A Cape Town, le Woodstock sud-africain s'éveille

À Cape Town, un quartier du centre historique a pris en quelques années des airs de Brooklyn, avec son lot de magasins vintage, d'ateliers de création, de galeries d'art, de tables branchées… IDEAT vous emmène en Afrique du Sud !
Photos Gaël Arnaud

Pour beaucoup, le nom de Woodstock résonne encore comme l’un des grands moments de la culture rock et hippie de la fin des années 60… Mais, à Cape Town, capitale parlementaire de l’Afrique du Sud, Woodstock symbolise aujourd’hui le renouveau d’un quartier populaire et industriel devenu en quelques années le spot le plus tendance de la ville.

Depuis la colline de Signal Hill, la vue se déploie jusqu’au massif de Simonsberg, situé à 50 km de là. Mais surtout, on distingue clairement, en contrebas, les contours de Cape Town, avec le quartier d’affaires du Central Business District (CBD) et ses buildings, et, à l’arrière plan, le quartier de Woodstock, qui s’étend entre le port et Table Moutain.
Depuis la colline de Signal Hill, la vue se déploie jusqu’au massif de Simonsberg, situé à 50 km de là. Mais surtout, on distingue clairement, en contrebas, les contours de Cape Town, avec le quartier d’affaires du Central Business District (CBD) et ses buildings, et, à l’arrière plan, le quartier de Woodstock, qui s’étend entre le port et Table Moutain. Gaël Arnaud pour IDEAT

Car cet ancien village aujourd’hui coincé entre l’autoroute N2 et les voies ferrées est en train de retrouver de sa superbe, celle qu’il a connue jusque dans les années 40, tandis qu’une immense plage s’étendant dans la baie faisait la joie des habitants durant les week-ends. Et puis le sable blanc a dû faire place à un développement portuaire massif et à l’édification d’entrepôts et d’usines ainsi qu’à l’élargissement du réseau ferroviaire. Dans le même temps, des trafics en tous genres et l’insécurité qui leur est associée se sont installés, finissant de noircir le tableau.

Sur les hauteurs de Woodstock, l’ambiance devient plus résidentielle. On trouve également quelques cafés, dont le Salisburys, où les habitués viennent grignoter en terrasse une salade, un sandwich, un bagel…
Sur les hauteurs de Woodstock, l’ambiance devient plus résidentielle. On trouve également quelques cafés, dont le Salisburys, où les habitués viennent grignoter en terrasse une salade, un sandwich, un bagel… Gaël Arnaud pour IDEAT

En dépit de la criminalité galopante, des promoteurs immobiliers n’ont pas hésité, dès le milieu des années 2000, à s’intéresser aux locaux industriels délaissés par les entreprises. Une vraie manne financière pour ces investisseurs qui ont entraîné dans leur sillage des sociétés de production audiovisuelle et autres acteurs de la communication à la recherche de vastes plateaux ouverts. Mais pas seulement. Car le quartier a également séduit plusieurs jeunes entrepreneurs pas spécialement fortunés mais convaincus par l’idée de combiner production et distribution en un seul lieu. Et de profiter de sa relative proximité avec le centre-ville (seulement 2-3 km) pour attirer un chaland curieux de venir découvrir le made in Woodstock dans une ambiance encore loin d’être policée.

La distillerie Woodstock Gin Company est ouverte au public, qui peut découvrir le processus d’élaboration de chacun des gins produits. L’endroit propose également des dégustations associées à une offre culinaire.
La distillerie Woodstock Gin Company est ouverte au public, qui peut découvrir le processus d’élaboration de chacun des gins produits. L’endroit propose également des dégustations associées à une offre culinaire. Gaël Arnaud pour IDEAT

Ainsi, plusieurs complexes, à l’image du Woodstock Foundry et du Woodstock Exchange, accueillent aujourd’hui créateurs et artisans qui fabriquent et vendent leurs produits – et souvent vivent – sur place.

On retrouve la marque d’une facture « afro » dans chacun des objets dessinés par John Vogel, qui s’efforce de mettre en adéquation le design avec l’artisanat local et les matériaux bruts.
On retrouve la marque d’une facture « afro » dans chacun des objets dessinés par John Vogel, qui s’efforce de mettre en adéquation le design avec l’artisanat local et les matériaux bruts. Gaël Arnaud pour IDEAT

Le plus réputé des repaires de ce nouvel art de vivre est sans aucun doute The Old Biscuit Mill, qui, comme son nom l’indique, abritait autrefois une usine de gâteaux. Le caractère culinaire de l’endroit est perpétué par un marché alimentaire regroupant des producteurs locaux, qui se tient tous les samedis matin. C’est aussi là que Luke Dale Roberts, un des chefs stars en Afrique du Sud, a décidé en 2010 d’ouvrir son premier restaurant en nom propre.

Luke Dale Roberts au The Test Kitchen.
Luke Dale Roberts au The Test Kitchen. Gaël Arnaud pour IDEAT

« Je voulais rompre avec le contexte du fine dining, souvent associé avec la haute gastronomie. J’avais envie de quelque chose de plus expérimental. Comme un atelier de dégustation avec la cuisine placée au centre », explique-t-il. Aujourd’hui, avec The Test Kitchen, il caracole dans le classement des 50 meilleurs restaurants du monde et il a même ouvert en 2013 une adresse plus « facile » au sommet de l’édifice central du « Mill », qui offre une vue imprenable sur le quartier : The Pot Luck Club.

The Pot Luck Club.
The Pot Luck Club.

Certaines enseignes ont choisi quant à elles de s’installer de manière plus autonome. C’est le cas des galeries d’art contemporain. Si l’art a depuis plusieurs années le droit de cité avec des fresques murales qui rythment la déambulation dans les ruelles, aujourd’hui, le public amateur se déplace aussi pour découvrir la programmation de quelques-unes des meilleures galeries sud-africaines, qui n’ont pas tardé à affluer dans le quartier pour saisir l’opportunité de disposer d’espaces aux mensurations quasi muséales. Et les plus émergentes de leur emboîter évidemment le pas pour être de la partie. Autant dire qu’avec cette ruée vers une certaine « coolitude » il souffle à Woodstock un air de Brooklyn à ses débuts !

Stevenson dans le quartier de Wood stock à Cape Town.
Stevenson dans le quartier de Wood stock à Cape Town. Gaël Arnaud pour IDEAT

Si le quartier a gagné en sûreté, il reste tout de même encore une destination plutôt diurne. D’ailleurs, habitude locale oblige, la population aime profiter de la nature le week-end, à tel point qu’il ne faut pas compter trouver une adresse ouverte le samedi après 15 heures, et encore moins le dimanche.

Les fresques murales sont devenues des signes identitaires de la culture visuelle à Woodstock. Les images publicitaires et, surtout, les graffs d’artistes, invités pour l’occasion, rythment la déambulation dans le quartier.
Les fresques murales sont devenues des signes identitaires de la culture visuelle à Woodstock. Les images publicitaires et, surtout, les graffs d’artistes, invités pour l’occasion, rythment la déambulation dans le quartier. Gaël Arnaud pour IDEAT

Un important remaniement urbain concernant la zone portuaire, avec l’aménagement de terminaux pour les paquebots, qui pourront déposer leurs passagers à deux pas du centre-ville et de la zone de shopping de Waterfront – où vient d’ailleurs d’ouvrir le Zeitz MOCAA, musée d’Art contemporain africain –, devrait à terme profiter aussi à Woodstock. On parle notamment d’un projet d’enfouissement des voies ferrées, qui faciliterait la circulation avec le quartier et participerait ainsi à son désenclavement. En souhaitant tout de même que le phénomène de gentrification, déjà bien en route, ne casse pas les énergies qui en font encore l’identité.

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