. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

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