Tourisme : A Tel-Aviv, le Bauhaus en héritage

Avec ses 4 000 bâtiments de style international, Tel-Aviv offre un condensé des tendances majeures du mouvement moderne tel qu’il s’est développé en Europe au début du XXe siècle. Mais ce qui rend l’architecture de la « Ville blanche » si unique, c’est sans nul doute son rapport à l’histoire, à la culture et au climat d’Israël avec, à la clé, de fascinants jeux d’ombre et de lumière.

Le modernisme européen à l’oeuvre

Même si Tel-Aviv est souvent désignée comme « la première ville Bauhaus du monde », l’architecte Nitza Metzger- Szmuk, qui a créé et dirigé le département de conservation de la municipalité, mais aussi écrit et présenté le dossier de demande de classement à l’Unesco, tient à la vérité historique : « Tel-Aviv a été influencée par le modernisme européen et pas seulement par l’école du Bauhaus. Elle doit son caractère unique au fait qu’elle représente toutes les tendances architecturales européennes de l’époque. » Son successeur, Jeremie Hoffmann, est plus pragmatique : « On ne peut pas trouver deux bâtiments qui se ressemblent, c’est vrai, mais le terme Bauhaus est devenu si populaire qu’il est resté. »

Aux lignes droites et au plan orthogonal succèdent des angles courbes avec des pleins et des déliés souvent au niveau des balcons. Un trait caractéristique de l’architecture Bauhaus à Tel-Aviv.
Aux lignes droites et au plan orthogonal succèdent des angles courbes avec des pleins et des déliés souvent au niveau des balcons. Un trait caractéristique de l’architecture Bauhaus à Tel-Aviv. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT
Maison Shimon Benin (1936), 56, rue Allenby. Architectes : Lotte Cohn et Yossef Merer. Rénovée en 2001.
Maison Shimon Benin (1936), 56, rue Allenby. Architectes : Lotte Cohn et Yossef Merer. Rénovée en 2001. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

À Tel-Aviv, la « machine à habiter » chère à Le Corbusier reprend à son compte les principes majeurs du mouvement moderne, mais en favorisant la végétation dense et la circulation de l’air tout en protégeant ses habitants de la forte luminosité. De fait, le style international est très marqué par son influence. « Au moment où Geddes a conçu son plan pour Tel-Aviv, en 1925-1927, c’était le début du béton armé en France, rappelle Jeremie Hoffmann. Cette technologie révolutionnaire permettait tout à coup d’imaginer de nouvelles formes. »

L’invention du béton armé a révolutionné cette architecture. Résultat : des immeubles s’inspirant d’une proue de navire, des balcons tout aussi bien arrondis que carrés ou rectangulaires, donnant parfois l’impression d’une commode géante avec les tiroirs ouverts.
L’invention du béton armé a révolutionné cette architecture. Résultat : des immeubles s’inspirant d’une proue de navire, des balcons tout aussi bien arrondis que carrés ou rectangulaires, donnant parfois l’impression d’une commode géante avec les tiroirs ouverts. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT
Le béton, l’acier et le bois, le trio gagnant des rampes d’escalier de l’architecture moderne, à Tel-Aviv. A droite : Maison de l’Ancre (1935), 23, rue Pinsker. Architecte : Pinchas Hütt. Une influence japonaise se fait sentir sur cette large façade vitrée, esthétiquement très belle, mais très difficile à entretenir.
Le béton, l’acier et le bois, le trio gagnant des rampes d’escalier de l’architecture moderne, à Tel-Aviv. A droite : Maison de l’Ancre (1935), 23, rue Pinsker. Architecte : Pinchas Hütt. Une influence japonaise se fait sentir sur cette large façade vitrée, esthétiquement très belle, mais très difficile à entretenir. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

Bien que protégé depuis 2003, ce bâti presque centenaire s’est beaucoup dégradé. À défaut de subventions de l’État ou de l’Unesco, une solution originale a été trouvée : les promoteurs immobiliers créent un ou deux étages supplémentaires sur le toit et, en échange, ils doivent financer la rénovation de tout l’immeuble, sans le dénaturer. Depuis l’adoption par la ville d’un plan de conservation, en 2008, 400 extensions de ce type ont déjà été réalisées et une centaine sont en cours. Mais cela ne suffira pas à préserver la Ville blanche. On estime à 10 % seulement le nombre de ses bâtiments Bauhaus restaurés. Bien que toujours dotée d’un fort potentiel de séduction dans l’imaginaire collectif, Tel-Aviv est bel et bien confrontée à une dégradation manifeste.

Au 20, rue Pinsker.
Au 20, rue Pinsker. Jean-Claude Figenwald pour IDEAT

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