La Monnaie de Paris, histoire d’une magnifique rénovation

Créée au IXe siècle sous Charles II le Chauve, qui en fait dès le début une institution, construite par Jacques-Denis Antoine entre 1771 et 1776, la Monnaie de Paris est, depuis 2011, en plein chantier. Cette année a vu l’achèvement de la deuxième partie des travaux qui a abouti à la renaissance du 11 Conti, regroupant manufacture, musée et boutique. Histoire d’une rénovation spectaculaire à travers un passionnant périple architectural et culturel.

Un lieu phare d’art contemporain

2017 est donc une date charnière dans la rénovation du site qui a contribué à la création d’un nouveau musée, à la réorganisation des ateliers, mais également de la cour des Fonderies-Benjamin Franklin, celle de la Méridienne, et de la cour de l’Or. Et, pour clore cette seconde tranche de rénovation en beauté, le lieu dévoilera des collections et des trésors qui n’avaient jusqu’alors jamais été montrés, parallèlement à des expositions temporaires qui ont fait depuis cinq ans de l’hôtel de la Monnaie un lieu phare en termes d’art contemporain. Un département désormais dirigé par Camille Morineau, ancienne conservatrice du musée national d’Art moderne.

Le nouveau vestibule de la Monnaie de Paris.
Le nouveau vestibule de la Monnaie de Paris. architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ

On se souvient néanmoins des rendez-vous organisés par sa devancière, Chiara Parisi, comme « Not Afraid of Love » de Maurizio Cattelan ou la première exposition institutionnelle de Paul Mc-Carthy, « Chocolate Factory » (et le scandale du « plug anal » de la place Vendôme…) ou encore « Take Me (I’m Yours) », de Christian Boltanski et Hans Ulrich Obrist… Une programmation audacieuse qui a hautement contribué à moderniser l’image de la Monnaie et à l’inscrire dans le paysage public parisien de l’art contemporain. « Ce site classé, occupé par la première et la dernière usine de Paris, n’a jamais cessé de fonctionner pendant les travaux », explique Aurélien Rousseau, président-directeur général. D’autant que, depuis 1976, la Monnaie de Paris œuvre sur deux sites : le quai Conti, d’une part, qui regroupe les cours, le bâtiment des fonderies, le petit hôtel de Conti – construit par Jules Hardouin-Mansart en 1669 –, la manufacture comprenant de nouveau la frappe des collections exceptionnelles et qui avait déménagé il y a plus de quarante ans ; et, de l’autre, l’atelier de Pessac, en Gironde, où sont fabriqués les euros (neuf millions de pièces par jour).

Détail des panneaux d’Inox et de cuivre perforés qui couvrent la façade de l’atelier central d’outillage. Une belle évocation des planches qui concourent à la fabrication des pièces et des médailles.
Détail des panneaux d’Inox et de cuivre perforés qui couvrent la façade de l’atelier central d’outillage. Une belle évocation des planches qui concourent à la fabrication des pièces et des médailles. Aitor Ortiz

Lauréat d’un concours lancé en 2009, l’atelier d’architecture AAPP Philippe Prost s’attela donc à la première tranche de travaux en 2011. Qui s’est achevée en 2014 avec la rénovation du palais Conti accueillant les expositions temporaires, mais également avec une nouvelle salle du conseil abritée dans les combles de l’aile droite, avec le restaurant de Guy Savoy dont Jean-Michel Wilmotte a assuré la décoration, ou encore la cour des Remises, le grand salon Guillaume-Dupré (siège de l’École des mines en 1785) et certaines salles du premier étage. En 2015, l’atelier central d’outillage et de gravure est livré. Abritant la frappe des monnaies d’exception dans un site donnant sur la cour d’honneur, le Grand Monnayage comprend ainsi, sur quatre niveaux, les ateliers de fonderie, de ciselure, de patine et de dorure.

Dès le début, l’idée de la réhabilitation était simple : proposer un périple architectural à travers des salles d’expositions et des ateliers, afin de faire découvrir des collections historiques ainsi qu’une quinzaine de métiers d’art. Et cela en passant par des expériences visuelles et auditives. « Aujourd’hui, il est important de donner à comprendre les métiers de la monnaie, ajoute Philippe Prost, également professeur et président du conseil d’administration de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville. De montrer comment celle-ci est faite, et cela au milieu de salles muséales exposant médailles, monnaies historiques, peintures, mobilier, machines… ».

À l’intérieur et à l’extérieur de l’atelier central d’outillage. Les anciens établis ont trouvé une place jusque dans cette construction pourtant récente (2015). Les panneaux extérieurs, qui donnent toute son identité à la façade, créent malgré tout les conditions d’une belle lumière naturelle pénétrante pour que le travail d’orfèvre s’exécute dans les meilleures conditions.
À l’intérieur et à l’extérieur de l’atelier central d’outillage. Les anciens établis ont trouvé une place jusque dans cette construction pourtant récente (2015). Les panneaux extérieurs, qui donnent toute son identité à la façade, créent malgré tout les conditions d’une belle lumière naturelle pénétrante pour que le travail d’orfèvre s’exécute dans les meilleures conditions. Aitor Ortiz

La dernière tranche de rénovation, qui s’achèvera en 2019, promet également de belles émotions avec la création d’un nouveau passage public entre la rue Guénégaud et la Seine, la restauration du petit hôtel de Conti, la livraison de la galerie du Métal, ainsi que celle d’un jardin de mousse et d’un concept-store. Véritable trait d’union entre hier et aujourd’hui, la Monnaie retrouve tout son éclat.

Monnaie de Paris. 11, quai de Conti, 75006 Paris.
Tél. : 01 40 46 56 66. Exposition « Women House », jusqu’au 28 janvier 2018.