Patrick Norguet : « Le confort, c’est la clé »

Le designer français Patrick Norguet, 48 ans, s’est imposé par une discrétion, qui n'est pas celle des timides. Opiniâtre, ce bosseur est devenu une référence française pour les grands éditeurs de design, en Italie, en Suède ou au Japon.

Qu’avez-vous voulu apporter dans le monde des hôtels ?
Olivier Devys, fondateur d’Okko en 2008, m’a demandé de réinventer l’hôtellerie. Lui venait du groupe Accor. À ce moment-là, il s’est retrouvé à monter une start-up dans son garage. Et bien que je ne sois et ne serai jamais un spécialiste de l’hôtellerie, il a fallu repenser, par exemple, la réservation d’une chambre et remettre l’individu au centre. Nous avons nettoyé ces fonctions primaires que sont « réserver » ou « recevoir sur un comptoir ». Ces tâches coûtent cher à l’hôtellerie. Des gens travaillent la nuit rien que pour vérifier des réservations… On a donc dégagé tout ça et récupéré du budget. Du coup, au Okko Hotels, il n’y a pas de minibar, mais si à deux heures du matin, j’ai une fringale, je vais à la cuisine du Club et je me sers. Le lendemain, personne ne me demandera rien. Installer une ergonomie différente pour davantage d’autonomie dans les hôtels, c’est juste pour qu’on s’y sente bien.

En contrepartie, est-ce qu’on ne s’y sent pas un peu seul ?
Il faut supprimer les fonctions dans les- quelles les gens s’emmerdent, car le métier de l’hôtellerie, c’est avant tout recevoir avec le sourire. Après, il y a un concept et de la décoration à inventer, c’est vrai.

Le concept Okko Hotels par Pactrick Norguet : exploser les codes de l’hôtellerie.
Le concept Okko Hotels par Pactrick Norguet : exploser les codes de l’hôtellerie.

Le confort, pour vous, c’est quoi?
Le confort, c’est la clé. Un ensemble de conditions : une approche visuelle, de la réassurance, de l’ergonomie. C’est aussi de l’affection, de la générosité, plein de choses qui, au final, traduisent une réaction confortable à un produit.

Travailler avec des éditeurs italiens, est-ce comme avant ?
Non, c’est dans une continuité relativement solide. Le travail de beaucoup d’entreprises est de retrouver confiance vis-à-vis de la concurrence et la conserver. Il leur faut aussi trouver du sens dans ce qu’elles font. Je ne fais pas tourner l’usine pour sortir des merdes qui ressemblent à d’autres merdes. Avoir McDonald’s comme client vous a valu quelques critiques. Avec McDonald’s, je fais juste mon travail. Quand vous avez un studio, vous avez besoin de clients. Vous ne vendez pas votre âme au diable. Vous avez toujours des convictions. Ce qui m’intéresse consiste à réaliser des projets dans lesquels je me sens à l’aise et auxquels j’apporte quelque chose. Le projet avec McDonald’s a commencé il y a cinq ans. Première réaction dans le paysage français : la malbouffe. Moi, j’ai rencontré des gens plutôt passionnants qui ont fait de McDonald’s en France un business model pour le reste du monde. Même si on parle de malbouffe, ils ont nettoyé les choses. On prend moins de risques à aller manger chez McDo que dans certaines sandwicheries du coin de la rue.

Patrick Norguet, où vous situez-vous dans cet empire ?
En général, je travaille pour des sociétés plutôt destinées à une élite. Je trouve important qu’un designer s’implique et s’engage dans une entreprise comme McDonald’s pour apporter quelque chose de mieux.

Le design et l’architecture intérieure de Patrick Norguet chez McDonald’s sont repris à New York.
Le design et l’architecture intérieure de Patrick Norguet chez McDonald’s sont repris à New York.

S’agit-il d’apporter un autre son de cloche à propos d’une société qu’on critique facilement ?
Il y a un an, Jean-Pierre Petit (directeur des marchés internationaux leaders chez McDonald’s, NDLR) m’a appelé pour me dire que ce qu’on avait réalisé pour la France allait être exporté aux États-Unis. Cette année, j’y suis allé quasiment toutes les semaines. Vous arrivez en Amérique en tant que petit Français qui vient d’un petit pays pour parler de design avec toute une direction. Au début, vous n’êtes pas crédible. Pourtant on vient d’ouvrir le deuxième lieu pilote à New York. Du coup, les réseaux sociaux new-yorkais parlent d’une « french touch », réinjectée dans le monde américain pur jus du McDo. C’est délicat et captivant. Pour ces projets, je dessine tout. J’ai appelé Artemide pour les lampes et Alias pour les chaises, afin d’éviter la merde fabriquée ailleurs à trois francs six sous.

Le fauteuil Blanche (Arflex Japan, 2017), incarnation de la french touch en Asie.
Le fauteuil Blanche (Arflex Japan, 2017), incarnation de la french touch en Asie.

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