Portrait de ville : Mexico, une architecture unique

Riche de sept siècles d’une histoire très mouvementée, la capitale mexicaine, une des plus grandes agglomérations au monde, a su, au cours du XXe, tirer parti de son identité pluriculturelle pour produire une architecture unique. De la conservation d’édifices patrimoniaux à la conception d’éco-quartiers, Mexico va dans le sens de la modernité.
Photos Guillaume Rivière

Le site de Mexico City n’a rien de comparable avec celui d’une autre capitale. Il ne faut pas hésiter à s’élever, de préférence par temps clair, au sommet de la tour Latino-américaine pour prendre la mesure de cette gigantesque conurbation qui se déploie au cœur d’un bassin situé à 2 240 mètres d’altitude : une agglomération de plus de 24 millions d’habitants, dont plus d’un tiers rien que pour la ville de Mexico.

À 50 km de la métropole, le site de Teotihuacan vaut largement le déplacement. Habitée entre 200 av. J.-C. et 750, la cité aurait été le plus grand centre urbain de l’Amérique précolombienne.
À 50 km de la métropole, le site de Teotihuacan vaut largement le déplacement. Habitée entre 200 av. J.-C. et 750, la cité aurait été le plus grand centre urbain de l’Amérique précolombienne. Guillaume Rivière pour IDEAT

Si les villes de cette taille implantées à une telle altitude se comptent sur les doigts d’une main – Addis-Abeba, en Éthiopie, à 2 355 mètres et Bogota, en Colombie, à 2 640 mètres –, le cas de Mexico est sans aucun doute unique de par son déploiement dans le lit d’un lac (désormais asséché) et à proximité d’un volcan, le Popocatépetl, qui place la cité dans une zone hautement sismique. Une situation complexe qui synthétise bien les problématiques auxquelles les architectes du XXIe siècle doivent faire face. Pour comprendre cette implantation urbaine si particulière et son incroyable mutation, un rapide historique n’est pas superflu, tant les réflexions architecturales développées au cours du XXe siècle y sont liées.

On date les premières traces d’habitations à cet endroit au XIVesiècle (1325), alors que les Mexicas (des peuplades aztèques) commencent à s’installer sur une île du lac Texcoco. Peu à peu, l’agglomération gagne en supercie, notamment grâce à la création de digues et d’îlots flottants en bambou et limon servant à l’agriculture.

Le Palais principal de Hochob (État du Campeche) a été reconstitué dans les jardins du Musée national d’anthropologie.
Le Palais principal de Hochob (État du Campeche) a été reconstitué dans les jardins du Musée national d’anthropologie. Guillaume Rivière pour IDEAT

Sous le nom de Tenochtitlán, elle devient la capitale de l’empire aztèque, abritant, selon les estimations les plus probables, une population avoisinant les 250 000 âmes au début du XVIe siècle. Elle s’étend alors à l’intérieur d’un carré de 3 km de côté qui se divise en quatre grands secteurs à la croisée desquels se trouve le centre religieux, le Grand Temple (Templo Mayor). Comme pour amplifier cette symétrie, quatre profondes artères et de nombreux canaux permettent de traverser la cité, qui s’articule, comme on le devine, selon un schéma urbain très organisé, avec ses tribunaux, ses arsenaux, ses écoles, ses marchés et même ses toilettes publiques.

Sur un champ de roches volcaniques du campus de l’UNAM, réalisé dans les années 50, l’Espace sculptural (Espacio Escultórico) est un cercle de 120 mètres de diamètre formé par 64 pyramides de béton visant à représenter le cosmos.
Sur un champ de roches volcaniques du campus de l’UNAM, réalisé dans les années 50, l’Espace sculptural (Espacio Escultórico) est un cercle de 120 mètres de diamètre formé par 64 pyramides de béton visant à représenter le cosmos. Guillaume Rivière pour IDEAT

Autant dire une métropole parfaitement « designée » que des témoignages écrits dépeignent comme l’une des plus importantes de l’époque. En 1521, le conquistador Hernán Cortés prend possession de la ville. Pour effacer toute trace de la culture aztèque, il fait en grande partie détruire les principaux édifices et se charge d’en ériger de nouveaux dans un style très européen, propice à accueillir la capitale de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne. Avec, notamment, en lieu et place du Grand Temple, la place de la Constitution, connue sous le nom de Zócalo, autour de laquelle se trouvent encore de nombreux bâtiments de l’époque. Cependant, séduit, pour ne pas dire frappé, par l’extraordinaire caractère novateur de cette cité, il en préserve le plan originel en damier, qui va perdurer jusqu’à nos jours. Le Mexico d’aujourd’hui s’appuie donc plus ou moins sur ce schéma. Deux grandes

L’immensité urbaine de Mexico se mesure notamment depuis le sommet de la tour Latino-américaine (Torre Latinoamericana).
L’immensité urbaine de Mexico se mesure notamment depuis le sommet de la tour Latino-américaine (Torre Latinoamericana). Guillaume Rivière pour IDEAT

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