Cabinet de curiosités, le retour de mode

À l’heure où la nature – et surtout la prise de conscience du danger de la disparition de sa diversité – est dans tous les esprits, le cabinet de curiosités revient très à la mode. Si les élites, de la Renaissance au XIXe, le promouvaient en show prestigieux, aujourd’hui, chacun peut soit l'imiter, soit remplacer les Gorgones par des objets design du siècle dernier... le XXe !

Ce fut l’exposition parisienne de l’hiver… « Sophie Calle : beau doublé, monsieur le marquis ! » a attiré les foules dans le cadre suranné du Musée de la Chasse et de la Nature. Entre ours, cerfs et oies naturalisés, l’artiste y dévoilait sa vision de la vie et de la mort. Cette question existentielle irrigue le concept même de cabinet de curiosités, apparu en Europe à la Renaissance. Dans les châteaux et manoirs des esprits éclairés par les Lumières naissantes, une pièce regroupait pierres précieuses, fossiles, animaux empaillés, coquillages, squelettes, herbiers, objets archéologiques et autres raretés…

Installation au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, à l’occasion de l’exposition « Sophie Calle : beau doublé, monsieur le marquis ! ».
Installation au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, à l’occasion de l’exposition « Sophie Calle : beau doublé, monsieur le marquis ! ». DR

Tombé en désuétude avec le rationalisme du XXe siècle, le cabinet de curiosités revient aujourd’hui, non plus pour ses qualités scientifiques mais à la faveur de son haut potentiel décoratif. Pour s’immerger dans cette ambiance, il faut absolument se rendre chez Deyrolle.

Flammarion édite un ouvrage illustré consacré à la célèbre maison parisienne de taxidermie Deyrolle.
Flammarion édite un ouvrage illustré consacré à la célèbre maison parisienne de taxidermie Deyrolle. DR

Professionnelle de la taxidermie et de l’entomologie (la science des insectes), la maison parisienne propose aussi des planches scientifiques pour les écoles depuis ses débuts, en 1831. Une enseigne mythique qui a su évoluer pour se muer en une spécialiste très actuelle du cabinet de curiosités. Outre les animaux, Deyrolle propose de la papeterie, des petits accessoires et vient même d’éditer un livre, source d’inspiration pour tous ceux qui veulent créer chez eux une ambiance joliment intrigante.

Cabinet de curiosités : stylo avec plume de paon (Hay).
Cabinet de curiosités : stylo avec plume de paon (Hay). DR

Car il suffit de peu pour fabriquer chez soi cet espace inattendu : libérer un dessus de buffet ou de cheminée, voire une étagère, et y poser quelques accessoires magiques, comme une cloche en verre dans laquelle on peut glisser des coquillages ramassés sur la plage, un petit animal naturalisé… ou son squelette.

Cabinet de curiosités : devant le tissu Foresta Botanica, coussin Flamingo Botanico de la collection d’été 2017 (Chivasso).
Cabinet de curiosités : devant le tissu Foresta Botanica, coussin Flamingo Botanico de la collection d’été 2017 (Chivasso). DR

Au mur, on peut opter pour des papillons épinglés dans des boîtes ou, moins cruel, des planches d’herbiers ; et, pour une inspiration plus lointaine, plus onirique : un pan de papier peint ou de tissu d’ameublement. Imprimé sur un papier fibreux, le modèle Sur le Nil, de Pierre Frey, prend des faux airs de papyrus pour reproduire des scènes de l’Égypte ancienne. Comme un écho aux voyages scientifiques du XIXe siècle.

Revêtement mural Narissa signé Matthew Williamson at Osborne & Little.
Revêtement mural Narissa signé Matthew Williamson at Osborne & Little. DR

Pour ceux qui hésitent encore à sauter le pas, il est possible de profiter de cette ambiance étonnante dans divers restaurants et bars comme au No Entry, le speakeasy du Pink Mamma avec ses dizaines de dames-jeannes (bonbonnes de verre) rétroéclairées dans lesquelles infusent fleurs et autres plantes aromatiques. Le phénomène a même donné lieu en novembre dernier à des soirées originales : les « Chambers of The Curious », proposées dans le cadre intimiste de l’Hôtel Particulier, à Montmartre.

Cabinet de curiosités : plateau Alma de la designer Rachel Convers (Ibride).
Cabinet de curiosités : plateau Alma de la designer Rachel Convers (Ibride).

Pour l’occasion, l’établissement était redécoré de boîtes crâniennes, de pots d’apothicaires et de reproductions de cerveaux. Au cours de ce « symposium non officiel des savants spécialistes du cerveau humain », les invités se sont livrés à plusieurs expériences mettant en lumière les mystères de notre cervelle tout en sirotant des cocktails. Comme un retour à l’esprit scientifico-mystique des premiers cabinets de curiosités…

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