Baranowitz-Kronenberg, designers sensibles

Entretien avec Alon Baranowitz et Irene Kronenberg, des architectes qui aiment raconter des histoires. Notamment auteurs du W Amsterdam, leur studio est basé à Tel Aviv, où nous les avons rencontrés.

Vous avez réalisé des projets très différents. Pouvez-vous nous décrire votre style en quelques mots ?
A.B :
Justement, on n’a pas de style ! Ce n’est pas quelque chose en quoi on croit ; on croit plutôt en la poésie. On sait qui on est, on a une écriture, mais on n’a pas de style. On écoute le lieu dans lequel on est, son histoire, ses habitants, leur histoire… Bref, tout ce qu’il a à dire. Et quand on est capable de faire ça, un langage auquel on n’avait même pas pensé prend forme, qui est réellement fidèle au lieu. Si on conçoit un projet à New York, on ne fait pas la même chose que si on le conçoit à Amsterdam, Prague ou Zurich. On a développé ce talent d’écoute.
I.K : C’est un process proche de la sociologie, de l’anthropologie, une sorte d’investigation. On observe tous les éléments et tout à coup, on réalise qu’il y a un fil directeur. Et ça, c’est l’ADN du projet, ce qui se transforme en énergie. Quand nous arrivons sur un site, on se demande « Qu’est-ce que ce lieu veut être ? ». On est réceptifs, mais on laisse les choses exister. On ne commence jamais par le côté technique, on cherche l’essence, et à partir de là tout est naturel, on peut raconter une histoire.

Irene Kronenberg et Alon Baronowitz.
Irene Kronenberg et Alon Baronowitz. Kasia Gatkowska

Est-ce que vous préférez travailler avec un bâtiment existant, que vous devez prendre en compte, ou une toile blanche ?
I.K : Ce sont des projets différents. Bien sûr, c’est toujours mieux de travailler avec un bâtiment intéressant, peu importe s’il est historique ou moderne, mais parfois nous n’avons pas cette opportunité. Nous avons déjà travaillé avec des structures qui n’étaient pas inspirantes. Dans ce cas, on essaye d’ouvrir, de restructurer, de changer la donne.
A.B : Je ne pense pas avoir de préférence. Au final, la méthodologie est la même. Quand on a un bâtiment existant, ça veut juste dire qu’on a un partenaire. Physique. Mais l’important reste l’histoire que l’on veut raconter.

Le restaurant Pastel à Tel-Aviv a reçu de nombreuses récompenses pour sa décoration.
Le restaurant Pastel à Tel-Aviv a reçu de nombreuses récompenses pour sa décoration. Amit Geron
Le lobby de l’hôtel Sir Savigny à Berlin.
Le lobby de l’hôtel Sir Savigny à Berlin. Steve Herud

Vous dites que vous croyez à l’idée de « bleasure » (un mix de « business » et « leasure »), à l’idée de prendre du plaisir en faisant son travail. C’est quelque chose qu’on vous demande quand vous travaillez pour un hôtel ?
A.B :
Oui, par exemple, le W ne voulait pas de tables de travail car aujourd’hui les gens travaillent de plein de façons différentes : pourquoi dépenser de l’argent dans des tables que personne n’utilise ? L’industrie hôtelière réagit et s’adapte à la façon dont les gens vivent. Irène et moi sommes pareils d’ailleurs, on répond aux mails de n’importe où !
I.K : Oui, c’est le danger ! Car c’est sans limites, on n’arrête jamais donc on fait attention ! On est très souvent sur la route, d’un pays à un autre, mais on ne mange jamais un sandwich dans notre chambre : on cherche toujours un bon restaurant, pour mixer business et plaisir.

Spécialiste des hôtels chics et contemporains, le duo a aussi réalisé le Sir Albert à Amsterdam et son lobby ultra-cosy.
Spécialiste des hôtels chics et contemporains, le duo a aussi réalisé le Sir Albert à Amsterdam et son lobby ultra-cosy. Ewout Huibers

Un projet récent qui vous tient à cœur…
I.K :
Oui, en ce moment on travaille sur un hôtel à Neve Tzedek (Israël), qui devrait ouvrir en 2018. Son histoire est magnifique : c’était le tout premier hôtel de Tel Aviv, à l’époque où il n’y avait que du sable. Des pionniers d’Ukraine l’ont construit en 1913, et comme c’était le seul lieu public, c’est là que se retrouvait la crème de la crème, et que se tenaient les réunions politiques entre le Premier ministre d’Israel David Ben-Gurion, et le roi Abdullah de Jordanie par exemple. Puis il a fermé et nous allons lui redonner vie. C’est un projet fascinant…

En attendant la réalisation de cet hôtel, voici quelques photos de l’hôtel W d’Amsterdam, réalisé par Irene Kronenberg et Alon Baranowitz…

W-Amsterdam_Room_Photo-Lutz-Vorderwuelbecke

W-Amsterdam_Pool_Photo-Alon-Baranowitz

W-Amsterdam_Mr.-Porter_Photo-Lutz-Vorderwuelbecke-01

W-Amsterdam_lounge_-Photo-Lutz-Vorderwuelbecke

W-Amsterdam_Entrance_Photo-Lutz-Vorderwuelbecke

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