Portrait de ville : Mexico, une architecture unique

Riche de sept siècles d’une histoire très mouvementée, la capitale mexicaine, une des plus grandes agglomérations au monde, a su, au cours du XXe, tirer parti de son identité pluriculturelle pour produire une architecture unique. De la conservation d’édifices patrimoniaux à la conception d’éco-quartiers, Mexico va dans le sens de la modernité.
Photos Guillaume Rivière

artères, la promenade de la Réforme et l’avenue des Insurgés (longues d’environ 15 et 30 km respectivement), scandent la ville, désormais composée de quelque 16 délégations et 400 quartiers (les colonias). Faut-il néanmoins préciser que les Espagnols se sont efforcés, au cours des décennies suivant leur installation, d’assécher le lac au point de le faire totalement disparaître et d’assurer ainsi à la métropole une expansion sans entrave ? Finalement, après trois cents ans d’occupation coloniale, le Mexique déclare son indépendance en 1824. Va pourtant s’ensuivre une période de près d’un siècle de troubles, un temps calmés par la présidence de Porrio Díaz (de 1876 à 1880, puis de 1884 à 1911), qui tente de mettre son pays au diapason du capitalisme mais que la révolution (1910-1920) va faire tomber.

La verdure et les murs colorés ponctuent les rues du quartier de Condesa.
La verdure et les murs colorés ponctuent les rues du quartier de Condesa. Guillaume Rivière pour IDEAT

D’un point de vue culturel, cette phase de bouleversements engendre un Mexique nouveau qui voit naître une scène architecturale souhaitant s’inscrire dans le processus de la modernité, notamment pour répondre aux besoins de l’industrie et à l’exode rural, qui explosent à partir des années 40.

Les façades de la bibliothèque centrale de l’UNAM ont été recouvertes d’une immense mosaïque de pierres décorées par le peintre et architecte mexicain Juan O’Gorman.
Les façades de la bibliothèque centrale de l’UNAM ont été recouvertes d’une immense mosaïque de pierres décorées par le peintre et architecte mexicain Juan O’Gorman. Guillaume Rivière pour IDEAT

Le gouvernement d’alors comprend la nécessité de « bâtir utile » et accompagne largement le financement de cette production. L’esprit du Bauhaus mais aussi l’influence de Le Corbusier sont au rendez-vous, et l’on parle d’un modernisme avant tout fonctionnel, qui doit répondre au développement de la société. Les réalisations d’architectes tels que Pedro Ramírez Vázquez, Ricardo Legorreta ou encore Mario Pani illustrent parfaitement cet essor. On doit notamment à ce dernier le spectaculaire ensemble d’habitations Nonoalco-Tlatelolco (1960-65), qui, avec ses 102 immeubles aux contours rectilignes, s’affichait comme le second plus important complexe résidentiel sur le continent nord-américain (mais que le tremblement de terre de 1985 a très largement endommagé). Dix ans auparavant, Pani s’était aussi fait remarquer à travers le projet de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), qu’il codirigea avec Enrique Del Moral. L’entreprise a sollicité pas moins d’une soixantaine d’architectes, ingénieurs et artistes, dont Juan O’Gorman, auteur de la célèbre fresque murale de la bibliothèque centrale, qui marqua le style de l’UNAM.

La Cinémathèque nationale (Cineteca Nacional, 2012), conçue par Michel Rojkind, comprend notamment un espace de cinéma en plein air.
La Cinémathèque nationale (Cineteca Nacional, 2012), conçue par Michel Rojkind, comprend notamment un espace de cinéma en plein air. Guillaume Rivière pour IDEAT

D’aucuns considèrent que la réalisation de ce campus, qui incluait d’ailleurs (avant l’heure des JO de 1968 ! ) le stade olympique, signe un véritable tournant dans la production architecturale du pays. Car ce projet, qui visait à combiner urbanisme, architecture, beaux-arts, paysagisme mais aussi traditions artisanales et références préhispaniques, interroge profondément l’identité mexicaine. Non loin de là, sur la veine de roches volcaniques qui sillonne la zone de San Ángel, l’architecte Luis Barragán développait, depuis le milieu des années 40, le programme d’El Pedregal, un ensemble de résidences haut de gamme basé sur une recherche d’harmonie entre l’architecture et le paysage. Barragán ne fit pas partie de l’équipe choisie pour l’UNAM, sa démarche n’ayant aucune

Depuis la tour Latino-américaine, qui culmine à 183 mètres, s’offre une vue sur les immeubles de la promenade de la Réforme, dont la tour Reforma 27 (2010), en forme de H, de l’architecte Alberto Kalach (au centre).
Depuis la tour Latino-américaine, qui culmine à 183 mètres, s’offre une vue sur les immeubles de la promenade de la Réforme, dont la tour Reforma 27 (2010), en forme de H, de l’architecte Alberto Kalach (au centre). Guillaume Rivière pour IDEAT

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