A Bruxelles, la beauté brute du bleu

A Bruxelles, l’exposition « Blauw. Ceci n’est pas une couleur » réunit autour du bleu le céramiste Piet Stockmans et le photographe d’architecture Frederik Vercruysse. Deux univers qui ont en commun une même exigence esthétique, terreau d’une beauté totale, sans tabou.

Cette saison, ce sont deux créateurs qui déploient conjointement leurs univers au Spazio Nobile. En Belgique, Piet Stockmans, 77 ans dont 53 de carrière, est reconnu comme un maître de la porcelaine, une référence artistique mais aussi le fournisseur attitré des restaurants d’Alain Ducasse. Il a mis au point un bleu qui donne son titre à l’exposition-installation. A l’entendre, son truc, ce n’est pas l’éclat luisant de la porcelaine finie mais l’aspect brut des différentes étapes de sa fabrication.

A Soft blue oval vase de Piet Stockmans.
A Soft blue oval vase de Piet Stockmans.

Loin de tout corset disciplinaire, Piet Stockmans fait du matériau ce qu’il veut. Si bien qu’on a autant l’impression d’évoluer dans un très chic magasin de porcelaine que dans une galerie d’art. Surtout quand 400 « plumes » de porcelaine semblent bruisser à la verticale du mur. Avec lui, les vases peuvent atteindre le mètre et demi avec des cols bleutés et courbés comme des corolles de lys. Et les plats, vases et verres font tous un pas de côté en dehors du strict usage.

Wall Installation de Piet Stockmans (2017).
Wall Installation de Piet Stockmans (2017).

Voilà un plateau de 75 verres à champagne baignant chacun son pied dans le fameux bleu Stockmans. Aux murs, la porcelaine se craquèle jusqu’à former des tableaux de paysages de terre sèche. Seuls les plats ronds empilés dans une boîte en bois semblent presque normaux.

Plateau with 75 champagne glasses with blue bottoms de Piet Stockmans (2017).
Plateau with 75 champagne glasses with blue bottoms de Piet Stockmans (2017).

Pour les galeristes Lise Coirier et Gian Giuseppe Simeone, la gageure a été d’installer deux univers assez forts dans un même lieu sans friction ni overdose chromatique. Mêlées aux céramiques de Piet Stockmans, les photos de Frederik Vercruysse vous donnent un coup de grâce consenti. Comme l’impression d’être un jour de pluie derrière une fenêtre au verre ouvragé.

Garden de Frederik Vercruysse (2016).
Garden de Frederik Vercruysse (2016). Frederik Vercruysse

La lumière y joue le rôle d’un formidable vecteur de couleur. On a l’impression de regarder la toile d’un peintre alors qu’il s’agit bien de photos prises derrière une vitre. L’œil appréhende des vêtements ou un sac dont la couleur est presque diffractée et les contours délicatement brouillés. La nature morte en devient picturale.

GV Window de Frederik Vercruysse (2016).
GV Window de Frederik Vercruysse (2016). Frederik Vercruysse

Même ressenti devant cette photo de sol pavé de bleu sous une voûte immaculée qui rappelle comment le photographe d’architecture peut restituer ou déformer avantageusement le ressenti d’un espace. S’il passe par le bleu, le dialogue entre Stockmans et Vercruysse donne à l’ensemble une homogénéité qui vient aussi de la scénographie. Ici, tout semble aller de soi…

Vue de l’exposition Blauw au Spazio Nobile de Bruxelles.
Vue de l’exposition Blauw au Spazio Nobile de Bruxelles. Frederik Vercruysse

« Blauw. Ceci n’est pas une couleur ». Jusqu’au 4 février 2018 à la galerie Spazio Nobile. 142, rue Franz-Merjay, 1050 Bruxelles. Tél. : +32 2 768 25 10.
Du mercredi au samedi, de 11 heures à 18 heures et aussi sur rendez-vous.

Spazio Nobile, la galerie bruxelloise qui monte

Pour l’amateur de design, Bruxelles ne manque pas de sortilèges. A Ixelles, vous n’avez pas encore sonné à la porte du 142, rue Franz-Merjay que vous embrassez du regard deux vitrines de design vintage racé sur les trottoirs d’en face. Bienvenue au Spazio Nobile !

La galerie de Lise Coirier et Gian Giuseppe Simeone est une bombe de culture. Elle avance avec en main la boussole des arts appliqués. La beauté y a souvent rendez-vous avec l’expérimentation. Les trois pièces en enfilade de la galerie suggèrent l’impact des œuvres présentées dans un cadre domestique. On commence désormais à croiser la galerie dans les rendez-vous internationaux, récemment à Art-Elysées à Paris et bientôt (du 22 au 25 février) à Collect, dans la Saatchi Gallery de Londres avec un solo show de Piet Stockmans. Si ce n’est qu’un nouveau départ pour la galerie, il a déjà la densité des singulières aventures.

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