Germana Costanza Lavagna pour IDEAT

Voyage au cœur de Cassina, éditeur historique du design italien

Depuis neuf décennies, la marque italienne se maintient aux premiers rangs des entreprises innovantes. Sa recette ? Entre machines dernier cri et travail manuel, s’appuyer sur un véritable savoir-faire et un catalogue d’icônes du design, sans craindre de se projeter dans le futur. Patricia Urquiola, sa directrice artistique depuis plus de deux ans, nous livre son modus operandi pour faire bouger les lignes de l’enseigne qui a fêté ses 90 ans l'an dernier.

Elle a 90 ans, est dépositaire d’un véritable trésor de guerre du design italien et reste pourtant à la pointe de la création… Cette équilibriste du mobilier, un pied dans le passé, un autre dans l’avenir et la tête dans le présent, c’est Cassina. L’entreprise italienne est solidement ancrée dans la terre de Meda, en Lombardie, depuis sa fondation par Cesare et Umberto Cassina en 1927. Elle y a fait naître et renaître des modèles célèbres d’assises, de tables et de rangements, signés Le Corbusier, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, Gerrit Thomas Rietveld, Frank Lloyd Wright ou Gio Ponti…

Chaises Superleggera de Gio Ponti (1957, Cassina).
Chaises Superleggera de Gio Ponti (1957, Cassina). Cassina

Depuis 1964, ces visionnaires sont regroupés dans une collection baptisée « I Maestri ». À leurs côtés, les héritiers sont, eux, rassemblés sous l’étiquette « I Contemporanei » : Jean-Marie Massaud, Konstantin Grcic, Piero Lissoni, Philippe Starck, Zaha Hadid, Jaime Hayón… Sans oublier l’architecte et designer Patricia Urquiola qui tient dans l’entreprise une place à part. Depuis septembre 2015, elle en est la directrice artistique, après avoir entamé une collaboration en 2013 avec Haworth, le groupe américain détenteur de Cassina. « Le fait que Patricia travaille avec Haworth a facilité notre rapprochement, même si son action chez nous est différente, reconnaît Gianluca Armento, directeur général de l’éditeur. Depuis son arrivée, elle porte en permanence un regard nouveau sur Cassina. » La marque était-elle une belle endormie que Patricia Urquiola devait réveiller ? Pas franchement. Même si avec 600 pièces archivées, dont la moitié inscrites au catalogue, et environ 40 % du chiffre d’affaires réalisé avec les Maestri, n’être que la marque des amoureux du passé serait chose facile. Mais telle n’est pas la vocation de la maison.

Patricia Urquiola, architecte, designer et directrice artistique de Cassina.
Patricia Urquiola, architecte, designer et directrice artistique de Cassina. Germana Costanza Lavagna pour IDEAT

« Cassina n’est pas un musée. Elle doit être une référence du mobilier, pas celle des icônes intouchables, poursuit Gianluca Armento. Nous menons un travail de projection dans l’avenir. Parmi la douzaine de nouveautés annuelles, nous ressortons des pièces de nos archives, pas simplement parce qu’elles pourraient être à la mode : il s’agit de les regarder sous un jour nouveau. » Ainsi l’emblématique chaise Superleggera de Gio Ponti bénéficie-t-elle aujourd’hui d’une meilleure technique de production, qui la rend financièrement plus accessible, l’ouvrant au contract (aux entreprises). « Le travail sur les Maestri s’effectue dans le plus grand respect de l’origine, confirme Barbara Lehmann, responsable des archives. Nous ne faisons que traduire l’intention du designer, par exemple en adaptant les proportions ou en modifiant la couleur ou le revêtement. » Un changement de taille amorcé par Patricia Urquiola. « Elle mène une recherche importante sur les matières et sur les couleurs, afin de créer une harmonie. C’est le lien qui permet de faire résonner ensemble créations iconiques et contemporaines. Ce travail n’avait jamais été fait chez Cassina, c’est un voyage qui prendra du temps », indique Gianluca Armento.

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