Ingo Maurer, pourquoi on l’aime

A deux semaines de la sortie du dossier spécial Allemagne d’IDEAT n°132, force est de constater que côté design, ce pays fait un beau doublé. C’est à la fois celui de Dieter Rams, 86 ans, et de Ingo Maurer, 86 ans aussi. Comme Schubert, Bach ou Wagner en leur temps, ces deux maîtres allemands ont influencé le monde de la création bien au-delà des frontières de leur pays.

Ingo Maurer et Dieter Rams incarnent les deux faces d’une même médaille mais différemment. L’un est le maître du bon design avec fonctionnement, esthétique et éthique définis par lui-même en dix points, l’autre évoque le bouillonnant No limit de la création. Au cœur de l’hiver, c’est arbitrairement que nous avons choisi de décrypter 10 créations des plus de cinquante ans de carrière d’Ingo Maurer. Pourquoi lui ? Parce que si Dieter Rams incarne la permanence d’un design quasi parfait, Ingo Maurer en suggère plus spontanément, par ses prises de risques, l’éternel renouveau. Un peu comme un printemps qu’on en peut plus d’attendre. C’est d’ailleurs la saison ou l’on boit en terrasse des Campari , boisson avec les bouteilles desquelles Ingo Maurer fait des lampes.

« Blow me up », 2017.
« Blow me up », 2017. Ingo Maurer

Blow me up (2017) est une barre lumineuse gonflable. Pas besoin de perçeuse, elle se pose partout, jusque dans un van, adaptateur oblige. Livrée enroulée dans sa boîte, il ne reste qu’à la gonfler soi-même. Ne pas jouer non plus à Star Wars avec en camping. Un ruban LED intégrant un interrupteur à capteur permet d’illuminer la partie réfléchissante de ce tuyau de lumière de façon à éclairer la pièce d’une lumière indirecte. Très jeune, Philippe Stark, se formant chez Pierre Cardin designer, avait travaillé sur des lustres gonflables, un peu comme des couvertures de survie. Dans les deux cas, c’est l’irruption du jamais vu.

« Yoruba », 2017.
« Yoruba », 2017. Ingo Maurer

Ingo Maurer et son équipe, avec Dagmar Mombachs, spécialiste du papier, ont matérialisé tous ensemble sa Yoruba rose (2017). On est déjà comme souvent chez lui, plus dans l’objet lumineux que dans le luminaire classique. Là on est en face d’une feuille de papier qui s’étend en arc circulaire autour de filins métalliques jusqu’à former une sorte d’hybride entre la fleur et le plissé Miyake. Un module LED spécial avec dissipateur de chaleur se cache à l’intérieur. Si Ingo Maurer a d’abord étudié la typographie puis travaillé dans le secteur du graphisme aux États-Unis dans les sixties, il est toujours resté très exigeant sur la technique.

« Ringelpiez », 2016.
« Ringelpiez », 2016. Ingo Maurer

Ringelpiez est à la base un anneau sur une tige en fibre de carbone. Il se décline en lampe à poser, en applique ou en suspension. Maurer a conçu pour cette collection un abat-jour plissé, baptisé Frivoloso. Il répartit la lumière et évite l’éblouissement des yeux. Quand on lui parle d’abat-jour, Ingo Maurer plaisante en insistant sur ce coté qui abat le jour. Lui, est un amoureux, non pas de la lumière mais plus précisément de l’ampoule et de sa forme très simple. Quelques semaines après le salon en 2016, l’hôtel Unique de Sao Paulo en commandait cinq en version « Flying Disc ».

« Flatterby », 2016.
« Flatterby », 2016. Ingo Maurer

Flatterby, petit poème lumineux n’existe depuis sa création en 2016 qu’à 200 exemplaires. Les papillons, cela marche toujours, rien que d’entendre la musique de leur nom, wetterling en allemand, mariposa en espagnol, butterfly en anglais, la langue importe peu. Chaque insecte virevoltant autour de l’ampoule a été fait à la main. C’est Ingo Maurer lui-même qui a choisi les espèces reproduites. Chaque numéro de série est gravé dans l’anneau de recouvrement du bulbe de l’ampoule. Pour arriver à cela, les techno artisans de l’atelier utilisent une technologie en 3D d’agglomération par frittage.

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